vendredi 24 octobre 2014

La députée socialiste @sylvianebulteau, vous connaissez ?

Sylviane Bulteau, vous connaissez ? Non ? Vous devriez ! Sylviane Bulteau est députée de la Vendée, ainsi que Conseillère générale et première secrétaire fédérale du Parti Socialiste de Vendée. Elle est assez connectée, puisqu'elle dispose d'un blog, d'un compte Facebook et de Twitter. Vous direz, elle peut bien se payer tout ça, avec ce qu'elle gagne en tant que députée ! Vous auriez raison !

Mais pourquoi faudrait-il la connaitre ? A t-elle trouvé le moyen de permettre à Hollande de tenir sa promesse d'inversion de la courbe du chômage ? A t-elle coaché Valls et Cazeneuve pour faire baisser l'insécurité en France ? A t-elle convaincu Andrieux, Emmanueli, Thévenoud, Balkany, et autres de bien vouloir renoncer à leur siège à l'Assemblée Nationale ? A t-elle volontairement mis en oeuvre la promesse numéro 48 du candidat Hollande concernant le cumul des mandats ? 
Rien de tout ça, rassurez-vous ! 

Non, Sylviane Bulteau est juste, dans le cadre de sa mission de législateur et de contrôleur de l'action du gouvernement, à l'origine d'une question à Bercy totalement hallucinante. 
La Voici.

Mme Sylviane Bulteau interroge M. le ministre des finances et des comptes publics sur la concurrence que constituent certains sites d'annonces gratuites, notamment pour les professionnels de l'immobilier qui considèrent que celle-ci s'exerce de façon tout à fait déloyale, et même au détriment de l'État, en laissant s'installer un marché parallèle de l'immobilier. En effet, lorsqu'une transaction immobilière est réalisée par l'intermédiaire d'un professionnel, ce dernier pratique des honoraires qui sont assujettis à l'impôt (TVA). Ce qui n'est naturellement pas le cas dans le cadre d'un arrangement entre particuliers. Le principal site internet d'annonces gratuites en France, accessible sans inscription préalable, propose environ 260 000 annonces. Si l'on considère une somme moyenne de 6 000 euros HT sur ces transactions, à laquelle on applique 20 % de TVA, on obtient 312 millions d'euros environ de manque à gagner pour l'État. La vente de particuliers à particuliers s'est donc indéniablement « professionnalisée » grâce aux nouvelles technologies. Aussi, elle lui demande quelle est la position du Gouvernement à ce sujet et s'il envisage de réglementer ces nouveaux usages.



Cette question a été publiée au Journal Officiel, et on ne peut qu'en rester coi, bouche bée. 

Est-ce que vous avez lu ce que demande la députée socialiste ? Elle se plaint du fait que PAP ou Le Bon Coin 1. existent 2. "enlèvent du travail" aux agents immobiliers 3. induisent un préjudice pour l'Etat qui aurait dû toucher plus de taxes !


On rêve ! Mais non, c'est la vérité, Sylviane Bulteau est une vraie personne, pas juste un troll sur Internet chargée de caricaturer la gauche socialiste. C'est une vraie députée, payée avec des vrais impôts pour pondre des trucs pareils. 

On peut adopter deux postures : soit se dire que c'est n'importe quoi, et qu'en fait Sylviane Bulteau est payée par la FNAIM, Century 21 ou autre pour casser PAP, le Bon Coin et ces vilains citoyens qui commercent entre eux directement sur le net, les méchants ! Dans ce cas, ce serait un coup de lobbying à l'ancienne. Après tout, c'est de bonne guerre, Foncia (Banques Populaires), Arthur Optimist (Caisses d'Epargne), Square Habitat (Crédit Agricole) et autres ont l'oreille des politiciens, pourquoi n'en profiteraient-ils pas ? Cette hypothèse pourrait être limite, elle est donc très peu probable. 

Soit on se dit que Sylviane Bulteau croit en ce qu'elle raconte, et alors là, les implications idéologiques sous jacentes sont impressionnantes. Déjà, cela voudrait dire que, pour les gens comme Sylviane Bulteau, jamais les solutions décentralisées ne seront préférables.  Vous comprenez pourquoi, dans un monde capitaliste à défaut d'être également libéral, le Parti Socialiste et ses affidés (syndicats, Libération, etc ...) préfèrent, in fine, traiter avec les grandes entreprises, adorent la macro économie et se méfient des PME ? L'attachement au capitalisme de connivence et aux rentes de situations établies vient de là : le PS (mais aussi les socialistes de droite) ne veut pas tenir compte des individus, il veut des grandes masses (les consommateurs, les entreprises, l'Etat...) modélisables par Bercy. 

Ensuite, cela signifierait que dans le monde idéal de Sylviane Bulteau, l'Etat, c'est 100% du PIB, sauf exception, et non pas l'inverse. L'inverse, c'est évidemment, chacun agit de manière décentralisée, sauf si les citoyens s'accordent à financer en commun, par l’impôt, des services publics tels que l'armée, la diplomatie, la police et la justice. 

Les socialistes en sont là : traquer des "manques à gagner pour l'Etat". Un peu comme la personne qui vous explique que le gazole bénéficie d'un avantage, d'une détaxe, par rapport à l'essence, alors qu'il est en réalité juste un peu moins taxé. 

Ce qui est terrible, dans cette question au gouvernement, c'est qu'elle reflète le décalage entre les législateurs et la réalité. Voila une personne dont on aurait éventuellement pu se dire qu'elle était plus en phase avec la réalité que des gens d'une génération au dessus, type Juppé, Hollande ou Bayrou. Mais non. C'est le même aveuglement face aux conséquences positives de cette contestation de la verticalité, que le développement de l'Internet permet. 

Les agents immobiliers, voilà typiquement un métier de marché, dont la valeur ajoutée réside dans la qualité du conseil et de l'assistance au client. Si les gens préfèrent échanger directement plutôt que de passer par des agents immobiliers, peut être est ce parce qu'ils estiment que la qualité de leur aide,parfois, ne vaut pas les honoraires qu'ils facturent, ou qu'ils estiment pouvoir faire mieux pour moins cher ! (A leurs risques et périls, d'ailleurs, vu la complexification de l'acte d'achat rendue possible par la loi ALUR de Cécile Duflot). 

Sylviane Bulteau a juste oublié que la base taxable n'est plus une matière stable, inerte. le monde bouge, il change ! Ce qu'elle appelle marché parallèle de l'immobilier ne correspond même pas à une volonté de frauder. C'est juste le développement d'une nouvelle réponse à un besoin, celui de trouver des logements. Sylviane Bulteau et ses amis paniquent parce que le gouvernement a réussi à démontrer l'existence de la courbe de Laffer : trop impôts a tué l’impôt. Ils devraient aussi s'inquiéter du fait que leur logiciel a sérieusement besoin d'être mis à jour, afin d'intégrer les paramètres tels que : processus de destruction créatrice de Schumpeter et liberté de choix du consommateur, qui peut préférer les agences immobilières ou Internet. 

Ah oui mais alors, comment on finance le budget de l'Etat, répondront les socialistes ? Qu'ils commencent par regarder si, en ces temps de déficit, 4 guerres en cours sont bien raisonnables, ou bien si nous avons les moyens d'avoir autant de profs pour des résultats scolaires si catastrophiques. En cherchant bien, ils trouveront de quoi économiser. Ils n'ont qu'à commencer par le rapport de la Cour des Comptes. 

jeudi 23 octobre 2014

Rroms : assez du double discours étatique !

Comme d'habitude !

Un camp rom est démantelé aux portes de Paris, et d'éminents représentants de la gauche s'émeuvent.
Entre Libération qui titre "Roms : la gauche face à ses contradictions" (1) ou les tweets de Cécile Duflot, on est servis !


En effet, ce que la gauche, actuellement au pouvoir, refuse de voir, c'est que non seulement il n'y a pas d'un coté une méchante droite adepte du discours de Grenoble et de l'autre une gauche humaniste qui tente de surmonter ses "contradictions", mais qu'en fait, il y a une incompatibilité totale entre la façon dont la France, de gauche comme de droite, est gérée, et le mode de vie des Roms. 

En effet, que reproche t-on aux Roms, et pourquoi se sont-ils fait expulsés de ce camp à Bobigny avant hier, et à Paris (2), Nantes (3) ou Lille (4) précédemment ? 
D'une part, ils occupent des terrains de manière illégale, d'autre part, ils vivent dans des conditions insalubre. 

Hollande et Valls se conduisent comme Sarkozy et Hortefeux, et ce depuis le premier jour du mandat socialiste en 2012. Pourquoi ? 



C'est simple : vu la façon dont la France fonctionne, il ne peut pas en être autrement. En effet, habiter en France ne peut pas se faire hors du cadre que celui que l'administration a défini.
Et en même temps, habiter en France implique un certain nombre de droits, comme celui de pouvoir scolariser gratuitement ses enfants dans l'enseignement primaire et secondaire, gratuit et obligatoire.

Dans le cadre de l'expulsion de Bobigny, l'administration a suivi les règles, et ces règles découlent de la loi, loi votée par les députés. Avec une majorité socialiste à l'Assemblée Nationale, le PS pourrait très bien, s'il le voulait, amender ces règles. Il ne le fait pas ? Pourquoi ?

Parce que tous ces cumulards de députés sont aussi, très souvent, des maires. Et quand on est un élu de terrain, à l'écoute des habitants, les belles idées humanistes développées au sein de la rédaction de Libération ou de l'Humanité font face à la réalité : non seulement les habitants, les contribuables, ne veulent pas de roms à coté de chez eux, mais en plus les maires, y compris socialistes, de Ayrault à Aubry, en passant par Delanoé et Hidalgo, sont d'accord avec eux. 

Si le gouvernement n'était pas d'accord avec l'administration et ses pratiques, il y aurait toujours la possibilité de révoquer les préfets en charge des expulsions. A d'autres occasions et pour d'autres motifs, Manuel Valls a déjà révoqué des préfets. Ici, rien de tout cela. C'est donc que globalement, le PS est droit dans ses bottes, et approuve.

Alors, qu'est ce qu'on fait ?
On continue ces absurdes expulsions qui créent des nouveaux SDF et des délinquants ?

Déjà, il pourrait y avoir un début de solution si les gens comme les journalistes de Libération ou Cécile Duflot se bougeaient. Au lieu de regretter ces expulsions, ils pourraient très bien héberger des roms chez eux.

Ensuite, si on veut laisser à des gens l'opportunité d'"émigrer" en France, peut être qu'on pourrait aussi envisager de ne plus lier présence sur le sol national et accès gratuit à des services publics comme l'éducation nationale ou la santé. Le mot émigration est ici à prendre avec du recul puisqu'il s'agit, dans le cas des Roms, d'une migration intra européenne.

C'est pourquoi, en réalité, les roms sont une opportunité. Leur présence en France sont l'occasion pour que nous réexaminions notre système social au sens large, et la façon dont il est financé. Plutôt que cette fausse gratuité (payée à crédit) sur laquelle on nous ment tous les jours, peut etre pourrions nous envisager que chaque travailleur en France touche son salaire complet et finance lui-même ses dépenses de santé, éducation ...

La question Roms permet aussi de soulever le stupide droit au logement. Comment la loi peut-elle s'engager à garantir à chaque personne sur le territoire un logement ? Par définition, cela n'a aucun sens. Pire, cela abouti, si on le croise avec l'obligation d'habiter dans un logement décent, à ces expulsions suivies de relogement là où c'est possible.
Est-ce que les scolaires du Xeme arrondissement et les contribuables parisiens (5) ont à subir la décision de la préfecture de Seine Saint Denis ?

On sait qu'il existe un consensus politique pour dire que les Roms, on n'en veut pas. De Anne Hidalgo  (6)  à NKM, en passant par Valls (7) ou le FN, tous diront que le pays n'a pas vocation à accueillir toujours plus de Roms. Mais on sait qu'il existe aussi un consensus médiatique qui consiste à dénoncer les attaques contre les Roms. Simplement, ces bons sentiments sont plus faciles à tenir au coeur du boboland, dans le 3eme arrondissement, que dans les quartiers nord de Marseille.
Il va falloir que les élites politico-médiatiques réconcilient ces deux points de vue.
Pour cela, peut être pourraient-elles commencer par remettre en cause le système social français.

Il existe une alternative à la schizophrénie étatique actuelle. Elle consiste à attribuer aux Roms, comme à tous les Européens, le bénéfice de la liberté de circulation, tout en admettant que le système social français ne peut plus demeurer en l'Etat.
Elle consiste, par exemple, à se dire que peut-être que les Roms se sentent mieux dans un bidonville, même insalubre, de Seine Saint Denis, que dans un quasi guetto de Roumanie. Dans ce contexte, la France, tout en allégeant ses critères définissant la salubrité minimale d'un lieu, pourrait se concentrer sur la mise en oeuvre du respect du droit de propriété.

Si les Roms trouvent, en France, des terrains que des propriétaires seraient prêts à louer, pourquoi ne pourraient-ils pas y vivre ? 





mardi 21 octobre 2014

Mort de Christophe de Margerie: un peu de décence

Christophe de Margerie, le patron de Total, est mort la nuit dernière dans le crash d'un jet privé de Total à l'aéroport de Vnoukovo, près de Moscou (1). Il avait 63 ans (2). 
L'appareil est entré en collision au moment du décollage avec une déneigeuse, provoquant la mort du chef d'entreprise et des trois membres d'équipage du jet Falcon-50. 

En ces temps d'actualité dominée par la chute du baril (3) et par les tensions géopolitiques, notamment avec la Russie, la mort de Christophe de Margerie prend un relief particulier, qui va au delà de la disparition d'un "simple" PDG du CAC 40.

Ce qui frappe parmi les réactions (4), au niveau national, c'est la nature des remarques que les politiciens formulent ce matin. Globalement, il y a trois camps : les nationalistes qui voient en Margerie un "patriote", les gauchistes partageux qui se réjouissent de l'accident, et les amis du capitalisme de connivence

En ce qui concerne le camp gouvernemental, on ne peut que rire devant tant d'hypocrisie. 

Le Premier Ministre, Manuel Valls, salue "un grand capitaine d'industrie et un patriote" (5). Quelle est la nature et la signification d'un tel message ? Manuel Valls salue t-il celui qui gérait les intérêts de Total (et non pas ceux du parti socialiste au pouvoir), ou bien souligne t-il en creux sa honte de ne pas avoir une famille aussi implantée en terre de France que celle de Margerie ? Certes, le socialisme est forcément nationaliste, mais l'insistance de Valls sur les valeurs patriotes finissent par diluer la signification des mots.
Les intérêts de Total, entreprise multinationale autant française (Elf, CFP) que belge (Fina) ou gabonaise, ne devraient pas se confondre avec ceux de la France, comme tentent de le faire croire un certain nombre de politiciens, comme Michel Sapin, Emmanuel Macron et autres. D'ailleurs, ces mêmes politiciens ne regrettaient-ils pas que Total choisisse, en toute logique, de réduire la voilure des raffineries en France (6), faute de rentabilité ? Ne passaient-ils pas leur temps à commenter la stratégie d'exploration-production en Birmanie ou dans la mer de Barents ? Et Margerie ne critiquait-il pas les sanctions décidées par la France et infligées à la Russie  (7) ?  

Du coté de la gauche de la gauche, les choses sont comiques tant elles sont caricaturales. Il n'y a qu'à lire le tweet de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti Socialiste, ce matin


On rappellera simplement qu'avec, en moyenne, 8% de marge nette (bénéfice/chiffre d'affaires), Total n'est pas une entreprise qui exploite, à la différence de l'Etat qui n'hésite pas à taxer à près de 150% le litre d'essence, avec la TIPP et la TVA (8).
Filoche n'aime pas le vol ? Pourquoi ne demande t-il pas à ses amis du PS d'annuler la hausse de 4 centimes de taxe supplémentaire par litre de gazole décidée la semaine dernière (9) ?

Enfin, certaines affichent leurs larmes à la télévision, sans que l'on sache si elles reflètent la mort d'un ami ou la disparition d'un partenaire de business. La deuxième hypothèse n'aurait rien d'infamant si elle était clairement affichée. Mais bon, on sait que pour certaines cumulardes du parlement européen, l'indécence n'a pas de limites.

On ne peut que saluer la mémoire de Christophe de Margerie, un manager reconnu et apprécié par les salariés de Total. Mais les politiciens devraient se limiter à transmettre leurs condoléances à sa famille. Pour le reste, ils devraient s'abstenir de commentaires.




(1) L'Opinion La Matinale : Total perd son président 21 octobre 2014