mardi 21 décembre 2010

Hegel à l'oeuvre du coté d'Abidjan

Les événements de Cote d'Ivoire ont tout pour former une pièce classique de qualité : unité de temps, de lieu et d'action. En ce qui concerne l'action, c'est ce combat limite caricatural du fils de riche bourgeois de droite, devenu économiste au FMi, face au fils du pauvre sergent de police, devenu professeur d'histoire. Pour le lieu, c'est la capitale de la Cote d'Ivoire, et par extension le poste de télévision de chaque ménage de la francophonie. Enfin, pour le temps, c'est celui de la présidentielle de Cote d'Ivoire. La caricature s'arrête la. Un a gagné les élections, ce sont et les observateurs électoraux et la "communauté internationale" (l'UE, les États Unis) qui le disent, l'autre, sortant, a perdu mais s'accroche à son siège. (NB la communauté internationale réagit mais : le sujet n'intéresse ni les chinois (du moins officiellement) ni les russes, c'est peut être moins passionnant que le décompte en Floride et les juges de la Cour Suprême aux US qui accordent finalement la victoire à Dubya).

Alors, que faut il faire pour les ivoiriens ? Cela fait maintenant 8 ans que le pays a été coupé en 2 suite à une rébellion de forces militaires. La division recouvre des différences ethniques et religieuses. La France et l'ONU sont présentes sur le terrain comme forces d'interposition. Le problème est que la France est sur le terrain par respect d'un accord militaire, dans le but de pacifier les deux adversaires (en plus de protéger des intérêts économiques) alors que les adversaires ne veulent pas la paix, ils veulent vivre séparés.




Ces troubles se déroulent sur fond d'une triple tendance de plus long terme : le développement économique de l'Afrique, la normalisation des relations entre les anciennes colonies et les ex métropoles et la perte d'influence relative des Etats Unis et de l'Europe dans les relations internationales. On le sait, les frontières issues des décolonisations ne correspondent à rien de vraiment sérieux. Elles changeront peut être un jour tout comme l'Europe de l'Est s'est restructurée après la Chute du Mur de Berlin. On sait aussi que par rapport à il y a 20 ans, l'Occident n'est plus en mesure d'imposer son point de vue si facilement, qu'il soit légitime ou non. Tout se passe donc comme si l'élection présidentielle de Cote d'Ivoire de 2010, véritable palimpeste de la division "ethnique" du pays, rappelait aux divers protagonistes que le sens de l'histoire est celui d'une séparation de type République Tchèque et Slovaquie (telle que celle que les Wallons et les Flamands vont peut être mettre en oeuvre) sur fond d'impossibilité de la part des Grandes Puissances à proposer un scénario alternatif. Dans ce cas, faut il aller contre l'histoire, ou bien laisser les ivoiriens régler leurs affaires entre eux ?

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