mardi 21 octobre 2014

Mort de Christophe de Margerie: un peu de décence

Christophe de Margerie, le patron de Total, est mort la nuit dernière dans le crash d'un jet privé de Total à l'aéroport de Vnoukovo, près de Moscou (1). Il avait 63 ans (2). 
L'appareil est entré en collision au moment du décollage avec une déneigeuse, provoquant la mort du chef d'entreprise et des trois membres d'équipage du jet Falcon-50. 

En ces temps d'actualité dominée par la chute du baril (3) et par les tensions géopolitiques, notamment avec la Russie, la mort de Christophe de Margerie prend un relief particulier, qui va au delà de la disparition d'un "simple" PDG du CAC 40.

Ce qui frappe parmi les réactions (4), au niveau national, c'est la nature des remarques que les politiciens formulent ce matin. Globalement, il y a trois camps : les nationalistes qui voient en Margerie un "patriote", les gauchistes partageux qui se réjouissent de l'accident, et les amis du capitalisme de connivence

En ce qui concerne le camp gouvernemental, on ne peut que rire devant tant d'hypocrisie. 

Le Premier Ministre, Manuel Valls, salue "un grand capitaine d'industrie et un patriote" (5). Quelle est la nature et la signification d'un tel message ? Manuel Valls salue t-il celui qui gérait les intérêts de Total (et non pas ceux du parti socialiste au pouvoir), ou bien souligne t-il en creux sa honte de ne pas avoir une famille aussi implantée en terre de France que celle de Margerie ? Certes, le socialisme est forcément nationaliste, mais l'insistance de Valls sur les valeurs patriotes finissent par diluer la signification des mots.
Les intérêts de Total, entreprise multinationale autant française (Elf, CFP) que belge (Fina) ou gabonaise, ne devraient pas se confondre avec ceux de la France, comme tentent de le faire croire un certain nombre de politiciens, comme Michel Sapin, Emmanuel Macron et autres. D'ailleurs, ces mêmes politiciens ne regrettaient-ils pas que Total choisisse, en toute logique, de réduire la voilure des raffineries en France (6), faute de rentabilité ? Ne passaient-ils pas leur temps à commenter la stratégie d'exploration-production en Birmanie ou dans la mer de Barents ? Et Margerie ne critiquait-il pas les sanctions décidées par la France et infligées à la Russie  (7) ?  

Du coté de la gauche de la gauche, les choses sont comiques tant elles sont caricaturales. Il n'y a qu'à lire le tweet de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti Socialiste, ce matin


On rappellera simplement qu'avec, en moyenne, 8% de marge nette (bénéfice/chiffre d'affaires), Total n'est pas une entreprise qui exploite, à la différence de l'Etat qui n'hésite pas à taxer à près de 150% le litre d'essence, avec la TIPP et la TVA (8).
Filoche n'aime pas le vol ? Pourquoi ne demande t-il pas à ses amis du PS d'annuler la hausse de 4 centimes de taxe supplémentaire par litre de gazole décidée la semaine dernière (9) ?

Enfin, certaines affichent leurs larmes à la télévision, sans que l'on sache si elles reflètent la mort d'un ami ou la disparition d'un partenaire de business. La deuxième hypothèse n'aurait rien d'infamant si elle était clairement affichée. Mais bon, on sait que pour certaines cumulardes du parlement européen, l'indécence n'a pas de limites.

On ne peut que saluer la mémoire de Christophe de Margerie, un manager reconnu et apprécié par les salariés de Total. Mais les politiciens devraient se limiter à transmettre leurs condoléances à sa famille. Pour le reste, ils devraient s'abstenir de commentaires.




(1) L'Opinion La Matinale : Total perd son président 21 octobre 2014 

lundi 20 octobre 2014

Loi anti dissimulation du visage : les français veulent de la cohérence

Deux incident en moins de deux semaines sont venus rappeler aux politiciens leur inconséquence face à leur volonté de légiférer sur tout, d'une part, et les contradictions de ceux qui s’appellent les progressistes, d'autre part.

Egalement publié sur Agoravox

En effet, les affaires "Morano vs police de la Gare de l'Est", puis "la femme voilée expulsée de l'opéra Garnier" mettent un coup de projecteur sur les problèmes liés à la loi de 2011 interdisant de se dissimuler le visage dans l'espace public.

Le 15 octobre dernier, l'eurodéputée Nadine Morano croise une personne Gare de l'Est vetue d'une voile intégral. Comme la loi française prévoit qu'il est interdit d'être accoutré de la sorte, et aussi peut être parce qu'à titre personnel, Nadine Morano n'aime pas les personnes voilées, la députée cherche un représentant des forces de police afin de lui faire constater l'infraction à la loi. Le policier trouvé ne semble pas s’exécuter, et Morano s'indigne du fait que le policier procède alors à un contrôle d'identité, comme le prévoit aussi la loi (1). Les médias et les commentateurs s'indignent, non pas de l'infraction, le port du voile intégral, mais de l'extrémisme islamophobe supposé de Nadine Morano.

Ce week end, deuxième fait divers. On apprend qu'une une spectatrice voilée, une touriste du Golfe, a dû quitter la Traviata en pleine représentation. L'incident a eu lieu début octobre à l'Opéra Bastille. (2) Il a poussé le ministère de la culture à faire une note sur le sujet.

Que peut-on conclure ? D'une part, étant donné que l'Opéra Bastille et la Gare de l'Est de Nadine Morano étant deux univers différents, on peut déduire des conclusions de portée générale, à savoir que deux mondes culturellement différents mais tous deux représentatifs des élites françaises veulent que la loi contre la dissimulation du visage soit appliquée. L'incident Morano prend un autre sens, il ne peut paq qu'être relié à l'islamophobie réelle ou supposée de cette membre de l'UMP. Il est bien lié à une volonté généralisée de ne pas voir certains symboles de l'islam bafouer la vision française de la laïcité.
D'autre part, on voit bien que l'application de la loi ne dépend pas du nombre de forces de police sur le terrain, mais de la volonté de citoyens, députés ou vigiles, de la voir appliquée, et du consensus au sein de la population. C'est aussi l'analyse de Bruno le Maire.



Bruno Le Maire : "C'est notre responsabilité à... par francebleu1071

Et sur le sujet du voile comme sur d'autres, l'opinion des médias ou celles de groupes de pression, peut ne pas refléter l'opinion générale des français.

En 2013, un sondage montrait que 84%, soit une énorme majorité des français, étaient  opposés au port du voile ou du foulard islamique par des femmes travaillant dans des lieux privés accueillant du public (3).

Or, les musulmans estiment, trois ans après l'adoption de cette loi, qu'elle est islamophobe et qu'elle stigmatise des personnes dont la pratique n'enlève rien à personne.
Cela ne vous rappelle rien ? Pendant le débat du mariage pour tous, non seulement les militants LGBT notaient qu'autoriser deux personnes homosexuelles n'enlevaient rien à personne, mais qu'en plus s'opposer à ce point de vue était homophobe.

Or, force est de constater que les musulmans ont raison dans le sens où il apparaît que, dans la plupart des cas, les femmes voilées le font librement, de leur propre initiative (4)

La police avait prévenu : la loi contre le port du voile ne serait pas sa priorité, la jugeant inapplicable (5).
Dès lors, le gouvernement actuel n'a que deux options.

La première consiste à rappeler à la police qu'elle est là pour faire appliquer toutes les lois, même celles qu'elle juge idiote. Après tout, la police poursuit bien sa guerre contre la drogue alors qu'elle sait qu'elle est inutile. Alors, pourquoi ne pas donner raison à Nadine Morano quand elle dénonce l'inaction de la police ?

La deuxième consiste à abroger la loi. En effet, puisque le voile islamique n'est pas forcément l'expression d'une soumission dans un cadre machiste, mais parfois l'illustration d'une recherche spirituelle (6) (bien éloignée des préoccupations du gouvernement Valls, majoritairement athée et christianophobe), alors pourquoi ne pas accorder cette liberté aux principales intéressées, liberté qui doit évidemment être accompagnée de la liberté de pouvoir les critiquer. Autrement dit, pourquoi ne pas abroger la loi sur le voile et, en même temps, abroger les lois Pleven-Gayssot qui criminalisent les propos racistes (au sens large) ?

La loi ne peut pas tout. Les comportements individuels peuvent certes être contraints par la loi, mais le vivre ensemble ne doit-il pas partir de chacun d'entre nous et de l’intériorisation de valeurs communes ? Plusieurs années de loi anti voile ont montré que les principales concernées avaient décidé de poursuivre leur démarche à rebours de siècles d'évolution en France (où les hommes et les femmes cohabitent), il n'y a donc que deux attitudes possibles :


  • version conservatrice : partant du principe que malgré la présence d'une importante communauté musulmane, la France reste une terre avant tout laïque et de culture chrétienne, alors il convient de faire appliquer la loi anti voile, par la force s'il le faut, par la police, tout comme cette même police n'hésite pas à user de la force en d'autres situations. Après tout, il est interdit d'être juif en Arabie Saoudite, et les chrétiens auront du mal à trouver une église dans ce même pays. 
Source : Sunday Times

  • version libérale : partant du fait que la France que l'on veut, c'est la France que les gens construisent au quotidien par leur comportement, légiférer dans ce domaine ne sert à rien si les valeurs ne sont pas intériorisées. On peut aussi penser que les femmes voilées n'enlèvent rien à personne si ce n'est éventuellement à elles-mêmes. Après tout, quand on va à Londres, on voit bien que des femmes voilées côtoient avec plus ou moins d'indifférence d'autres personnes au look plus occidentalisé. En contrepartie, il faut accepter l'idée que nous nous dirigions vers un pays de communautés intentionnelles,  ce qui est de toutes façons déjà un peu le cas. Les musulmanes qui se sentent rejetées n'auraient dans ce cas à qu'à s'en prendre à elles-mêmes. 


La troisième version, socialiste, n'est évidemment pas tenable. Elle consiste à avoir des lois en totale opposition avec la pratique, tout en fermant les yeux sur des situations de ghettoisation de fait et à hurler au loup fasciste dès que quelqu'un demande à ce que la loi soit appliquée. Evidemment, le fait que des touristes du golfe bravent impunément les lois de France, à l'Opéra Bastille ou sur les Champs Elysées, va pousser les élites bunkerisées à se poser des questions qui ne leur venaient pas à l'esprit tant que le voile islamique ne concernait que Trappes ou Mantes la Jolie !

Alors, qu'est ce que le Parti Socialiste au pouvoir va choisir ? Le respect de la loi (validée par la CEDH) et par la-même la reconnaissance que Nadine Morano avait raison ? Ou l'abrogation de la loi, en vertu de ce que demandent des associations anti islamophobie, et partant du principe que "porter un hijab ou un niqab n'enlève rien à personne" ?





mardi 14 octobre 2014

Effectifs de l'administration parisienne : Anne Hidalgo "change d'avis" ... ?

En mars dernier, il y a seulement 7 mois, Anne Hidalgo affirmait que, "contrairement à son adversaire" (puisqu'elle avait réussi à personnaliser et à bipolariser la municipale (1), avec l'aide des médias mainstream), elle n'aurait pas besoin de mettre en oeuvre un plan social au sein de la mairie de Paris (2). 

Aujourd'hui, 14 octobre 2014, Hidalgo annonce dans le Monde (3) que "Des directions seront supprimées au sein de l’administration locale et des départs à la retraite ne seront pas remplacés". 


La situation a t-elle changé au point qu'il faille revoir tous ses plans ? 

Non, la vérité c'est que Anne Hidalgo, d'une part, n'a pas tenu compte des warnings de ses amis d'extrême gauche (Danielle Simonnet) (4) aussi bien que des signaux d'alarmes tirés par les libéraux  (5) (Aurélien Véron), les conservateurs (Nicolas Miguet) ou certains médias (6), et, d'autre part, a hésité à exposer clairement à ses électeurs l'importance du cadeau fait par elle-même et Bertrand Delanoé au gouvernement Hollande Ayrault : 1 milliard d'euros de dette de l'Etat à la ville de Paris lié aux dotations aux collectivités locales. 
Ce milliard, Hidalgo et Delanoé le réclamaient (à juste titre) quand Sarkozy et Fillon étaient au pouvoir, et ils l'ont abandonné, par "amitié" (?). 


Anne Hidalgo : "L'Etat doit plus d'un milliard... par AnneHidalgo


De plus, on sait que la situation globale des finances parisiennes se dégrade (voir le Delanopolis (8)). la ville ne pourra même pas taxer le périf', puisque l'écotaxe a été unilatéralement abandonnée par Ségolène Royal !

Toutes ces difficultés financières actuelles, celle qui avait été la première adjointe depuis 2001 ne pouvait pas l'ignorer. Elle avait d'autant plus le loisir de s'informer qu'elle ne suivait pas avec assiduité les conseils municipaux dans le XVeme, arrondissement où elle était élue d'opposition (9). Elle pouvait donc se concentrer sur les affaires de la mairie centrale. L'a t-elle fait ? A t-elle étudié les chiffres ? 

Autrement dit, pour Anne Hidalgo, la fin (être élue maire de Paris) a justifié les moyens.
Pas mal de gens se félicitaient du fait qu'une femme devienne maire de la capitale. Tous ces gens peuvent maintenant constater que les femmes politiques sont des hommes politiques comme les autres, avec un rapport étonnant à la vérité et à la réalité. 


(5) Aurélien Véron Paris, finances en danger 25 décembre 2013