dimanche 11 novembre 2012

Du chantage comme mode de négociation ?

Après Jean Lassale, député Modem du Béarn et sa grève de la faim il y a quelques années pour lutter contre la délocalisation d'une usine sur ... 80 km, Stéphane Gatignon !
Le Maire de Sevran (EELV, anciennement communiste), Conseiller régional d'lle de France, très présent sur Twitter, a entamé une grève de la faim. 





Stéphane Gatignon dénonce 
  • les banques qui ne prêtent pas à Sevran 
  • L'Etat, qui doit rembourser des fonds dus à Sevran et à d'autres villes
  • les inégalités de revenus entre territoires
Stéphane Gatignon dit : seule une réforme complète assurant une meilleure redistribution des ressources des villes entre elles permettrait de sauver de la faillite les communes les plus pauvres, dont la sienne.

Certes, Sevran n'est pas ce qu'on appelle une ville riche. D'après France 3 Paris Ile de France, tous les indicateurs sont au rouge, y compris la croissance de la population

Toutefois, permettons nous de critiquer la démarche de Stéphane Gatignon, tant sur la forme que dans le fond. 



Sur la forme, déjà, est ce qu'on peut accepter que les élus adoptent le chantage comme mode de négociation ? 
Ensuite, sur le fond, Stéphane Gatignon nous dit que les caisses des collectivités locales sont pleines. Apparemment, il ne vit pas sur la même planète que les autres français. Partout, à Paris notamment, les impôts locaux explosent, et c'est uniquement pour cela que les comptes sont à peu près équilibrés. Et les habitants, eux, paient aussi et surtout des impôts et taxes destinés à faire fonctionner les services publics nationaux, dont Sevran bénéficie, comme tout le monde. Sevran n'a t-il pas de gare RER ? 

Il critique les banques qui ne prête pas. N'étaient-ce pas ses pairs du 93, comme Claude Bartolone, qui dénonçaient ces banques qui prêtaient trop ? Et si sa commune est limite, n'est ce pas du bon sens que personne ne lui avance d'argent si elle ne pourra pas rembourser ? 

Il dénonce "l'inégalité entre territoires". C'est vrai qu'il y a peu d'entreprises à Sevran. Mais, dans ce cas, pourquoi accepter 34% de HLM sur la commune (source INSEE). Ces HLM donnent lieu à de la corruption (source : le Parisien). Et un locataire HLM, ne l'oublions pas, est exonéré d'à peu près tout, ce qui fait que Sevran est en train de vérifier les prédictions de Laffer : trop d’impôts tue l’impôt  La taxe d'habitation de Sevran est plus élevée que celle de ses voisines, conclusion : un habitant potentiel qui hésite entre Sevran et Aulnay choisira, à prix du mètre carré équivalent, Aulnay. 

Le chômage est trop élevé à Sevran ? Pourquoi ne crée -t-il pas une ligne de bus pour amener ses chômeurs à Roissy Charles de Gaulle, distant de 5 km ? Stéphane Gatignon est conseiller régional. Pourquoi ne discute t-il pas avec ses amis du STIF ?

Est ce que Sevran est vraiment en faillite ? Pourquoi ont-ils encore les moyens de se payer du théatre, des lectures sur la guerre d'Algérie ou la remise aux normes de cinémas (plutôt que le détruire)  ?
N'hésitons pas à le dire, en s'appuyant sur les chiffres de Bercy : Sevran est mal gérée. Certes, elle dispose de ressources fiscales faibles, mais elle a aussi trop de dépenses de personnel par rapport à son potentiel fiscal. En plus, Sevran  a également plus de subventions que la moyenne (source : Marylise Lebranchu). 

L'appel à la solidarité de Stéphane Gatignon est fondamentalement injuste. Il consiste à nier le fait que le maire d'une commune et ses administrés sont responsables du devenir de leur ville. Si Stéphane Gatignon trouve injuste que les entreprises soient à Garonor, au Bourget plutôt que chez lui, dans ce cas pourquoi ne propose -t-il pas la dissolution des communes de Seine Saint Denis et leur fusion en une collectivité unique ?  Il est trop facile de réclamer son indépendance coté dépenses mais pas coté recettes. 

Ensuite, la gauche est au pouvoir. Pourquoi les maires (de gauche) ne normalisent pas leurs relations avec l'Etat ? A Paris, on a le même cas, avec Delanoé et Anne Hidalgo qui réclamaient à cor et à cris un milliard quand Fillon gouvernait mais qui se font discrets maintenant que Ayrault a pris les commandes (voir Comment l'affreux Etat de Sarkozy est soudain devenu le gentil Etat de Hollande et pourquoi cela va coûter aux Parisiens des centaines de millions d'euros ! chez le Delanopolis).

Plus d'argent dans les caisses de Sevran ? Dans ce cas, on fait comme les entreprises en faillite : on réduit la voilure et on vend des actifs. Sevran peut privatiser ses HLM, vendre son parc, licencier des fonctionnaires, réduire la culture et le social. Evidemment, ca suppose de sortir d'une gestion municipale orientée vers la sauvegarde du passé.

Le pire dans cette histoire est que l'on va trouver l'argent que Sevran réclame. Dans la poche de ces moutons de contribuables.



5 commentaires:

  1. Cette argent était dut a la ville pas besoin de polémique, et il est reconnue que la gestion est plutôt bonne, grandissons et arrêtons la guerre gauche, droite nous ne sommes plus des enfants regardons l'interet global

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  2. Il y a une coquille dans ton lien « lisez Stéphane Gatinon [...] » final.

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    1. ok bien vu, c'est corrigé, Martin, merci de ta lecture.

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  3. Le terme "chantage" est ici parfaitement erroné. Le chantage est une menace qui concerne autrui, pas une menace concernant soi-même.

    Le sens du mot est ici parfaitement inadmissible.

    En effet rien ne force personne ici de se plier à une injonction. Autrui peut parfaitement ignorer une grève de la faim ou quelque autre décision personnelle que ce soit. Il n'y a aucune obligation, aucun risque sur sa propre vie.

    Il est étonnant de la part d'un libéral de confondre ainsi la menace et l'obligation et le libre choix de disposer de son propre corps.

    Plus qu'étonnant, c'est parfaitement contradictoire avec les fondements de la liberté que l'on prétend respecter par ailleurs.

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    1. ah bon ? La loi empéchant la non assistance à personne en danger a été abolie ?

      De plus, sur la forme, vous savez très bien que le contexte français de la médiatisation de cette "grève de la faim" empeche que l'on se retrouve avec une affaire du type "Grève de la faim irlandaise de 1981" comme Maggie Thatcher a connu.

      Pas de confusion, donc, juste du réalisme au sujet des préférences de nos politiciens ultra étatistes entre le respect du contribuable et la mise en avant d'actions sociales avec l'argent des autres.

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