jeudi 9 mai 2013

Réponse à la lettre ouverte à François Hollande de Clara G., 20 ans : commentaire

Nombreux sont celles et ceux qui ont lu 


François Hollande : Une étudiante lui écrit pourquoi elle veut s'expatrier



De nombreux sites en ont parlé : 


Pourquoi ?

C'est simple : les jeunes se reconnaissent en Clara G. Enfin, les jeunes ... pas forcément tous, si on en croit la réponse de Marie-Charlotte, sur le site de Madmoizelle (lire "Réponse à la lettre ouverte à François Hollande de Clara G., 20 ans"), et celle de Sofiane Nait sur le Plus Nouvel Obs (lire Lettre d'une étudiante à Hollande : l'État n'est pas responsable de votre résignation).

Marie-Charlotte a une réponse classique : elle explique que vivre en France permet de bénéficier d'un système de santé à faible coût  d'un enseignement supérieur bon marché, de la possibilité pour les femmes de faire carrière, et qu'enfin, tous les pays sont en crise. 

Sofiane Nait, lui, explique que quand on fait des études d'histoire, on ne cherche pas à s'enrichir, que l'Etat n'est pas responsable de notre manque de perspectives et qu'ailleurs, c'est pareil. 

Ces deux critiques sont intéressantes. Elles montrent que, face à une situation bloquée, il y a effectivement deux options : soit on cherche, comme Marie-Charlotte, à profiter soi-même du système avant qu'il ne s’effondre totalement, en s’efforçant de croire qu'il est, au final, plutôt juste. Soit on fait comme Sofiane, on se prend en main, sans rien attendre de la France, mais sans partir. 

Marie-Charlotte est dans une situation de déni, parce que tout est fait autour de nous pour que nous croyions vraiment qu'en définitive, le système social français bénéficie à tous et nous protège. Mais sait-elle qu'un nombre croissant de français ne peuvent plus se soigner ? Que des médecins refusent des patients couverts par les dispositifs de gratuité type "CMU" car ils sont trop complexes et remboursés en retard ? Que les étudiants diplômés sont en concurrence avec les jeunes professionnels pour des stages ? Que le système scolaire français dans son ensemble est globalement injuste puisque donnant une prime aux insiders que sont les employés de l'Education Nationale ? Que les 10% de chômage officiel sont 30% à 60% plus élevés qu'en Allemagne, aux Pays Bas, au Royaume Uni , en Suisse, au Luxembourg ? 
Marie-Charlotte a raison. La France actuelle fonctionne bien, mais juste pour une petite partie de la population : les diplômés Bac +2/Bac +3 et +, cadres titulaires de la fonction publiques ou employés du CAC 40. Pour les autres français, c'est plus dur. 

Les clients d'EDF en banlieue ouest de Paris (Neuilly, Levallois, Nanterre) laissés sans explication façe à la panne de Janvier dernier, les usagers des lignes de RER A, C et D, les personnes qui font la queue à la CAF pendant des heures, les chômeurs en fin de droit qui s'immolent un peu partout dans le pays, les chefs d'entreprises écrasés par les charges et l'instabilité juridique et fiscale, les 100 000 jeunes qui sortent tous les ans du système scolaire sans qualifications, les manifestants fichés dans le FNAEG, les jeunes arrêtés par la police parce qu'ils n'ont pas le bon t-shirt, les patients qui préfèrent avoir recours aux services de médecine de Hongrie ou de Pologne, les 30% de détenus qui sont en préventive et en attente de procès, tous ces gens, eux, ne pensent pas comme Marie-Charlotte mais sont d'accord avec Clara G. Ils pensent qu'une autre France est possible, une France plus libre et moins étatique.


Quand à Sofiane, qui fait preuve de lucidité sur un certain nombre de points, qu'il n'oublie pas que les études de sciences humaines peuvent parfois mener à la fortune. Question de chance, talent et volonté. Il n'y a pas de fatalité à ce que les études de lettre ou d'histoire ne mènent qu'à la fonction publique, qui, d'ailleurs, ne recrute plus. Tout serait plus facile pour Clara G. si nous n'avions pas un gouvernement désireux d'en finir avec le statut des auto entrepreneurs, par exemple, ou soucieux de faire croitre la sphère publique, dans tous les domaines, au détriment des biens et libertés des gens. 

Cet immobilisme gouvernemental a une explication très simple : la génération du baby boom a fondé son mode de vie sur une hypothèque des droits des générations futures. Croire, par exemple, que la retraite par répartition est juste, alors que les paramètres démographiques de 2013 n'ont rien à voir avec ceux de 1945, c'est du syndrome de Stockholm, facilité, il est vrai, par la faible mobilisation politique des jeunes. Le gouvernement fait la politique réclamée par celles et ceux qui se mobilisent. Alors, Sofiane, Marie-Charlotte et Clara G. ont beau avoir des points de vue très différents sur la France, ils sont cependant à la recherche de la même chose : le droit à un avenir, non pas garanti, mais au moins permis. Qui saura les représenter ?


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