Affichage des articles dont le libellé est Union des Démocrates et Indépendants. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Union des Démocrates et Indépendants. Afficher tous les articles

mercredi 24 juin 2015

La Tour Triangle défie House of Cards

Il y a une semaine, le RER A a été totalement paralysé vers 8h du matin, au moment où il est le plus utile, c'est à dire quand des centaines de milliers de travailleurs l'utilisent pour se rendre au travail (1). Parmi ces voyageurs, on trouve notamment tous les employés qui travaillent dans l'un des gros poles de bureaux répartis le long de la ligne A, à commencer par la Défense (Plus de 100.000 personnes y travaillent) ou la Gare de Lyon.
Coup de "chance" : la ligne A est en partie doublée par la ligne 1 du métro, ce qui permet malgré tout de pouvoir se déplacer. 

Les franciliens seront donc d'accord avec cette idée simple : dans une période de répression de la conduite automobile, les lignes de transport en commun semblent utiles pour aller au travail. 

C'est exactement un des arguments qui font que l'on peut douter de l'utilité du projet de la Tour Triangle, dans le sud du XVeme arrondissement.

La Tour Triangle, on pourrait croire qu'il s'agisse d'un "beau projet architectural" et de la volonté de doter Paris de bureaux du XXIeme siècle, mais la genèse du projet, rappelons le, c'est une compensation offerte à Unibail Rodamco, respectable foncière membre du CAC 40.  
En effet, si la mairie de Paris, Bertrand Delanoé puis Anne Hidalgo, cherchent à rendre le projet de Tour Triangle possible, c'est manifestement dans le cadre d'une compensation proposée par la mairie de Paris envers Unibail Rodamco (2), gestionnaire du Forum des Halles (3). Si le conseil municipal décide de rendre constructible un petit bout de terrain situé sur le parc des expositions de la porte de Versailles, Unibail Rodamco s'engage à construire une tour dite "Tour Triangle".


Etant donné que cette tour comportera des bureaux (jusqu'à 5000 emplois, nous dit Anne Hidalgo) (4), est-ce qu'on pense vraiment que la ligne 12, dont chacun peut constater les limites lorsqu'il se rend au Salon de l'Agriculture ou à la Foire de Paris, va être suffisante pour convoyer tous ces travailleurs ? 

Un vote est donc nécessaire au conseil de Paris. Or, malgré toutes les magouilles et limites des élections municipales parisiennes (Quand on pense que Anne Hidalgo n'a même pas été élue dans son arrondissement ...), les citoyens essayent quand même de se doter de représentants censés refléter leurs idées et opinions, au niveau de chaque arrondissement ou au niveau de la ville.

Jusqu'à présent, et sur le sujet précis de la Tour Triangle, le contrat a été respecté. Les écolos d'EELV, par exemple, d'accord sur rien avec le PS (5) mais alliés quand même, ont toujours affiché leur opposition à la Tour Triangle (mais aussi à d'autres projets comme l'extension de Roland Garros sur les Serres d'Auteuil). Anne Hidalgo ne peut pas dire qu'elle ignorait que son "allié" Christophe Najdovski était opposé à la Tour Triangle.
De même,  Nathalie Kosciusko-Morizet, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher, a au moins pour elle la constance en ce qui concerne la Tour Triangle : le 4 octobre 2013 par exemple, NKM affirmait son opposition au projet (6). 

C'est pour ça qu'Anne Hidalgo a essuyé un échec majeur en conseil municipal : ni ses alliés EELV, ni l'opposition UMP - Les Républicains et UDI ne sont pour.

Or, manifestement, les élus parisiens, des personnes majeures, libres et responsables et titulaires de fonctions électives qui découlent de la volonté des parisiens (enfin, théoriquement), sont manifestement susceptibles de devoir rendre des comptes à un avocat des Hauts de Seine ou à un cumulard de Seine Saint Denis. Le grand Paris avant l'heure !

L'ancien président de la République a affirmé son soutien au projet de la Tour Triangle (7). C'est bien son droit de citoyen libre que de s'exprimer sur le sujet, après tout. Le plus drôle est qu'Anne Hidalgo salue son avis et invite la droite parisienne à le suivre.
Plus problématique est le changement possible d'opinion (mais pas encore avéré) de quelques élus UDI (8) du XVeme (dont Eric Azière, pour ne pas le nommer), ce qui pourrait faire basculer la majorité.


Une hypothèse est que le PS a négocié quelque chose avec Jean-Christophe Lagarde, le député maire de  Drancy, en échange de sa capacité à faire pression, avec des moyens qui nous échappent, sur les élus UDI parisiens.

L'autre hypothèse, c'est que dans le contexte de la surprenante alliance électorale entre l'UDI et Les Republicains aux régionales 2012 (les UDI vont-ils vraiment faire campagne pour Wauquiez ??), Nicolas Sarkozy a réussi, on ne sait pas trop comment, à faire passer l'idée qu'il aille aider Anne Hidalgo à avoir son vote, fin juin, sur la Tour Triangle.

Autrement dit, si, dans quelques années, le stationnement dans le quartier de la Porte de Versailles est encore plus difficile qu’aujourd’hui et si les métros de la ligne 12 sont encore plus remplis, sans même évoquer tous les autres problèmes que la Tour Triangle pourra entraîner, ce sera non seulement potentiellement lié à d'obscurs plans de carrière d'un leader centriste mais aussi aux relations et accords qu'il aura su nouer avec le PS et les Républicains.

Si tel est le cas, on est vraiment à des années lumières d'élus qui ne seraient que les porte-paroles des électeurs ...

Centristes et habitants du XVeme, vous saurez pour qui ne pas voter la prochaine fois !

En attendant, la mairie de Paris a toujours le choix d'organiser un referendum, auprès des électeurs du XVeme. Ne serait-il pas plus sage, dans cette affaire de Tour Triangle, d'avoir recours à la démocratie ? 





(2) Collectif Contre Triangle canard enchainé 

mercredi 8 avril 2015

Pozzo di Borgo, l'UDI converti à la TTF ?

Vous connaissez, vous, le nom de votre sénateur ? C'est pas évident, vu que seuls les grands électeurs votent pour mettre au Palais du Luxembourg ces politiciens aguerris, et rompus à toutes les subtilités de la vie publique. 
Du coup, pas sur que vous ayez entendu parler d'Yves Pozzo di Borgo, sénateur, élu (UDI) à Paris, vice président de la Commission des Affaires européennes.
Les militants parisiens de l'UDI, le parti centriste, eux, le connaissent ! Pour une raison qui n'est pas encore tout à fait claire, Yves Pozzo di Borgo (donc membre de l'UDI), n'avait pas hésité (avec d'autres comme, Jean-Christophe Lagarde) à torpiller en public la candidature à la mairie de Paris de Christian Saint-Etienne (1) (UDI). Allez comprendre .. Mais quand Bill Clinton nous confirme que la série House of Cards et sa succession d'intrigues politiciennes est à 99% réaliste (2)  ...

Alors, qu'a donc récemment fait notre valeureux sénateur, Yves Pozzo di Borgo, pour qu'on parle de lui ? 
La réponse se trouve dans les très instructifs comptes rendus des discussions tenues dans le cadre de la Commission des Affaires européennes du Sénat. Ne riez pas, cela n'est pas si rébarbatif que çà, et surtout, c'est là où on réalise qu'en fait, entre le PS, l'UDI, l'UMP et les deux Fronts, il n'y a bien aucune alternative : nos politiciens semblent bel et bien tous d'accord pour créer toujours plus de taxes, toujours plus d’impôts (enfin, sauf pour eux, cela va sans dire, n'est-ce pas mesdames et messieurs qui rejetez la fiscalisation de l'IRFM).

Donc, si vous vous rendez sur le site web du Sénat, vous pourrez tomber sur le projet de taxe sur les transactions financières (3) et la communication de Mme Fabienne Keller (UMP, socialiste de droite). Et là, qu'est ce qu'on apprend ? Que le sénateur Pozzo di Borgo applaudit de ses deux mains ce projet de taxe dont l'inspiration est d'extrême gauche.
Que dit-il au sujet de ce projet repris par le collectif extrémiste de gauche Attac ?

"Parmi les financements innovants, la TTF est un projet fondamental pour une innovation
remarquable. [...] Une fois de plus, la France est le moteur de l'innovation fiscale et je me réjouis que le président de la République soit volontariste sur ce projet. Je suis convaincu que la création de la TTF n'aura qu'un impact marginal sur l'économie, contrairement à ce que les milieux financiers avancent avec une certaine mauvaise foi. Enfin, je suis heureux que la France retrouve son rôle de force de proposition et de réflexion sur l'équilibre du monde."

ou encore

"Comparaison n'est pas raison, mais lors de la création de la taxe sur les billets d'avion, que de cris de la part des banques aussi ! Or il n'y a pas eu d'incidences sur l'économie. Quelle est l'entreprise qui va quitter Francfort, Londres ou New York pour aller dans une bourse de l'autre bout du monde ? Je ne crois pas à la délocalisation des centres financiers, mais il est normal que les banquiers se défendent."

Pourtant, un certain nombre d'éléments devraient être rappelés au bon souvenir du sénateur Pozzo di Borgo, qui, dans un excès de folie taxatrice, se voit donc déjà légiférer, en tant qu'élu français, pour l'Allemagne ou les Etats-Unis !

D'une part, la TTF, taxe comportementale, n'a aucun sens. En effet, qu'est ce que la taxe sur les transactions financières ? La taxe Tobin (la première esquisse de la TTF), c'est une taxe proportionnelle applicable à toute transaction impliquant un instrument financier (actions, obligations, dérivés) et qui a pour but explicite de limiter la volatilité, en rendant les transactions de court terme non rentables. Si l'économiste James Tobin a donc d'abord imaginé sa taxe, ce n'était pas pour qu'elle rapporte, mais qu'au contraire, elle tue sa base fiscale, en renchérissant le coût des transactions. En effet, si une taxe altère ou annule la rentabilité prévisible d'une opération financière, on peut imaginer que les opérateurs financiers (sauf à penser qu'ils sont stupides et dotés de financements illimités) ne se lanceront pas dans une telle opération. Et si malgré l'existence de la taxe, les opérateurs se lancent dans une transaction, c'est donc qu'ils espèrent une rentabilité encore plus forte, donc plus de volatilité (4).
Si il y a une taxe Tobin / TTF efficace, il n'y a donc pas de rentrées fiscales puisqu'il y a moins voire plus du tout de transactions, sauf celles de "long terme" tel que l'achat d'actions Renault par l'Etat français, avec un argent qu'il ne possède pas, ou alors les plus volatiles.
Les taxes comportementales n'ont donc aucun sens sur le plan budgétaire.

D'autre part, la TTF a déjà testée, et elle n'a pas marché (5). En 1984, la Suède a mis en place une taxe sur les transactions financières du marché d'actions de la bourse de Stockholm, puis sur le marché des obligations. Mais cette TTF a abandonnée en 1990 suite au déplacement des transactions vers des marchés et des instruments financiers non taxés. Ce déplacement a  entraîné un effondrement des transactions à la bourse de Stockholm (entre -30 et -60% en 3 ans) et a restreint très fortement l'augmentation des recettes fiscales (50 millions de Couronnes Suédoises en moyenne par an au lieu des 1.5 milliards prévus).
Quand à la France, elle dispose en réalité déjà de sa TTF. Une taxe sur les transactions financières a été instituée par les dispositions de l’article 5 de la loi n° 2012-354 du 14 mars 2012 de finances rectificative pour 2012 (6).
La encore, les effets ont été les mêmes qu'en Suède : la taxe sur les transactions financières française a fait baisser les volumes de 10% à Paris.
Qu'est ce que le sénateur Pozzo di Borgo pense qu'il se passera quand l'UE adoptera une TTF Européenne ? Les transactions iront ailleurs, tout simplement, et les entreprises suivront, pour celles qui, PME ou grands groupes comme Total (7), ont anticipé. Fantasme ? Le sénateur Pozzo di Borgo dispose certainement d'une connexion Internet. Il peut donc constater deux choses : d'une part, grâce à Internet, les choses ne se passent plus comme dans un roman de Zola, il n'y a plus besoin d'être dans l'enceinte du palais Brongniart pour faire une transaction boursière (8). D'autre part, des plans existent chez un certain nombre de groupes français pour partir.

Qui plus est, la double justification morale de la TTF, "réguler la finance" et "aider ces pauvres pays africains" ne repose sur rien. D'une part, depuis 2008, ce qui a fait faillite, c'est la finance régulée (Dexia ?) et les finances publiques, mais certainement pas tous ces mastodontes dont le public n'entend jamais parler, type Icap, Blackrock ou Ontario Teachers. Normal, on a voulu faire croire que la crise, c'était la méchante finance et non pas des décisions publiques et politiques néfastes. D'autre part, on sait que l'aide publique au développement est une fumisterie. Ce dont l'Afrique a besoin, c'est du libre échange, et certainement pas de la commisération de députés et de sénateurs français.

Pozzo di Borgo est-il toujours à l'UDI, c'est à dire le parti membre, au niveau européen, des centristes et libéraux européens (ALDE) ou bien s'apprête t-il à rejoindre des groupes anti libéraux et plus extremes ? Parce qu'une chose est sure : il ne peut pas y avoir de TTF sans frontières ultra étanches, d'où la cohérence des extrêmes pour qui la fermeture des frontières est la base. Pour info et si le le sénateur Pozzo di Borgo l'avait oublié, son parti politique, l'ALDE, a rejeté l'idée de taxe sur les transactions financières (9).
Pozzo di Borgo n'est pas obligé d'être aussi versatile que l'ancien président de la République !

Quand on parle du rejet de la TTF, il ne s'agit absolument pas de défendre les banques, il s'agit de défendre le consommateur. Chacun sait à quel point, comme n'importe quelle entreprise d'ailleurs, les banques et les intermédiaires financiers ne sont clairement pas la Croix Rouge. Leur but, comme n'importe quelle entreprise, est de faire du profit, et ce en tenant compte des très nombreuses contraintes juridiques qui pèsent sur elles. 
Mais les banques paient déjà les taxes et impôts suivants :
  • C3S bancaire
  • taxe systémique
  • impôt sur les sociétés (comme toutes les entreprises) 
  • Contributions additionnelles
  • TVA (non récupérable, à la différence des sociétés industrielles du CAC 40)
  • taxe sur les salaires
  • CVAE
  • Taxe sur les bureaux
  • Retenues à la source 
Or, une taxe est toujours répercutée sur le consommateur final. Donc si à cette longue liste de taxe, on rajoute la TTF, alors elle sera payée par nous tous. Et ne pensez pas qu'en matière d'intermédiation financière, vous n'êtes pas un consommateur final. En effet, vous n'êtes peut être pas un day trader en possession d'un compte titre chez un broker, à l’affût des opportunités sur les marchés. Cette catégorie est de moins en moins nombreuse (merci Fillon et son abaissement du seuil des taxations sur les plus values sur cessions de valeurs mobilières au premier euro de cession ). En revanche, combien de français ont de l'assurance vie investie en divers produits financiers ? Même les fonctionnaires sont indirectement actionnaires, quand ils épargnent via la Prefon !

En outre, Dans un pays, la France, qui dépend bien plus des banques et du secteur financier que la Suisse (et oui !), et dans une aire urbaine, la région parisienne, qui a déjà un problème de sièges sociaux, veut-on vraiment risquer de voir BNP Paribas, Credit Agricole CIB ou Natixis d'achever leur déménagement ? 
A quand un nouveau contrat social ? Voila ce qu'on attend des politiciens comme le sénateur Pozzo di Borgo. Qu'ils nous propose un recentrage de l'Etat sur ses seules missions régaliennes (police, justice, armée et diplomatie) de préférence gérées au niveau fédéral européen, et un système fiscal juste, simple, fondé sur une flat tax la plus faible possible, au lieu de se livrer à ce concours permanent de "créativité" fiscale ! 

lundi 30 mars 2015

Départementales : victoire de la coalition de "droite", mais ...

Finalement, le deuxième tour des élections départementales aura confirmé et amplifié le premier tour : la sanction est majeure pour la majorité socialiste et écologiste. Il y a également des motifs de satisfaction, quand on voit que l'Essonne, les Deux Sèvres, le Nord ou la Corrèze ont été perdues par la gauche. Voir Jerome Guedj pleurer en direct sur BFM TV, sur ses perspectives de carrières amoindries, montre à quel point il était nécessaire que les électeurs qui sont allés voter hier fassent revenir les socialistes sur Terre.
Egalement publié sur Contrepoints

Maintenant, est-ce qu'il faut se réjouir de cette victoire de la coalition de "droite" ? Pas vraiment. D'une part, elle correspond d'abord à une volonté de sanctionner les mensonges de Hollande, et bien moins au souhait, de la part des électeurs, de valider un quelconque projet anti socialiste. La preuve, c'est le niveau d'abstention.
D'autre part, l'UMP et l'UDI n'ont proposé aucune mesure de fond et anti socialiste. Où est passée la simplification du mille feuille administratif ? Le département n'était-il pas censé disparaitre, puisque les grandes régions et les intercommunalités arrivent ? Où est la proposition de faire disparaitre certaines dépenses ?

Enfin, au sein de la coalition de "droite" qui a gagné, mention spéciale à l'UDI, qui a en fait disparu.  Lagarde et l'ancien président de la république jouent le thème de l'union, mais pourtant ils ne sont d'accord sur pas grand chose. Depuis hier, ls médias parlent avant tout d'une victoire de l'UMP. Lagarde, qui a gagné le leadership du parti de centre droit en promettant l'indépendance, a t-il tué sa spécificité ? Comment, lors des prochains scrutins, l' UDI va t-il expliquer que son fédéralisme européen n'est pas le nationalisme de l'UMP ?

Bref, tout ceci était bien rigolo mais pendant 15 jours, le monde politique n'a parlé ni de renouveau des idées, ni de refonte de l'Etat et de son recentrage sur ses seules missions régaliennes, ni de la possibilité de dégager des majorités de projets plutôt que des majorités partisanes, comme le rappelle Jean-Christophe Fromantin.
Le pays (foutu, dirait H16) est toujours en faillite, et la classe politique se dispute pour savoir s'il faut, finalement, un RSA de droite ou un RSA de gauche, oubliant qu'il faut la disparition du RSA et la mise n place d'une politique de libération des énergies individuelles !

mercredi 4 mars 2015

Il parait que François Hollande redécouvre le centre ...

Selon la journaliste du Monde, Françoise Fressoz, le président Hollande tenterait de corriger le mépris qu'il avait pour les centristes, depuis 2012, en se rapprochant de Jean-Louis Borloo, par exemple (1). Difficile de dire si Borloo est dupe ou pas, mais ce qui est sûr, c 'est que Hollande ne l'est certainement pas. 

Certes, le président de la République a prouvé que ses convictions étaient fluctuantes, et que cela ne le gênait pas de tenir le discours du Bourget puis pratiquer la politique de Sarkozy. 

Mais quelle coopération pourrait-il y avoir entre, d'une part, une personne qui reste fondamentalement un socialiste, jacobin, laicard et interventionniste en économie, et les démocrates chrétiens, girondins et libéraux ? 

Au delà des positionnements tactiques des uns et des autres, et des écarts aux principes qui peuvent survenir ça et la, tout oppose, en terme de vision, les socialistes, qui croient fondamentalement à l'intervention de l'Etat dans tous les domaines et au pilotage de la France depuis le bureau d'un ministère, et les libéraux démocrates pour qui l'Etat doit se recentrer sur ses seules missions régaliennes, de préférence dans un cadre fédéral Européen. 

Les centristes ne s'y trompent pas : Hollande n'a toujours pas résolu son problème, à savoir ses mensonges de campagne en 2012. Les français qui soutiennent les "frondeurs" du Parti Socialiste (2) ont raison de demander à Hollande de bien vouloir respecter ses promesses de campagne. 
Hollande, élu avec les voix du Front de Gauche, comptait sur le retour miraculeux de la croissance pour masquer les contradictions de sa majorité. Qu'il commence par expliquer aux français qu'il s'est "trompé". Ensuite et seulement ensuite, il sera possible de réfléchir à des majorités de projet et à des votes au cas par cas, comme le proposent les députés UDI.






lundi 3 novembre 2014

Centristes : approche ratée de Manuel Valls !

En général, quand quelqu'un est en train de se noyer, on ne rejette pas son bras qui tente de s'agripper au canot de sauvetage. On tend sa main vers la sienne, afin de la hisser à bord. Alors, faut-il se réjouir du fait que, bien que  François Hollande et Manuel Valls fassent de l'oeil aux centristes en leur proposant une "alliance des progressistes" (1), le Modem et l'UDI lui signifient une fin de non recevoir (2) ?

Et bien oui !

Les centristes ont raison de ne pas vouloir s'associer à un François Hollande et à un Manuel Valls en perdition, et ce pour des raisons de forme aussi bien que de fond. Elles portent sur la personnalité et le bilan de François Hollande et Manuel Valls aussi bien que sur l'opportunité de s'allier à une gauche dont on elle prouve tout les jours qu'elle coule et qu'elle entraîne le pays dans son sillage (3).


Hollande est en permanence dans le flou 

François Hollande est passé du statut de député de la première circonscription de la Corrèze et président du conseil général de la Corrèze à celui de président de la république grâce à trois éléments :
  • l'explosion en vol de Dominique Strauss-Kahn
  • les mensonges de François Hollande durant la campagne (4) (ce qui ne veut pas dire que le programme de Sarkozy était valable)
  • la coalition de votes et de soutiens aux intérêts pourtant divergents : le Parti Socialiste, les communistes et les écolos, et Bayrou.

Sur ce dernier point, ne nous trompons pas. Hollande a rendu hommage au communisme (5), un système qui a pourtant généré 100 millions de morts. Question : comment des centristes, donc attachés à la démocratie libérale, au fédéralisme européen, à la libre entreprise et aux 4 libertés fondamentales de l'UE, pourraient gouverner avec une personne assez cynique pour rendre hommage au communisme ?  Que Bayrou ait trahi les valeurs de sa famille politique ne change rien à l'affaire. Ce faisant, le maire de Pau s'est exclu du centre, qui s'est reconstruit autour de l'Union des Démocrates et Independants (UDI), clairement anti socialiste. Il n'aura fallu que l'erreur du retour de Bayrou à l'occasion des Européennes pour laisser croire que le Modem existe encore. Valls, fin connaisseur de la vie politique du pays, ne peut ignorer cela.

Le PS est républicain, pas démocrate

Toujours au niveau des valeurs, Manuel Valls prouve, jour après jour, qu'il ne partage en rien les valeurs centristes. Ne cesse t-il pas de répéter que son objectif est de défendre la République, y compris au détriment, s'il le faut, de la démocratie (6) ? Où est le respect de la séparation des pouvoirs ? L'esprit de Montesquieu ne souffle plus à Matignon depuis un moment, mais Manuel Valls a bien fait en sorte qu'il n'y revienne plus.
Et Hollande, quand cela l'arrange, n'affirme t-il pas que La Commission n'a pas à nous dicter ce que nous avons à faire (7) ? Où est le respect du schéma institutionnel européen que François Hollande, contre l'avis d'une majorité des français en 2005, y compris au PS, a toujours soutenu ? Tenir de tels propos, contre son avis, mais en ligne avec l'opinion, n'est ce pas le principe du populisme ? 
Enfin, Valls et Hollande, par leurs attaques incessantes contre l'Europe, ne légitiment-ils pas Marine le Pen, une socialiste cohérente puisque clairement nationaliste ?

Valls est un instable, qui change sans arrêt d'avis, comme Hollande 

Quel Valls faut-il écouter ? Celui qui déclame sa flamme à la Palestine, ou celui qui énonce son attachement éternel à Israel ? Celui qui dit que la GPA doit être autorisée en France, ou celui qui affirme avec force son opposition à cette pratique (8) ? Celui qui veut affirmer l'autorité de l'Etat, ou celui qui piétine en public l'autorité de son supérieur hiérarchique, Jean-Marc Ayrault ? 
Quel François Hollande faut-il croire ? Celui qui affirme qu'il veut une France apaisée, ou celui qui porte envers et contre tout le mariage pour tous ? Celui qui se dit proche du peuple, ou celui qui ne dîne chez Laurent et se repose à la Lanterne ? Celui qui affirme que son ennemi, c'est la finance, ou celui qui a pour trésorier de campagne un gérant de fonds implanté aux iles Caïmans ?
Hollande a passé dix ans à faire la synthèse entre des gens aussi radicalement différents que Segolene Royal, Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon. La seule constance, chez lui, c'est sa recherche du pouvoir. 
Soyons quand même précis. Valls et Hollande ne sont pas instables sur tous les sujets. Sur un point précis, ils poursuivent une route précise, route d'ailleurs privilégiée par 99% de la classe politique française : celle du toujours plus d'Etat, toujours plus de lois.


Pourquoi s'associer à un Premier Ministre et un Président en situation d'échec ? 

Manuel Valls laisse entendre dans les médias que le quinquennat souffre de l'absence des centristes au sein de l’exécutif. C'est faux. Le quinquennat souffre des erreurs d'analyse du PS, qui prouve jour après jour son inaptitude en économie. En 2012 et jusqu'à ce que les frondeurs se réveillent, Hollande avait de quoi mener sa politique : majorité absolue à l'Assemblée Nationale, majorité relative au Sénat, contrôle par le PS des principales villes du pays (Paris, Lyon, Lille, Nantes ...), des principaux ministères (Intérieur, économie, défense, affaires étrangères ...), des principales collectivités locales (large majorité des régions et départements) et soutien des journalistes.
Ce n'est pas l'absence de centristes au gouvernement qui a abouti à : 
  • l'absence d'inversion de la courbe du chômage
  • la poursuite de plans sociaux comme chez PSA Aulnay sous Bois
  • l'échec en matière de sécurité (Trocadéro ?) 
  • la violente répression de la Manif pour Tous
  • le bourbier de Notre Dame des Landes
  • les guerres au Mali, en Centrafrique et en Irak. 
  • l'absence de révision des traités européens et le NEIN d'Angela Merkel
  • le vote de nouveaux impots au lieu de baisser les dépenses
  • les nombreux scandales internes au PS (Cahuzac, Andrieux, Thévenoud, Kaltenbach, Guerini, Dalongeville, Kucheida ...)

Ce sont des décisions de François Hollande ou des faits sur lesquels le PS avait le levier pour agir seul qui ont abouti à cela. 

Ce n'est pas la faute des centristes si Hollande a délibérément choisi d'interdire l'espace aérien français à l'avion du président d'un pays contre lequel nous ne sommes pas en guerre. 
Ce n'est pas la faute des centristes si Valls a choisi de livrer à la justice espagnole une jeune française accusée en Espagne pour des faits non répréhensibles en France.

Il faut que les socialistes assument leurs actes. Apparemment, ce n'est pas leur fort !


Si le PS se sent incapable de gouverner, il sait ce qui 'il doit faire : proposer à François Hollande de démissionner, après avoir dissous l'Assemblée Nationale.
En tout cas, voila ce que les centristes doivent demander, sur le plan institutionnel. Après tout, avec leur contre gouvernement, ne prouvent-ils pas qu'ils sont prêts à gouverner ? 




Sur le même sujet 






(1) BFM TV 20H Politique: Manuel Valls fait de l'oeil aux centristes -  Manuel Valls fait de l'oeil aux centristes 23 octobre 2014
(3) Guy Sorman Pourquoi la France coule 31 octobre 2014 
(5) Contrepoints « Hommage à la culture communiste »5 mai 2012

lundi 29 septembre 2014

Mauvaise nouvelle : le sénat repasse à "droite" !

Oui, très mauvaise nouvelle, que cette nouvelle défaite du parti socialiste et ses alliés, dimanche dernier, au Sénat. 
D'une part, la droite crie victoire. 
D'autre part, la gauche obtient une nouvelle excuse. 

En effet, depuis 2012, il y a une mission, et une seule, à laquelle l'UMP devait s'atteler : définir un projet, trouver une ligne politique et en tirer les conclusions en terme de message. On sait que, pendant 5 ans, le gouvernement Fillon a pratiqué du socialisme de droite, pavant la voie pour sa version extrême, le socialisme selon Hollande et Ayrault puis Valls. 
Qui, en effet, peut nier qu'entre 2007 et 2012, Fillon et Sarkozy n'ont pas du tout fait reculer l'Etat mais ont au contraire crée ou relevé une cinquantaine d’impôts et de taxes, nationalisé des entreprises et fait voté toujours plus de lois ? 
Et qui peut nier qu'Hollande, après avoir menti à ses électeurs, pratique peu ou prou la même politique que celle de son prédécesseur ? 
En 2012, il a manqué à Sarkozy les voix centristes et libérales, quand à celles du FN, clairement demandeuses de toujours plus d'Etat, elles sont logiquement allées au mieux disant en la matière, Hollande. Mais aucun bilan n'a été fait.

Aujourd'hui, au Sénat, l'UMP crie victoire. Grave erreur. Seul le FN assume son programme pour le moment. Lors de vraies élections à venir (car rappelons que les sénatoriales sont un scrutin de grands électeurs, donc totalement déconnectées d'enjeux de programmes et totalement liées à du clientélisme), les vrais électeurs, eux, sauront faire le tri. 

De plus, cette victoire de l'UMP et de ses alliés au Sénat est une bonne chose pour le PS et ses alliés : étant donné que le Sénat jouera un certain rôle de blocage (qu'il avait déjà, en réalité), les socialistes de gauche pourront s'abriter derrière cette excuse pour expliquer leurs difficultés.
Quand Hollande est arrivé au pouvoir en 2012, lui et le PS détenaient tous les pouvoirs : Elysée, Matignon, médias (9 journalistes sur 10 ont voté Hollande), la quasi totalité des régions, la majorité des départements, les principales villes (Lille, Paris, Nantes, Lyon ...) etc. 
Il avait donc de quoi mettre en oeuvre son programme.
Maintenant que la droite a regagné du terrain, Hollande pourra toujours dire que c'est du fait de la capacité de nuisance de l'UMP et ses alliés qu'il ne pourra pas mettre en place toutes ses réformes. 

Autrement dit, chaque victoire de l'UMP et de ses alliés d'ici à 2017 renforce Hollande et sa volonté de se maintenir au pouvoir. 

Puisque la "droite" revient, il convient, plus que jamais, pour ceux qui ont une sensibilité de droite, d'être en résistance contre l'UMP, un parti socialiste de droite.
Déjà, la première mesure à faire consiste à renvoyer Nicolas Sarkozy à son bilan (1).
Si l'UMP ne le fait pas, le PS le fera, comme il a déjà commencer à faire. N'est ce pas, à ce sujet, comique qu'un type comme Jean-Marie le Guen vienne donner des leçons ?
Ensuite, il faut que le débat d'idées ait lieu. L'UMP doit-elle être un parti socialiste de droite (étatiste, interventionniste), ou bien un parti conservateur, c'est à dire un peu moins anti libéral sur le plan économique et clairement traditionaliste ? A ce titre, Hervé Mariton, lui, assume ses idées. 
Enfin, les centristes, eux, doivent cesser d'accepter l'idée qui'il puisse y avoir un grand parti de la droite et du centre. L'UDI doit au contraire affirmer que face à une UMP qui serait idéalement de droite, elle assumerait sans ambages les valeurs des centristes et libéraux Européens de l'ALDE/ELDR. Ce n'est pas gagné, surtout avec un Bayrou qui rode. Heureusement, Hervé Morin et Jean-Christophe Fromantin sont sur cette ligne d'indépendance.

Les libéraux, eux, sont toujours invités à rejoindre le Parti Libéral Démocrate (2), qui sera en Université de Rentrée ce week end à Lyon. Plus que jamais, dans un paysage politique ravagé par l'idée qu'il faille toujours plus d'Etat, il faut une voie différente et qui, manifestement, ne prend ni à l'UMP, ni à l'UDI, ni au PS, et ce malgré les efforts de personnalités comme Hervé Novelli, Aurélien Véron ou Gérard Collomb.


(1) H16 Sarkozy : le retour du relou 21 septembre 2014
(2) Parti Libéral Démocrate Universite d'automne 2014

jeudi 28 août 2014

Les centristes ont raison de refuser de collaborer avec Valls

En général, quand quelqu'un arrive en poste dans une nouvelle entreprise, on lui laisse le temps de s'installer et de prendre ses marques, et on lui tend la main afin qu'il puisse faire son travail. Cela s'appelle la période d'essai. 

Au niveau de la politique, puisqu'il parait que la France n'est pas une entreprise mais un projet de société (dissidents, tremblez !), c'est un peu différent mais le projet reste le même : des gens se présentent avec un programme et tentent de convaincre les électeurs de leur donner les moyens de mettre celui-ci en oeuvre, dans le respect des institutions. 

Celles de la Veme République (1) prévoient notamment ceci :  

ARTICLE 6.
Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct.
Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. 
ARTICLE 8
Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
ARTICLE 9.
Le Président de la République préside le conseil des ministres.
ARTICLE 20
Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l'administration et de la force armée. Il est responsable devant le Parlement.
ARTICLE 21
Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement. Il est responsable de la défense nationale. Il assure l'exécution des lois
ARTICLE 24
Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques.

Autrement dit, le responsable de l’exécutif français, c'est François Hollande. Ce dernier a été élu en battant un mauvais président socialiste de droite, Nicolas Sarkozy, mais sur des mensonges, notamment en niant l'existence même d'une crise (2). Les français ont librement choisi de voter pour l'ancien chef du Parti Socialiste. Ils ont ensuite librement choisi de donner à Hollande une majorité socialiste (majorité absolue à l'Assemblée Nationale) y compris en élisant des gens comme Sylvie Andrieu (3) ou Pascal Terrasse (4). 
François Hollande a donc eu, dès Juin 2012, les mains libres pour appliquer son programme, avec un gouvernement, une Assemblée Nationale, un Sénat, les villes de Paris, Lille, Lyon, Nantes, la majorité des départements et régions, un CSA et des médias, des grandes entreprises publiques acquises à sa cause. Il ne faut pas qu'il vienne maintenant rejeter la faute de ses échecs sur l'opposition.
Au delà même des points précis de son programme économique et social et de ses engagements, François Hollande parlait d'apaiser la France et de la réparer après la période Sarkozyste. La réparer de quoi ? Notamment de l'opposition des français les uns envers les autres, de la rupture diplomatique que constituait l'engagement dans le commandement intégré dans l'OTAN, du bling bling etc. 
Est ce qu'en 2 ans, Hollande a changé quoi que ce soit la dessus ? Non. Il a divisé la France comme jamais (mariage pour tous), il a stigmatisé les riches aussi bien que les Roms, il a poursuivi l'engagement de la France dans l'OTAN après avoir pourtant déposé une motion de censure contre il y a quelques années, il s'est rendu compte que Merkel n'était pas sa chose, et sur le plan personnel il a démontré qu'il était encore plus friand que Sarkozy de bling bling (Le restaurant le Laurent, les jets privés Paris Tulle, le pavillon de la Lanterne à Versailles ...). Il a aussi taxé à tout va, remettant même en cause sa promesse de ne pas augmenter la TVA, et Manuel Valls a été associé à ces décisions depuis le début, en tant que ministre régalien. 
Manuel Valls, parlons en. Ce donneur de leçons est quand même celui qui demande le respect de l'autorité, après avoir sans cesse piétiné celle de son ancien supérieur, Jean-Marc Ayrault. 
La presse (ou plus exactement une journaliste du Point) semble regretter que les centristes refusent de s'associer avec ce personnage (5). Pourtant, les centristes ont raison, et ce pour des raisons de forme aussi bien que de fond.


Sur la forme, Manuel Valls pourra faire autant de remaniements qu'il veut, le problème c'est le maintien de François Hollande en poste. Elu sur des mensonges (par action ou par omission) et sur la volonté de faire la synthèse entre des courants de pensée totalement irréconciliables (rendre hommage au communisme (6) et se déclarer humaniste, ce n'est pas possible), seule sa démission serait susceptible de redonner un peu d'air. Cette démission n'arrivera pas, Hollande veut rester en poste jusqu'en 2017 : et bien qu'il assume !
Quand au fond, est ce que les centristes peuvent-ils vraiment se rendre complice de la vision du monde selon Hollande et Valls ? Les centristes peuvent-ils cautionner le scandale de la Banque Publique d'Investissement (7) ? Peuvent-ils valider l'arrestation d'une française, en France, pour des crimes qui ne sont pas punis en France (8) ? Peuvent-ils accepter qu'un Premier Ministre ne réponde pas aux parlementaires en questions au gouvernement mais les insultent (9) ? Peuvent-ils vouloir travailler avec un président de la République qui fait preuve d'un insupportable populisme anti-européen quand ça l'arrange (10) ? Peuvent-ils vouloir travailler avec un exécutif qui il y a un an voulait "punir Bashar" et qui désormais va peut-être collaborer avec lui dans une perpétuelle guerre contre le terrorisme ? Peuvent-ils travailler avec un exécutif qui redessine les régions sur un coin de table un dimanche soir au lieu de prendre en compte les nombreux travaux faits sur le sujet ? Et peut-on passer sur le traitement anti démocratique mais pro République de l'affaire Dieudonné (11) ? Sur l'affaire Nicolas Bernard-Buss (12) ? Sur les bavures policières dont on ne parle plus ?
Il existe de nombreuses personnalités de qualité chez les centristes, mais ni la proposition de Charles de Courson (UDI) de réintégrer dans le revenu fiscal des députés leur IRFM (13), ni les idées de Jean-Christophe Fromantin (UDI) sur la réforme des régions (14), ni les signaux d'alarme émis par Sylvie Goulard (Modem) (15) n'ont jusqu'à présent trouvé grâce aux yeux de Valls et Hollande. Pourquoi cela changerait-il tout à coup ? 
On nous dit : Manuel Valls est un moderne, acquis aux idées libérales. C'est faux. Tout au plus est-il pleinement conscient du fait que le socialisme ne marche qu'avec l'argent des autres. Manuel Valls avant tout un politicien acquis à certains intérêts d'une certaine oligarchie. C'est totalement différent. C'est aussi un adepte du droit du plus fort, comme son patron François Hollande. C'est bien le droit de Manuel Valls, mais voila pourquoi les centristes ont à 1000% raison de refuser de s'associer à un personnage aussi peu proche des valeurs centristes. Si les socialistes veulent faire bouger les choses, ils n'ont qu'à demander l'adoption de la proportionnelle, la dissolution de l'Assemblée Nationale et la démission du président de la République. Tout cela n'arrivera pas. Oui, cela fait beaucoup trop longtemps que Hollande, Valls, Sapin, Taubira, Belkacem, Royal & co ont dépassé la durée de période d'essai. Et pendant cette période d'essai ratée, les socialistes se sont ingéniés à remettre en cause les quelques rares points positifs datant de la précédente majorité (heures sups défiscalisée, auto entrepreneur, réforme de la carte militaire).

Heureusement que sur le plan de l'économie aussi bien que sur celui des droits de l'homme, l'Europe et ses institutions arriveront à empêcher la France de dériver trop loin. Faute de pouvoir compter sur la volonté, réelle ou feinte, réformatrice de Manuel Valls, qui ne disposera de toutes façons pas d'une majorité au sein des députés PS, les français peuvent au moins espérer que l'Europe empêche l’exécutif de trop faire n'importe quoi. 



(1) Conseil Constitutionnel Texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur
(2) Des Paroles et des Actes La preuve qu'Hollande niait la crise en 2012
(3) Observatoire des Subventions Sylvie Andrieux
(4) Mediapart Les vacances d'un député PS aux frais de l'Assemblée 25 mai 2012
(5) Le Point Remaniement : les petits calculs du centre 28 Août 2014
(6) Libertarien TV François Hollande rend hommage au communisme
(7) Contrepoints Banque Publique d'Investissement
(8) Sud Ouest Arrestation d'Aurore Martin : "Valls a fait ce à quoi Guéant avait renoncé" 3 novembre 2013
(9) Le Lab Europe 1 Manuel Valls au député UMP Pierre Lellouche : "Je t’emmerde !" 4 février 2014
(10) Le Parisien Libéral La Commission n'a pas à nous dicter ce que nous avons à faire ? 29 mai 2013
(11) Nouvelles de France Dieudonné : hommes et femmes de loi dénoncent les méthodes Valls comme un danger pour la démocratie 14 janvier 2014
(12) Atlantico Mariage pour tous : l'opposant Nicolas B. raconte son arrestation et son emprisonnement 8 août 2013
(13) Impots Economie Les députés refusent de fiscaliser leur IRFM
(14) BFM TV Fromentin propose de passer à huit régions 17 janvier 2014
(15) Revue Civique Sylvie Goulard : l’Europe fédérale ou le chaos 2012

dimanche 6 juillet 2014

Bayrou, l'homme que les idées centristes n'intéressent pas ?

Egalement
publié
sur Facebook
On ne peut qu'être soufflé à la lecture de l'interview que François Bayrou, l'homme de l'indépendance du centre version 2007, a donné au Figaro (lire Bayrou évoque une possible «alliance» avec Juppé et Fillon) et au Point (Le manifeste de François Bayrou). D'abord, pourquoi le maire de Pau, qui ne devait s'occuper que de ses sujets municipaux et locaux, vient nous parler de politique nationale ?

Au delà même de interrogation, l'interview de Bayrou soulève trois problèmes :

  • une main tendue peu cohérente, idéologiquement parlant, avec Fillon, le surprenant néo thatchérien (3) et tactiquement parlant, avec Juppé
  • son mépris du parti centriste, l'UDI 
  • l'incohérence avec le vote "à titre personnel pour François Hollande" de Bayrou en 2012 et avec le discours de 2007
Cohérence idéologique et tactique

Comment François Bayrou, dont chacun s'accordera à affirmer qu'il est plutôt l'héritier de la démocratie chrétienne à la française, peut il proposer une quelconque alliance avec François Fillon, anciennement séguiniste (donc ultra républicain, laïcard et jacobin) et nouvellement thatchérien ? Il suffit d'ailleurs de jeter un coup d'oeil sur Facebook aux échanges des derniers militants Modem pour constater l'aversion de ces derniers pour tout ce qui ressemble au libéralisme économique. François Bayrou lui-même a, depuis 2001, répété à maintes reprises qu'il était antilibéral économiquement parlant (4). Seuls le girondisme, le fédéralisme européen et la recherche d'un réel équilibre des pouvoirs pouvait rendre Bayrou susceptible d'attirer les suffrages libéraux.
Egalement publié sur Contrepoints

Quand à l'idée d'un rapprochement avec Alain Juppé, franchement, cela ressemble à une plaisanterie. Comment peut-on parler de renouveau avec celui qui fut le catastrophique premier ministre de 1995 à 1997 ? Le "meilleur d'entre nous" est celui qui, alors que la France aurait pu profiter du dynamisme d'Alain Madelin, a préféré céder devant tous les conservatismes syndicaux. De plus, le maire de Bordeaux (les habitants ont effectivement des raisons d'être satisfaits par la gestion de leur ville, notamment en terme de rénovation urbaine) est, quand même, condamné par la justice. N'y a t-il pas suffisamment de gens, à droite comme au centre, vierges en termes judiciaires pour envisager d'envoyer à la retraite tous ces politiciens du passé ? Que Juppé ait purgé sa peine est un fait non contestable, mais au moment où ce que l'élite politique appelle "vague populiste" progresse, quel intérêt tactique y a t-il à vouloir mettre sur le devant de la scène des gens qui alimentent l'idée du "tous pourris" ? 

Mépris de l'UDI

S'il y a bien des gens qui doivent se mordre les doigts d'avoir remis en selle Bayrou, c'est Borloo et l'UDI. Dans les deux interviews sus-mentionnées, il n'y a pas un mot pour l'UDI, Borloo et les autres leaders centristes. Rappelons quand même que si on accepte la théorie de l'axe gauche droite (avec toutes ses limites), L'UDI, le parti de centre droit, se trouve justement entre le Modem ("centre") et l'UMP ("droite"). Certains disent que le Modem est indispensable à l'UDI pour la réussite du centre. C'est pourtant inexact. Les élections européennes, une déception pour les centristes, ont surtout servi à préserver le siège de Marielle de Sarnez et à donner une visibilité nationale à François Bayrou. A Paris lors des municipales 2014, les militants UDI ont bien constaté que le Modem n'avait absolument pas été une valeur ajoutée à la soi disante "union de la droite et du centre". Le Modem était à terre en 2012 après la présidentielle 2012, surtout parce que François Bayrou, concentré uniquement sur la présidentielle, avait échoué à créer un vrai parti, qui ne soit pas qu'un fan club. Jean-Louis Borloo, lui, avait prolongé la vision de gens comme Hervé Morin qui voulaient un positionnement clair (au centre droit) et effectué un vrai travail de construction d'un parti politique, avec ses réseaux d'élus et de militants. La main tendue à Bayrou aura été une erreur fatale : le Modem ne cherche pas à rejoindre l'UDI mais à la préempter.


Incohérence avec le vote "à titre personnel pour François Hollande" 

Le plus gros reproche que l'on peut faire à François Bayrou est son inconsistance en terme de positionnement. Comment peut-on se tourner vers ce qui semble être une droite "centriste compatible" que représenteraient Fillon et Juppé, après non seulement avoir critiqué la création, en 2007, du Nouveau Centre (qui voulait un centre tourné vers la droite) puis décidé de voter Hollande en 2012 ?
Nombreux, y compris les libéraux, seront d'accord pour dire que la candidature du socialiste de droite en chef, Nicolas Sarkozy, était insupportable. En effet, Nicolas Sarkozy a étendu de manière hallucinante les pouvoirs de l'Etat (extension du domaine d'application du secret défense, création de nouvelles taxes, poursuite des recrutements de fonctionnaires) tout en préparant le terrain pour la gauche, ultra étatiste (hausse d’impôts, vote de lois liberticides).
Mais, si on critique Sarkozy, comment peut-on soutenir Hollande ? 



Par définition, Hollande ne pouvait qu'être pire que Sarkozy, puisque le socialiste se réclame ouvertement d'une famille politique pour qui l'Etat est l'alpha et l'omega de la politique. De plus, Bayrou n'est pas un bleu en politique. Il ne pouvait donc pas ignorer que sous ses airs de fils à papa éduqué dans les meilleurs écoles de France, et de degôche bon teint, Hollande était tout aussi bling bling que Sarkozy.
Bayrou aurait tenu une position honorable, tout en étant fidèle à sa vision du centre, ni à gauche ni à droite, s'il avait affirmé, à l'issue du premier tour des présidentielles, qu'il irait voter blanc car ni Sarkozy ni Hollande n'étaient des personnalités convenables pour la France. 


Clairement, il y a un problème avec la classe politique française. L'interview de Bayrou n'apporte aucun début de solution. La politique française souffre du bipartisme, et il serait bon que nous commencions par avoir des partis politiques d'idées, et non pas des coalitions de gens que tout opposent.
Plutôt que les menteurs actuels, qui disent certaines choses pour être élus puis font autre chose une fois élus, voici une répartition qui permettrait d'envisager un positionnement doctrinal clair :
  • divers extrême gauche anti libérale et nationaliste (Marine le Pen, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot, Jean-Jacques Candelier, Christian Eckert, Benoit Hamon, Alexis Tsipras)
  • social démocratie (Jean-Vincent Placé, François Bayrou, Bernard Cazeneuve, Axelle Lemaire, Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Martin Schulz ...) 
  • écologie (Chantal Jouanno, François de Rugy, Bertrand Pancher, Nicolas Hulot, José Bové, Ska Keller ...)
  • centristes et libéraux démocrates (Fleur Pellerin, Jean-Christophe Fromantin, Hervé Morin, Denis Payre, Aurélien Véron, Laure de la Raudière, Bruno le Maire, Guy Verhofstadt ...)
  • conservateurs (Yves Jego, François Fillon, Christian Vanneste, Michèle Alliot Marie, Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignan, Marion-Maréchal le Pen, Jean-Claude Juncker ...)
  • divers extrême droite antilibérale et nationaux socialistes (Guillaume Peltier, Henri Guaino, Jean-Marie le Pen, Fabien Engelman ...)

Pour Bayrou, manifestement et au vu de ses dernières interviews, les idées comptent moins que les combinazione de baby boomers qui ont essayé, et qui ont échoué. Dommage. Mais tellement révélateur d'une classe politique périmée. Au vu des espoirs que Bayrou aura soulevé en 2007, c'est d'autant plus regrettable.





(2) Le Point  Le manifeste de François Bayrou 3 juillet 2014


(4) Wikilibéral -  François Bayrou

lundi 16 juin 2014

L’UDI en Ile-de-France appelle de ses vœux la candidature de la France à l’organisation de l’Exposition universelle 2025

Les conseillers régionaux UDI souhaitent que la région apporte officiellement son soutien à la candidature de notre pays à l’organisation de l’Exposition universelle de 2025 pour, qu’à nouveau, le monde se donne rendez-vous en France.

Le vœu de l’UDI sera présenté au vote du Conseil régional lors de la séance des 19 et 20 juin.

Pour les élus régionaux UDI, l’organisation en France d’une exposition universelle permettrait de démontrer combien notre pays a gardé l’envie de contribuer à un monde plus juste, plus beau, plus respectueux des valeurs humaines. Elle donnerait à notre jeunesse, un espoir, un nouvel horizon et une formidable occasion de s’impliquer et de se projeter dans de nouvelles perspectives. Elle serait également une formidable opportunité de dynamisme pour notre économie.
Le projet ExpoFrance 2025 propose que le Grand Paris et les métropoles régionales françaises soient les pivots de cette candidature.

Pour Laurent LAFON, Président du groupe UDI à la région, l’Ile-de-France, moteur économique de notre pays, doit être au cœur de ce projet qui est une occasion unique d’impulser une dynamique de territoire.
Pour l’UDI, la Région Ile-de-France doit soutenir et se mobiliser pour une candidature de la France à l’organisation de l’Exposition universelle en 2025.

dimanche 15 juin 2014

#UDICN : discours d'@Herve_Morin

CONSEIL NATIONAL DE L’UDI
Samedi 14 juin 2014
Discours d’Hervé MORIN
Président du Conseil national


Mes chers amis,

Pour rédiger mon discours, je cherchais dans notre histoire, récente et moins récente si nous avions déjà été confrontés à une situation semblable : un abîme de morosité et de pessimisme dans une société qui a perdu ses repères et sa confiance et enfin la tentation de la régression nationale.
1992-1993 par exemple, la fin des années Mitterrand, la déliquescence du parti socialiste dans les affaires Pelat/Tapie, le gang des Safranes, des ministres qui ne pouvaient plus sortir de leurs ministères pour aller en province de peur de se faire chahuter, une économie atone. Beaucoup de similitudes donc mais avec une différence de taille. L’opposition était en état de marche. Le RPR et l’UDF étaient là pour assurer l’alternance.

Alors remontons un peu plus loin dans notre histoire politique : 1958. Oui une vraie crise de régime, l’hallali d’une IVème République à l’agonie. L’impuissance de l’Etat et des institutions bancales emportées par la décolonisation. Comme aujourd’hui aussi des finances en mauvais état. Mais là aussi il y avait une différence de taille avec ce que nous vivons aujourd’hui. On avait la croissance, et une croissance à 5% : On avait le plein emploi ! On avait les trente glorieuses ! On construisait l’Europe autour des idées centristes ! On avait des projets plein les cartons qui ont été souvent à tort attribués à la Vème.
Non, vous voyez notre référence pour cette tension démocratique, économique et morale autant que sociale, je dirais c’est plutôt 1934, les affaires avec Stavisky et consorts, les ligues d’extrême-droite qui défilent la canne-épée à la main, la montée des nationalismes, le chômage, la démocratie aux abonnés absents, et la République qui vacille.
On se dit toujours : mais ça ne peut pas arriver. La Vème République est trop solide. Les gens ne laisseront pas faire. Ils réagiront. Je pense qu’à cette époque beaucoup se disaient cela aussi. Et puis un jour de 1940 c’est le vote des pleins pouvoirs à Pétain par une majorité de députés républicains. Et puis un autre jour c’est le putsch des généraux. Et puis un autre jour le Général doit se rendre à Baden pour s’assurer de la confiance des armées. Et on voit alors qu’une démocratie peut vaciller, que la nature humaine peut préférer l’autorité à la liberté, d’autant que beaucoup de nos compatriotes rêvent aujourd’hui de foutre le système par terre.

Oui il est là le sujet et nous devons réagir. Faut-il une 6e République ? Un jour pas si lointain, il faudra se poser la question. Que faire d’un pouvoir qui est une illusion d’efficacité et une réalité de médiocrité ? Ces préfets, ces recteurs, ces directeurs d’administrations centrales, le doigt sur la couture du pantalon mais dont toutes les décisions ne font qu’un clapotis pour nos compatriotes sur l’océan de la mondialisation. Un système incapable de se réformer qui compense en produisant de la norme. Que faire de ce système quasi monarchique qui dégénère, corrode, corrompt notre démocratie ? Que faire de cette élection présidentielle qui rend complètement dingo la classe politique française ? Que faire d’un mode de scrutin qui à l’Assemblée nationale donne à deux partis qui font 35 à 40% des voix la quasi-totalité des sièges ?
Quelques-uns ici, j’en suis sûr, vous allez me dire « tu as raison Hervé mais l’essentiel c’est le chômage, la dette, les salaires, ce ne sont pas les institutions ? ». Et bien vous voyez, ce n’est pas mon avis. Moi je crois qu’il y a un lien très fort entre la déréliction de nos institutions et notamment cette folie de l’élection présidentielle et notre incapacité à reformer et à remettre notre pays dans la bonne direction. Regardez l’Allemagne, il y a bien un lien entre la tempérance et l’équilibre de son système parlementaire et ses résultats économiques ? Oui, même si c’est compliqué car je sais l’attachement des gens à l’élection présidentielle, il faut dire aux Français que la restauration de l’économie, notre capacité à gérer la transition de notre pays vers le monde nouveau, la prise en main des 4 -5 grands sujets majeurs de ce début de siècle passe par une révolution institutionnelle : une VIème République combinant régime parlementaire et fait majoritaire comme le prévoyait la Vème République avant l’attentat du Petit-Clamart et la révision de 1962. Sans changement démocratique profond, on n’arrivera à rien je vous le dis.
Aujourd’hui l’élection présidentielle est devenue non plus le grand rendez-vous démocratique de notre pays mais le grand rendez-vous démagogique. Un immense jeu de farces et attrapes pour quelques gogos qui y croient encore. Et je mets un petit coup de 75% de taxation, une petite dose de fonctionnaires avec 60.000 enseignants, un petit zeste d’écologie avec la fermeture de Fessenheim et voilà le programme, un programme sans cohérence, suintant la démagogie par tous ses pores. Un programme dont évidemment pas une seule des promesses ne se réalisera. Et pendant ce temps, on accuse Marine Le Pen d’avoir un projet qui ne tient pas la route. C’est vrai mais commençons-nous par balayer devant notre porte !
Voilà la réalité de la Démocratie française.

Et voilà pourquoi cette gravité aujourd’hui. Ne soyons pas ceux qui savaient et qui n’ont rien fait. Ne soyons pas ceux qui pouvaient et qui n’ont rien fait. Le PS est en lambeaux, l’UMP est en charpie, mais nous centristes nous sommes debout, vivants, résolus et porteur d’espoir. Oui heureusement il reste l’UDI pour dire non au Front National, oui à la démocratie et oui aux Etats Unis d’Europe – ce qui doit nous mobiliser, c’est de devenir une alternative aux autres partis qui n’écoutent plus, ne voient plus, ne gouvernent plus. C’est aux yeux des Français une force alternative crédible.
Notre formation politique est toute jeune. Et pourtant elle est là, seule au milieu d’un champ de ruine, seul parti démocratique rescapé de ce grand naufrage des européennes.

Et, mes chers amis, cette situation nous impose plus que jamais un devoir de responsabilité.
Notre première responsabilité c’est de renforcer notre parti. Qu’est-ce que ça veut dire renforcer notre parti ? C’est tout simple, cela veut dire respecter les 3 lettres de notre mouvement, U D I, Union Démocrates Indépendants.
Oui, nous avons grandi si vite qu’il est bon de se rappeler ce que veulent dire ces trois lettres.

L’Union d’abord. Beaucoup en doutait – vos savez les fameuses grenouilles qui n’arrivent pas à rester dans la brouette – et pourtant nous l’avons réussie. Cinq partis politiques fondateurs aujourd’hui beaucoup plus unis qu’on ne le dit car ils savent que leur avenir propre est intimement lié à la construction de l’UDI, et des adhérents de plus en plus nombreux, des jeunes beaucoup, qui veulent d’abord un grand parti du centre capable d’incarner une alternative. Tout cela nous le devons à Jean-Louis qui savait arranger les bidons avec un talent sans égal.
Cet esprit unitaire, je vais vous dire, c’est notre bien le plus précieux, il est plus précieux que tous les statuts et toutes les déclarations. Alors surtout gardons-le et renforçons-le.
D comme démocrates. Et appliquons déjà ce mot à nous-mêmes avant d’accuser les autres. Vous déciderez bientôt qui succèdera à Jean-Louis Borloo à la présidence de l’UDI. L’élection du mois d’octobre sera capitale dans le contexte de déliquescence démocratique que je vous ai décrit. L’UDI doit être exemplaire dans son fonctionnement interne. Respect des statuts. Respect de notre charte. Campagne interne propre. Election la plus transparente possible de notre président ou de notre présidente. Et surtout, évidemment, rassemblement immédiat derrière lui ou elle sitôt son élection. Mes chers amis, octobre sera un moment de vérité dont vous devez être les garants ; si nous ne respectons pas nos règles, je vous le dis, c’est toute notre union qui sera menacée car dès lors plus personne ne sera engagée sur rien. Tout redeviendra comme du temps d’avant l’UDI et, en moins de 6 mois, je vous le garantis ce sera l’OPA assurée, de l’UMP ou du Modem ou des deux à la fois sur notre formation. Et puis je vais vous dire, si nous ne sommes pas capables de gérer parfaitement ce moment démocratique interne, comment pouvons-nous espérer pouvoir gérer ensemble des questions beaucoup plus lourdes qui se poseront à nous en 2015/2016 comme la satanée élection présidentielle, ou celle des conditions de notre alliance ?
I comme Indépendants justement. Certains aussi y voyaient une faiblesse. C’est au contraire notre force. Dans un monde complexe, les pensées convenues échouent alors que les esprits libres et indépendants réussissent. Les organisations caporalistes, les partis casernes, ce n’est pas fait pour nous !
Indépendants, ça veut dire aussi quelque chose de très simple. Nous ne sommes pas dyslexiques. UDI ne veut pas dire UMP pas plus aujourd’hui que demain. Je dis cela parce que j’ai entendu le chant des sirènes d’Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin. Voyons-nous, parlons nous, faisons enfin le grand parti de droite et du centre. C’est 2002 le retour. Ils nous refont le coup « des carottes et des petits pois ». Et bien « même pas en rêve Alain » comme dit ma fille aînée ! Vous les avez vus vous les centristes à l’UMP ? Regardez leurs présidents depuis 2002 : Juppé, Sarko, Devedjian, Bertrand, Copé, et demain re Juppé ou re Sarko. Ils sont où les centristes ?! Regardez les successeurs possibles : Fillon RPR, Pécresse RPR, Bertrand RPR, Wauquiez RPR, Baroin RPR, Le Maire RPR, NKM RPR… je m’arrête.

Et ne vous trompez pas, l’UMP n’est pas en train d’exploser et n’explosera pas.
Elle n’explosera pas, pas plus que le PS n’a explosé dans ses pires moments, car les uns et les autres savent que sous la Vème république, le système leur garantit l’accaparement du pouvoir national et local. Ce à quoi vous assistez est juste un phénomène de décomposition-recomposition classique d’un parti dominant au lendemain d’un échec politique. Les Français ont assisté exactement au même phénomène 5 ans plus tôt à gauche. Et puis vous connaissez cette phrase de Tocqueville : « en politique, la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés ».

Alors, le grand parti du droite et du centre je vais vous dire ce que c’est pour moi dans l’avenir : c’est très simple, c’est l’UMP d’un côté et l’UDI de l’autre. Oui, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées, dit-on chez moi en Normandie. Ce qu’il nous faut, c’est un grand parti de droite fort et un grand parti du centre fort et non pas un parti obèse, tellement sans architecture qu’il devient difforme, pas un parti Albatros que ses ailes de géant empêchent de marcher. Et notre but sera clair, je vous le dis : 1. Peser suffisamment dans la majorité de 2017 pour forcer l’UMP à signer un contrat de gouvernement avant l’élection 2. Réussir à leur passer devant aux législatives de 2022. L’UDI comme l’UDF ne se fera pas en un jour mais dans plusieurs années rien n’est impossible, j’en suis sûr.
Et j’oubliais, indépendants veut dire aussi indépendants du Modem. Nous avons fait un cartel électoral. Très bien. Maintenant que fait-on ? Y-a-t-il un chemin entre d’un côté la petite aventure extra conjugale d’une nuit et de l’autre le mariage en grandes pompes dans les salons du château de Pau ? A vrai dire je ne sais pas. Il y a une ligne de crête à rechercher. Il faut en débattre tous ensemble, démocratiquement. Non pas passer par pertes et profits ce que nous avons construit ensemble, notamment pour les Européennes, mais continuer à dialoguer, à débattre ensemble des grands sujets pour partager des solutions communes. Ni plus ni moins pour le moment, et nous verrons bien après ces forums communs, ces séminaires communs si nous en sommes au moment de l’emballage final. Avec le Modem nous n’avons pas besoin d’un énième organigramme. Je vous propose simplement qu’on réfléchisse, travaille ensemble sur les grands sujets qui traversent la société française.
Unis, démocrates, et indépendants ! Ce doit être notre feuille de route pour l’UDI. C’est aussi notre responsabilité : préserver l’unité de notre famille politique dans le respect de nos différences, être en première ligne des démocrates contre l’extrémisme et pour la défense de nos libertés, porter l’idée de responsabilité et de liberté d’entreprendre, défendre l’indépendance de parole et de pensée de chacun des adhérents de l’UDI et de l’UDI tout entier. Le défi effraie si l’on est seul. Il motive quand on sait que toute une équipe et des milliers de militants sont à vos côtés pour le relever.
Y aura-t-il un centriste aux présidentielles ? Ma conviction est qu’il faut tout faire pour en avoir un. Mais tout faire ne veut pas dire faire n’importe quoi. Je suis sûr de deux choses concernant cette candidature centriste. La première c’est que si la présidence de l’UDI devient une affaire personnelle autour de la présidentielle, l’UDI sera morte. La présidence de l’UDI ne se résume pas l’élection présidentielle. Ce n’est pas la même étape. Il ne faut pas confondre mettre un parti en capacité de présenter un candidat pour la présidentielle, ce qui est le job du futur président de l’UDI, et ensuite décider collectivement d’une candidature et des moyens de sa sélection. Ce sont deux étapes distinctes, différentes. La seconde chose que je sais, c’est que le poids du Front National nous imposera de regarder les choses avec lucidité en posant 3 questions. A-t-on un candidat crédible ? Risque-t-on de faire éliminer notre camp du 2nd tour ? Quelle capacité a-t-on de peser dans le cadre des primaires afin qu’à l’issue des législatives nous soyons incontournables pour la majorité ? Avoir les clés au parlement, ce doit être notre objectif essentiel. En clair, assez de députés pour qu’aucune majorité ne se fasse sans nous. A ce jour, je n’ai aucune réponse à ces trois questions mais elles me semblent essentielles. Si on les perd de vue, c’est l’UDI qu’on perd de vue.
Vous le savez bien, la politique n’est pas un système stable mais un processus permanent de transformation. L’UDI a besoin d’un visage, vous déciderez bientôt lequel. Elle a besoin d’un projet, nous le construirons ensemble. Elle a besoin d’un élan, il est ici dans cette salle. Vous l’incarnez et il ne s’arrêtera pas.