dimanche 12 avril 2015

Un pouvoir en mode bulldozer

Fatigue (1) contre la vacuité de l'opposition, écho de la faiblesse intellectuelle de la majorité ? Rage sourde (2) contre des élus qui se moquent des électeurs, citoyens et contribuables ? A ces deux qualificatifs qu'utilisent les blogueurs l'Hérétique et H16, et que nous sommes nombreux à partager à 100%, il convient cependant de ne surtout pas se tromper sur le constat que l'on peut formuler sur la classe politique. Hollande et les socialistes (toujours majoritaires à l'Assemblée Nationale, rappelons le ...) ne sont pas inactifs, ils sont en mode bulldozer.

Le Président Hollande, initialement, avait été élu pour "réparer la France" que le Sarkozysme avait "abimé". Chacun se souvient en effet des coups de com', des outrances verbales, du bling bling, de l'autoritarisme, du clanisme également.
Mais force est de constater qu'au delà d'une certaine forme, mieux maîtrisée par un François Hollande élevé par un père d’extrême droite et une mère même chrétienne "de gauche" dans les meilleures écoles du pays que par un fils d'immigré aux parents divorcés, rien n'a changé, les choses sont même pire.

Les coups de com' ? La capacité qu'a Ségolène Royal à raconter tout et son contraire n'est même plus digne de faire l'objet de commentaires. Les outrances verbales ? Quand on installe à Matignon un premier ministre qui trouve qu'il n'y a pas assez de white, de blancos à Evry (et donc trop de blacks, de negros ?), on réalise que la barre est placée très haut. Le bling bling ? Alors que Air Sarko One et l'usage par la présidence du Pavillon de la Lanterne, à Versailles, étaient vivement critiquées par l'opposition, l'actuelle majorité a décidé de se taire face à la sarkozysation de Hollande.  Le clanisme ? Les dernières nominations ne laissent aucun doute sur l'existence de l'Etat PS.
L'autoritarisme ? C'est peut être l'aspect le plus inquiétant du quinquenat. Qu'il ne concerne que les affaires internes au PS et au gouvernement, à la rigueur, pourrait être acceptable. Après tout, cela  se passe entre adultes consentants, et si des Bac + acceptent de se faire humilier par souci de leur carrière, cela les regardent.

Mais cet autoritarisme s'étend bien au delà.

Faute de pouvoir agir et faute de vouloir agir sur ce qui devrait être l'essentiel (recentrer l'Etat sur ses missions régaliennes, équilibrer le budget), le Parti Socialiste a décidé de transformer la France autrement, et pas qu'un peu.

Qu'est ce qui peut bien faire que les députés, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, préfèrent sécher les sessions de vote à l'Assemblée Nationale, et laisser une poignée de députés socialistes pro gouvernement décider de mesures aussi importantes que l'acceptation par défaut du don d'organes en cas de décès ?
Pourquoi si peu de monde pour s'exprimer pour ou contre la généralisation du tiers payant ?


Quand est-ce que les élus se souviendront que, comme l'a écrit Montesquieu, le pouvoir arrête le pouvoir ?
Si le gouvernement est en roue libre totale sur certains dossiers, notamment des sujets sociétaux, c'est aussi parce que certains ne font pas leur boulot !

S'ils le faisaient sérieusement, ils ne laisseraient pas Manuel Valls agiter des chiffons rouge relatifs à des dangers virtuels (3), pendant que le premier ministre agit, même pas en coulisse mais bien au grand jour, pour faire peser des dangers bien réels pour nos libertés (4). 





(1) L'Hérétique Vacuité insondable au MoDem et à l'UDI 11 avril 2015

samedi 11 avril 2015

@Anne_Hidalgo : #1anParis

Ce samedi, Anne Hidalgo organisait une réunion d'information appelée "compte rendu de mandat" devant les parisiens, à l'occasion de l’achèvement de sa première année en tant que maire de Paris.



Sans surprise, le Parti Socialiste parisien se félicite de cette première année. Il parle même d'un an de promesses tenues (1) !



C'est drôle, ils ont même organisé des tractages ce week end. On pensait que le PS n'avait plus d'argent. 
On a du se tromper.

Là où on ne se trompe pas, c'est que même sur les thèmes sur lesquelles Anne Hidalgo a choisi de communiquer, il y a beaucoup à dire. 

Mythe : Priorité au logement : 10000 nouveaux logements par an
Fait : Pour développer du logement social, la mairie de Paris ne fait pas construire des nouveaux appartements, elle préempte ou rachète des logements existants, et en fait artificiellement des HLM. Outre le maintien de cette notion surréaliste qu'est l'existence de logements hors marché, cette politique a deux conséquences néfastes : d'une part, elle alimente le clientélisme, d'autre part, elle pèse sur le budget de la ville de Paris. La vérité, c'est que la politique logement de la ville de Paris va dans le mur (2). 
Mythe : Lutte contre la pollution : sortir du diesel d’ici 2020
Fait : Anne Hidalgo n'est pas arrivée au pouvoir en 2014. Cela fait depuis 2001 qu'elle participe à la gestion de Paris et de l'Ile de France. Entre 2001 et 2014, Hidalgo a validé la politique d'achats de bus diesel de la RATP, par ses votes et par les subventions de Paris au STIF (3). Ces bus, récents pour certains, ne seront pas mis à la poubelle en 2020. La sortie du diesel ne concerne que les manants de banlieue qui ont le mauvais gout de venir travailler en voiture à Paris. 

Mythe : Développer l’attractivité de Paris
Fait : la fuite des sièges sociaux du centre de Paris va devenir un problème croissant (4), dont la réponse n'est pas que municipale. 

Mythe : Notre grande cause : prendre en charge les plus démunis
Fait : Anne Hidalgo n'a aucun outil positif et viable pour prendre en charge les démunis qui, au passage, n'ont jamais été aussi nombreux à Paris. Ce combat, c'est celui des associations et ONG comme la Croix Rouge, la Mie de Pain ou Fleur de Bitume à qui il faut donner de la liberté d'action et des moyens récoltés par la générosité des donateurs (5). 

Mythe : Budget participatif : c’est vous qui décidez
Fait : le coté participatif du budget participatif d'Anne Hidalgo était doublement limité : d'une part, il ne portait que sur 5% du budget d'investissement (qui lui même représente moins de 20% du budget total), d'autre part, toutes les propositions des parisiens n'étaient pas recevable. Par exemple, il n'était pas possible de proposer de ne pas dépenser, et de rendre un peu d'argent aux contribuables et citoyens Parisien (6).

On pourrait aussi évoquer l'abandon du milliard d'euros des parisiens (7), ou encore le plan social envisagé par Madame le Maire alors que la candidate Hidalgo le refusait (8). 

Evidemment, pas la peine de demander ce que l'opposition pense ou dit, c'est pas facile d'être à la fois conseillère municipale de Paris et députée de Longjumeau ou députée Européenne. Sinon, on aurait entendu des propositions de légalisation des crèches clandestine, de circulation des métros H24, de suppression des feux rouges pour fluidifier le trafic, d’arrêt de la répression de la prostitution, de franche baisse des effectifs de fonctionnaires de Paris ou de fusion des communes limitrophes, pour ne prendre quelques exemples.




(1) Parti Socialiste Paris Avec Anne Hidalgo pour Paris : un an de promesses tenues 3 avril 2015
(2) Delanopolis Le record du HLM le plus cher de nouveau pulvérisé à Paris ! 4 juillet 2013
(3) Libération Diesel : la mémoire d’Anne Hidalgo a des ratés 17 mars 2014
(4) Contrepoints Les grandes entreprises fuient Paris : Hidalgo sous pression ! 15 mars 2015
(5) Le Parisien En achetant son DVD, aidez les sans-abri parisiens 31 mars 2015
(6) Contribuables Budget participatif de Paris : une parodie de démocratie 3 février 2015
(7) Municipales 2014 à Paris Relations avec l'Etat : Anne #Hidalgo (#PS) réclamerait-elle le milliard d'euros des parisiens ? 8 février 2014
(8) Le Parisien Libéral Effectifs de l'administration parisienne : Anne Hidalgo "change d'avis" ... ? 14 octobre 2014

vendredi 10 avril 2015

Loi Macron, #PJLRenseignement : cette droite qui assume totalement son antilibéralisme

Le libéralisme, c'est quoi ? Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique (1) visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l'autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Depuis plusieurs siècles maintenant, le libéralisme a instauré la démocratie, fondée notamment sur le principe de séparation des pouvoirs et l'existence de contre-pouvoirs, et a  rendu possible le développement d'une économie libre, fondée sur les droits de propriété et la concurrence. Quels que soient leurs nuances et leurs débats, les libéraux s'accorderont tous à dire que la base de tout, c'est l'individu, et le respect de ses droits naturels (la liberté, l'égalité, la propriété, la sûreté, la résistance à l'oppression, tous contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (2)).
Les philosophies étatistes, elles, prônent exactement l'inverse. Elles n'accordent aucune importance à l'individu. Par exemple, pour le socialisme, il n'y a pas d'individus avant tout, il y a d'abord une "société" (3), et pour le national socialisme, la société doit se confondre avec son état, un peu comme quand on explique que la nation française et l'état français, c'est la même chose. 

Depuis 1789, les principes libéraux ont été largement altérés par une progression continue de l'intervetionnisme public, dans toutes les sphères, à tous les niveaux. Mais on aurait pu croire que cet interventionnisme ne serait pas défendu par tous et que le jeu de la démocratie permettrait de présenter sur le spectre politique des opinions alternatives au "toujours plus d'Etat" qui semble si ancré en France. 
Il n'en n'est rien. 
Les médias disent fréquemment que les différents courants de la droite, y compris le Sarkozysme, sont libéraux, et que quand le PS s'éloigne de son extrême gauche pour aller vers le Vallsisme, il devient "social libéral". Mais la encore, il n'en n'est rien. 
Il y a une conséquence fabuleuse au bipartisme qui découle des institutions de la Veme république : les députés se retrouvent à devoir voter contre ce qu'ils pensent. C'est vrai de la gauche, qui se voit obligée de voter des projets de loi en totale contradiction avec le discours du Bourget de François Hollande, par exemple, mais c'est vrai aussi de la droite, qui pinaille sur la loi Macron, mais valide la loi sur le renseignement ...
Mais dans le cas de la droite française, il est vrai que les institutions ne sont pas seules en cause. Elles agissent, en ce qui concerne certains, comme un véritable révélateur de l'antilibéralisme qui anime en réalité l'esprit d'un grand nombre de députés UMP et UDI. Ne parlons même pas du Front National, il est aligné sur son alter ego le Front de Gauche. 

Ainsi, il y a deux gros projets de loi qui devraient, en ce moment, retenir toute notre attention. Ils semblent un peu plus important que les affaires internes à la famille le Pen, ou le fait que telle tenniswoman soit enceinte. 
Le premier de ces projets de lois, c'est le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (dit loi Macron) (4). 
Le second de ces projets de lois, c'est le Projet de loi renseignement:
On pourrait ajouter à cette liste le projet de loi santé (dit loi Touraine). 
Ces projets de loi n'ont pas la même philosophie, même s'ils émanent tous d'un gouvernement socialiste. 

Macron souhaite transcrire dans le droit français certaines des conclusions du rapport Attali, celui qui était censé servir de livre de chevet à l'ancien président de la République. Certes, il ne s'agit absolument pas d'un big bang comme aurait pu le faire Margaret Thatcher, mais le Parti Libéral Démocrate (5) aussi bien que Jean-Christophe Fromantin (UDI) (6) l'affirment : c'est un pas dans la bonne direction. 
Alors quand on voit des élus de droite et du centre comme Morin-Desailly, Estrosi ou Huygues amender la loi Macron pour "encadrer le moteur de recherche Google" (7), rejeter la privatisation des aéroports régionaux, être plus à gauche que le gouvernement sur le don du sang (comme si sa libéralisation était un danger (8)) et défendre les professions réglementées (9), on voit bien ce qu'il en est : au delà des postures politiciennes, la droite n'est, à quelques exceptions prêt (Hervé Mariton, Frédéric Lefevre) pas vraiment prête à une révolution libérale. Mention spéciale, dans ce contexte, à leur chef qui se déclare maintenant contre les auto entrepreneurs, pourtant l'une des rares mesures libérales du précédent quinquennat  !
Voila où en est l'UMP : à rejeter une loi qui vise, dans l'ensemble, à commencer à libérer un peu l'économie française de son carcan, elle qui, en 10 ans, n'a su ni réformer les professions réglementées, ni supprimer les 35 h, ni mettre en concurrence la Sécurité Sociale, ni supprimer le code du travail. 

Le socialiste Jean-Jacques Urvoas , rapporteur du projet de loi renseignement, et le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, tous deux membres du PS, sont eux dans une tout autre optique qu'Emmanuel Macron. Le but explicite du projet de loi renseignement (10), un piratage informatique légalisé et généralisé, est de renforcer les moyens d'action des services de renseignement via l'usage d'outils de surveillance, sans l'aval d'un juge, dès lors que cette quête répond « aux intérêts publics suivants » :
  • La sécurité nationale
  • Les intérêts essentiels de la politique étrangère
  • Les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France
  • La prévention du terrorisme
  • La prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous
  • La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
  • La prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique.

Le principe de base de ce projet de loi, c'est que les "honnêtes gens" n'ont rien à cacher, et qu'il faut sacrifier nos libertés au profit de plus de sécurité. 


Ce projet de loi a été dénoncé par un grand nombre d'organisations dont le souci est la protection des droits de l'homme (11): Amnesty International, la Quadrature du Net, Reporters sans frontière, le Syndicat de la Magistrature (!), la ligue des droits de l'homme, la CNIL, Charlie Hebdo. Au niveau politique, le Parti Pirate, le Parti Libéral Démocrate (12), le Parti de Gauche s'opposent aussi à ce projet de loi, mais en revanche, l'UMP, elle, "votera le texte". 



Protéger les libertés civiles, c'est faire de la politique politicienne ?  Étrange raisonnement de la part de quelqu'un qui est obligé de téléphoner sous pseudo avec des mobiles prépayés pour parler à son avocat et qui sait, de par son vécu personnel, que l'Etat use de moyens à la légalité douteuse à des fins politiciennes, notamment en écoutant des conversations entre un avocat et son client.
Nul ne pourra dire qu'il ne savait pas, même les députés UMP. Et les mêmes qui défendent le projet de loi renseignement aujourd'hui, sont aussi ceux qui vont nous parler de cabinet noir ou d'acharnement du public sur la transparence quand leur vie privée sera étalée demain ?

Y a t-il une opposition libérale en France aujourd'hui, qui soutiendrait le gouvernement quand il desserrerait le carcan étatique qui enserre l'économie mais le rappellerait à l'ordre quand ce même gouvernement serait tenté par des mesures liberticides ? En dehors de quelques rares députés qui parfois se distinguent à droite (*), on peut dire que non. L'UMP est totalement alignée sur l'ultra étatisme de la gauche socialiste, celle qui, comme les conservateurs de droite, rejettent la loi Macron mais soutiennent le projet de loi renseignement. Que la presse cesse donc de parler du supposé (ultra) libéralisme de la droite.
En attendant que le Parti Libéral Démocrate ait des élus au Palais Bourbon, nous semblons enfermés dans un dialogue entre étatistes et dirigiste pour qui la libre concurrence et la séparation des pouvoirs ne sont pas des concepts importants. 





(1) Wikilibéral Libéralisme 
(3) Parti Socialiste Nos valeurs
(4) Assemblée Nationale projet de loi pour la croissance et l’activité. 11 décembre 2014
(5) Parti Libéral Démocrate Encourageons Macron à aller plus loin 6 janvier 2015
(6) Jean-Christophe Fromantin Loi Macron : ce n’est pas une révolution mais avançons … 16 février 2015
(8) Le French Libertarien Libéralisation du don du sang 12 février 2015
(9) Sans langue de bois Loi Macron : l'UMP soigne ses professions réglementées 30 janvier 2015
(12) Parti Libéral Démocrate La loi sur le renseignement mettra fin à la vie privée des français 17 mars 2015
(*) Si ce n'est déjà fait, suivez et encouragez Laure de la Raudière sur Twitter et  Facebook.

jeudi 9 avril 2015

Le pape ne veut pas d'un ambassadeur gay au Vatican ?

Les "progressistes" sont en émoi !

Le pape aurait refusé un ambassadeur envoyé par la France au Vatican, du coup du, Libération sous titre " Le pape François ne serait-il finalement pas si progressiste que cela ?" (1)



Pourtant, si on en croit Riposte Catholique (2),  l’archevêque de Paris, le cardinal André XXIII, a envoyé une lettre au pape François pour soutenir le choix de l’Elysée qui s'était porté sur  Laurent Stefanini, chef du protocole de la République depuis 2010 et diplomate depuis 1985. C'est à y perdre son latin, vous ne trouvez pas ? André XXIII, on s'en souvient, était, aux cotés de Gilles Bernheim, le grand rabbin de France, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, et d'autres, opposé au projet de loi Taubira sur le mariage pour tous. Comme quoi, l'argument simpliste de l'homophobie des uns et des autres ne suffit pas à expliquer la situation ?

Première nouvelle : les pratiques sexuelles des gens figurent donc désormais sur leur CV. La prochaine fois que vous enverrez un CV à l'Elysée, chez Libération ou dans tout autre endroit dominé par le "progressisme de gauche" (qui consiste, donc, à essentialiser la sexualité) vous saurez pourquoi vous n'aurez pas été retenu, si comme 80 ou 90% des gens, vous êtes hétérosexuel. 

Deuxième nouvelle, il parait donc le Pape François avait "suscité l'enthousiasme général il y a deux ans". C'est drôle, parce que finalement, Libération avait presque oublié que le Pape est, en plus d'être le chef de l'état du Vatican, avant tout l’évêque de Rome et le chef de la communauté catholique, rien de plus. Point positif : personne n'est obligé d'être catholique, et l'apostasie n'y est même pas un crime, à la différence d'autres religions. 

Troisième (bonne) nouvelle, puisque la nomination de tel ou tel ambassadeur à tel ou tel endroit devient un sujet de conversation mainstream chez les "progressistes", alors peut-être demanderont-ils des comptes à François Hollande, voire instruiront-ils de logiques procès en racisme, face au refus de la France de voir Mohamed Mahmoud Ould Brahim Khalil au poste d'ambassadeur de Mauritanie en France (3) ou face au plafond de verre dont semble avoir été victime Zair Kedadouche, diplomate français auparavant en poste en Andorre (4) ? Ne semble t-il légèrement pas plus grave que la France, pays des droits de l'homme, de l'assimilation et de la méritocratie, refuse de nommer un consul au nom à consonance arabe à un poste dans une ville sous prétexte qu'on y trouverait une forte communauté juive ? Ou bien chacun admettra t-il que tous les pays du Monde, même la France, sont souverains dans leurs décisions et peuvent refuser toutes les nominations qu'ils veulent, que ce soit pour être représenter aussi bien que pour accueillir des représentants ? 

En vérité, le président Hollande n'a rien fait pour cacher le mépris qu'il semble ressentir envers la communauté catholique et vis a vis du pape François, rappelez-vous la rencontre de janvier 2014.
Alors, que le poste d'ambassadeur près le saint Siège reste vacant quelques mois de plus, alors qu'il l'est depuis le 1er mars 2014, qu'est ce que cela peut bien faire ? 
En revanche, cette polémique sur le réseau diplomatique français, le deuxième du monde après celui des Etats Unis, tombe bien. Nous cherchons à faire des économies budgétaires, non ? Alors pourquoi ne pas proposer à nos 27 partenaires européens de mettre enfin en commun notre réseau d'ambassades ? Quel sens y a t-il à ce qu'il y ait 28 ambassades différentes des différents membres de l'UE à Washington, au Vatican ou à Pekin ? Que Fabius ferme le Quai d'Orsay et confie les clefs de la diplomatie à Federica Mogherini, en charge du même dossier à Bruxelles !

EDIT 10 avril 2015 : s'il s'agit d'un cas avéré d'homophobie, la France doit activer l'option logique qu'elle a entre ses mains : la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. En quoi la France de François Hollande a t-elle finalement besoin d'entretenir des relations avec ce petit pays ? Et après tout, d'autres pays occidentaux comme les Etats Unis ou le Royaume Uni (5) ont déjà pris des options diplomatiques fortes pour montrer que la lutte contre l'homophobie était une priorité. En revanche, puisque le sujet plus largement est celui de la discrimination à l'embauche, peut être que les progressistes pourraient adopter une attitude moins communautariste dans leur approche, et considérer toutes les discriminations.



(1) Libération Le pape ne veut pas d'un ambassadeur gay au Vatican 9 avril 2015
(2) Riposte Catholique Le cardinal Vingt-Trois promeut un homosexuel pour l’ambassade de France 7 avril 2015
(3) Cridem La France refuse les lettres de créance d’Ould Brahim Khlil depuis un an 9 mai 2013
(4) Le Parisien Racisme : un ambassadeur claque la porte du Quai d'Orsay 13 mai 2014

mercredi 8 avril 2015

Pozzo di Borgo, l'UDI converti à la TTF ?

Vous connaissez, vous, le nom de votre sénateur ? C'est pas évident, vu que seuls les grands électeurs votent pour mettre au Palais du Luxembourg ces politiciens aguerris, et rompus à toutes les subtilités de la vie publique. 
Du coup, pas sur que vous ayez entendu parler d'Yves Pozzo di Borgo, sénateur, élu (UDI) à Paris, vice président de la Commission des Affaires européennes.
Les militants parisiens de l'UDI, le parti centriste, eux, le connaissent ! Pour une raison qui n'est pas encore tout à fait claire, Yves Pozzo di Borgo (donc membre de l'UDI), n'avait pas hésité (avec d'autres comme, Jean-Christophe Lagarde) à torpiller en public la candidature à la mairie de Paris de Christian Saint-Etienne (1) (UDI). Allez comprendre .. Mais quand Bill Clinton nous confirme que la série House of Cards et sa succession d'intrigues politiciennes est à 99% réaliste (2)  ...

Alors, qu'a donc récemment fait notre valeureux sénateur, Yves Pozzo di Borgo, pour qu'on parle de lui ? 
La réponse se trouve dans les très instructifs comptes rendus des discussions tenues dans le cadre de la Commission des Affaires européennes du Sénat. Ne riez pas, cela n'est pas si rébarbatif que çà, et surtout, c'est là où on réalise qu'en fait, entre le PS, l'UDI, l'UMP et les deux Fronts, il n'y a bien aucune alternative : nos politiciens semblent bel et bien tous d'accord pour créer toujours plus de taxes, toujours plus d’impôts (enfin, sauf pour eux, cela va sans dire, n'est-ce pas mesdames et messieurs qui rejetez la fiscalisation de l'IRFM).

Donc, si vous vous rendez sur le site web du Sénat, vous pourrez tomber sur le projet de taxe sur les transactions financières (3) et la communication de Mme Fabienne Keller (UMP, socialiste de droite). Et là, qu'est ce qu'on apprend ? Que le sénateur Pozzo di Borgo applaudit de ses deux mains ce projet de taxe dont l'inspiration est d'extrême gauche.
Que dit-il au sujet de ce projet repris par le collectif extrémiste de gauche Attac ?

"Parmi les financements innovants, la TTF est un projet fondamental pour une innovation
remarquable. [...] Une fois de plus, la France est le moteur de l'innovation fiscale et je me réjouis que le président de la République soit volontariste sur ce projet. Je suis convaincu que la création de la TTF n'aura qu'un impact marginal sur l'économie, contrairement à ce que les milieux financiers avancent avec une certaine mauvaise foi. Enfin, je suis heureux que la France retrouve son rôle de force de proposition et de réflexion sur l'équilibre du monde."

ou encore

"Comparaison n'est pas raison, mais lors de la création de la taxe sur les billets d'avion, que de cris de la part des banques aussi ! Or il n'y a pas eu d'incidences sur l'économie. Quelle est l'entreprise qui va quitter Francfort, Londres ou New York pour aller dans une bourse de l'autre bout du monde ? Je ne crois pas à la délocalisation des centres financiers, mais il est normal que les banquiers se défendent."

Pourtant, un certain nombre d'éléments devraient être rappelés au bon souvenir du sénateur Pozzo di Borgo, qui, dans un excès de folie taxatrice, se voit donc déjà légiférer, en tant qu'élu français, pour l'Allemagne ou les Etats-Unis !

D'une part, la TTF, taxe comportementale, n'a aucun sens. En effet, qu'est ce que la taxe sur les transactions financières ? La taxe Tobin (la première esquisse de la TTF), c'est une taxe proportionnelle applicable à toute transaction impliquant un instrument financier (actions, obligations, dérivés) et qui a pour but explicite de limiter la volatilité, en rendant les transactions de court terme non rentables. Si l'économiste James Tobin a donc d'abord imaginé sa taxe, ce n'était pas pour qu'elle rapporte, mais qu'au contraire, elle tue sa base fiscale, en renchérissant le coût des transactions. En effet, si une taxe altère ou annule la rentabilité prévisible d'une opération financière, on peut imaginer que les opérateurs financiers (sauf à penser qu'ils sont stupides et dotés de financements illimités) ne se lanceront pas dans une telle opération. Et si malgré l'existence de la taxe, les opérateurs se lancent dans une transaction, c'est donc qu'ils espèrent une rentabilité encore plus forte, donc plus de volatilité (4).
Si il y a une taxe Tobin / TTF efficace, il n'y a donc pas de rentrées fiscales puisqu'il y a moins voire plus du tout de transactions, sauf celles de "long terme" tel que l'achat d'actions Renault par l'Etat français, avec un argent qu'il ne possède pas, ou alors les plus volatiles.
Les taxes comportementales n'ont donc aucun sens sur le plan budgétaire.

D'autre part, la TTF a déjà testée, et elle n'a pas marché (5). En 1984, la Suède a mis en place une taxe sur les transactions financières du marché d'actions de la bourse de Stockholm, puis sur le marché des obligations. Mais cette TTF a abandonnée en 1990 suite au déplacement des transactions vers des marchés et des instruments financiers non taxés. Ce déplacement a  entraîné un effondrement des transactions à la bourse de Stockholm (entre -30 et -60% en 3 ans) et a restreint très fortement l'augmentation des recettes fiscales (50 millions de Couronnes Suédoises en moyenne par an au lieu des 1.5 milliards prévus).
Quand à la France, elle dispose en réalité déjà de sa TTF. Une taxe sur les transactions financières a été instituée par les dispositions de l’article 5 de la loi n° 2012-354 du 14 mars 2012 de finances rectificative pour 2012 (6).
La encore, les effets ont été les mêmes qu'en Suède : la taxe sur les transactions financières française a fait baisser les volumes de 10% à Paris.
Qu'est ce que le sénateur Pozzo di Borgo pense qu'il se passera quand l'UE adoptera une TTF Européenne ? Les transactions iront ailleurs, tout simplement, et les entreprises suivront, pour celles qui, PME ou grands groupes comme Total (7), ont anticipé. Fantasme ? Le sénateur Pozzo di Borgo dispose certainement d'une connexion Internet. Il peut donc constater deux choses : d'une part, grâce à Internet, les choses ne se passent plus comme dans un roman de Zola, il n'y a plus besoin d'être dans l'enceinte du palais Brongniart pour faire une transaction boursière (8). D'autre part, des plans existent chez un certain nombre de groupes français pour partir.

Qui plus est, la double justification morale de la TTF, "réguler la finance" et "aider ces pauvres pays africains" ne repose sur rien. D'une part, depuis 2008, ce qui a fait faillite, c'est la finance régulée (Dexia ?) et les finances publiques, mais certainement pas tous ces mastodontes dont le public n'entend jamais parler, type Icap, Blackrock ou Ontario Teachers. Normal, on a voulu faire croire que la crise, c'était la méchante finance et non pas des décisions publiques et politiques néfastes. D'autre part, on sait que l'aide publique au développement est une fumisterie. Ce dont l'Afrique a besoin, c'est du libre échange, et certainement pas de la commisération de députés et de sénateurs français.

Pozzo di Borgo est-il toujours à l'UDI, c'est à dire le parti membre, au niveau européen, des centristes et libéraux européens (ALDE) ou bien s'apprête t-il à rejoindre des groupes anti libéraux et plus extremes ? Parce qu'une chose est sure : il ne peut pas y avoir de TTF sans frontières ultra étanches, d'où la cohérence des extrêmes pour qui la fermeture des frontières est la base. Pour info et si le le sénateur Pozzo di Borgo l'avait oublié, son parti politique, l'ALDE, a rejeté l'idée de taxe sur les transactions financières (9).
Pozzo di Borgo n'est pas obligé d'être aussi versatile que l'ancien président de la République !

Quand on parle du rejet de la TTF, il ne s'agit absolument pas de défendre les banques, il s'agit de défendre le consommateur. Chacun sait à quel point, comme n'importe quelle entreprise d'ailleurs, les banques et les intermédiaires financiers ne sont clairement pas la Croix Rouge. Leur but, comme n'importe quelle entreprise, est de faire du profit, et ce en tenant compte des très nombreuses contraintes juridiques qui pèsent sur elles. 
Mais les banques paient déjà les taxes et impôts suivants :
  • C3S bancaire
  • taxe systémique
  • impôt sur les sociétés (comme toutes les entreprises) 
  • Contributions additionnelles
  • TVA (non récupérable, à la différence des sociétés industrielles du CAC 40)
  • taxe sur les salaires
  • CVAE
  • Taxe sur les bureaux
  • Retenues à la source 
Or, une taxe est toujours répercutée sur le consommateur final. Donc si à cette longue liste de taxe, on rajoute la TTF, alors elle sera payée par nous tous. Et ne pensez pas qu'en matière d'intermédiation financière, vous n'êtes pas un consommateur final. En effet, vous n'êtes peut être pas un day trader en possession d'un compte titre chez un broker, à l’affût des opportunités sur les marchés. Cette catégorie est de moins en moins nombreuse (merci Fillon et son abaissement du seuil des taxations sur les plus values sur cessions de valeurs mobilières au premier euro de cession ). En revanche, combien de français ont de l'assurance vie investie en divers produits financiers ? Même les fonctionnaires sont indirectement actionnaires, quand ils épargnent via la Prefon !

En outre, Dans un pays, la France, qui dépend bien plus des banques et du secteur financier que la Suisse (et oui !), et dans une aire urbaine, la région parisienne, qui a déjà un problème de sièges sociaux, veut-on vraiment risquer de voir BNP Paribas, Credit Agricole CIB ou Natixis d'achever leur déménagement ? 
A quand un nouveau contrat social ? Voila ce qu'on attend des politiciens comme le sénateur Pozzo di Borgo. Qu'ils nous propose un recentrage de l'Etat sur ses seules missions régaliennes (police, justice, armée et diplomatie) de préférence gérées au niveau fédéral européen, et un système fiscal juste, simple, fondé sur une flat tax la plus faible possible, au lieu de se livrer à ce concours permanent de "créativité" fiscale !