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vendredi 18 mars 2016

Liberté de la presse : en Turquie bien sur, mais chez nous ?

On parle beaucoup de la liberté de la presse, ces temps ci.
D'abord, parce qu'il y a a eu cet appel de 136 députés allemands (1) appelant à respecter la liberté de la presse en Turquie, appel relayé par la Maison Blanche (2).
Dans ce domaine comme dans d'autres, la Turquie prouve qu'elle n'adhère pas au corpus des valeurs démocratiques Européennes, et que, donc, sa candidature à l'adhésion à l'UE est peu légitime (euphémisme).

Ensuite, parce que, dans le cadre de la 27eme édition de la semaine de la presse et des médias dans l’école, organisée par le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (le Clemi, une administration de l’Éducation Nationale), les jeunes plancheront sur le sujet de "la liberté d'expression".
Pendant cette semaine, qui débutera le 21 mars, divers colloques se tiendront, dont la conférence d'Eric Fottorino, ex-directeur du journal Le Monde, sur le thème « Liberté de la presse : où en est-on ? » mardi 22 mars à La Ferté-Macé (3).  

Or, s'il est normal que nos amis allemands ou les américains dénoncent ce qui se passe au pays de Midnight Express et du génocide (nié) des arméniens, il serait encore plus utile qu'ils alertent sur la situation française. Après tout, c'est nous, les français, le pays des Droits de l'Homme, pas la Turquie. Et c'est nous qui envoyons nos armées se battre aux quatre coins du monde au nom de la démocratie et des Droits de l'Homme.

Et le fait est que la situation n'est pas bonne. Certes, en matière de liberté de la presse, la France n'est pas la Turquie. Mais elle n'est pas, surtout, le Benelux, la Scandinavie, le Canada ou l'Allemagne.


http://index.rsf.org/#!/


Selon l'indice de Reporters Sans Frontière, la France, en 2015, se classait au 38eme rang mondial des pays dans le Monde, en matière de liberté de la presse. Sur 180 pays analysés, c'est bien, mais par rapport à une majorité des membres de l'Union Européenne, nos partenaires, c'est très perfectible.

Du coup, quand on lit que dans le cadre des discussions entre l'UE et la Turquie (4), le président Hollande se permet de déclarer « Il s’est produit en Turquie un attentat qui a fait de nombreuses victimes, mais si l’on peut comprendre que la Turquie veuille se protéger du terrorisme, il ne peut pas être accepté des entorses aux droits de l’homme et aux droits de la presse », on croit réver ! 

De quel droit, nous, Français, pouvons nous, en ce moment, donner des leçons en la matière ? 

Rappelons-nous. En 2009, le Parti Socialiste faisait des reproches envers l'ancien président de la République, dont la nomination du président de France Télévision par le chef de l’Etat, la saisie des  relevés de communication d'un journaliste du Télégramme de Brest pour obtenir ses sources dans une affaire de meurtre, la garde-à-vue de Guillaume Dasquié pour «compromission du secret défense, la plainte de Frédéric Lefebvre au PDG de l’AFP pour se plaindre du traitement des communiqués de son parti ou la proximité de Sarkozy avec plusieurs patrons de groupe de presse (5).
Le Parti Socialiste avait bien sûr raison d'être vigilant sur la liberté de la presse.
Ce genre d'images, un journaliste de Reuters empêché de filmer par la police française, est indigne de notre pays. 


Un journaliste de Reuters empêché de filmer par... par rue89


En 2012, le candidat Hollande déclarait : Moi président de la République, je n'aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes.

Mais depuis, que s'est-il passé ? L'actuelle majorité a t-elle été plus respectueuse de la liberté de la presse que la précédente ? A t-elle hissé la France au premier rang en la matière ? Hélas, non.

Passons sur la conjugaison des phénomènes d'autocensure, de mimétisme et de conformisme dans les médias français, qui fait qu'une faute dans une dépèche AFP se retrouve diffusée dans l'ensemble des médias



ou que des opinions pas forcément minoritaires ne sont jamais mentionnées dans les journaux. Après tout, il s'agit de choix éditoriaux, que les clients valident ou pas.

Voyons plutôt le fond, la nature des interventions du pouvoir sur la presse.

D'abord, contrairement à ce qu'il avait promis, le Président Hollande a procédé à des  nominations partisanes dans les médias publics.
Après avoir imposé  sa candidate à la tête de l'agence de l'Audiovisuel Extérieur de la France (AEF) (6), la président Hollande a nommé le nouveau président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) (7), avant de prendre en main la nomination du président de l'ORTF France Télévisions (8).
Le Président Hollande a donc menti. L'audiovisuel public n'est pas indépendant, il est toujours sous tutelle de l'Elysée. 

D'autre part, le maintien en vie des canards boiteux de la presse, par le biais des subventions (9), et l'interventionnisme étatiste en matière de structure de revenus et de couts sur les entreprises de média, induit un sérieux biais quand à l'indépendance des journalistes. Par exemple, à quel moment la subvention au quotidien d’extrême gauche l'Humanité, par le biais de l'abandon par l’État de créances détenues sur le quotidien à hauteur de 4 086 710 euros, a t-il fait l'objet d'un débat public ?
Le public, c'est à dire les clients, a jugé que l'Humanité pouvait disparaitre, puisqu'il ne l'achete pas.  Pourquoi l'Etat nous force t-il quand même à financer ce journal ?

Qui plus est, la liberté de la presse en France n'est pas seulement limitée par l'interventionnisme public, mais aussi par les dérives du capitalisme de connivence. On le sait, la possession de certains médias par des grands groupe de maroquinerie, de logistique, de banque ou de BTP peut poser problème. Enquêter sur Merci Patron quand on est journaliste au Parisien (LVMH), sur le Credit Mutuel quand on travaille pour Canal Plus (Bolloré), ce n'est pas évident. Mais heureusement, le net et la blogosphère apportent une réponse à ce problème.

Enfin, en France, nous ne nous contentons pas de nommer le top management des entreprises publiques de médias, ou de subventionner. Il faut aussi qu'il y ait des interventions directes dans les rédactions, et la chasse au politiquement incorrect. Ainsi, comment analyser le licenciement de Philippe Verdier, ex présentateur météo de France TV, viré non pas parce qu'il aurait détourné de l'argent public ou mangé un chaton cru en direct à l'antenne, mais parce qu'il a osé écrire un essai non pas clairement à 100% climatosceptique, mais remettant simplement en perspective les hypothèses sur le réchauffement climatique (10).
Au passage, puisque suite à cette affaire, on a appris que Philippe Verdier avait un époux, notons le silence de la gauche d"habitude plus prompte à défendre les minorités. On ne transige pas avec les vérités révélées du clergé médiatique ! Il faut que les fantassins de base du journalisme public appliquent les directives des généraux de l'Elysée ! Le public n'a surtout pas le droit de savoir qu'il y a un débat scientifique !

Oui, la France a mille fois raisons de défendre la liberté de la presse. Mais avant d'aller faire des blagues en Chine (11) ou des remarques (justifiées) sur la Turquie, peut être pourrions-nous améliorer ce qui se passe, ici, chez nous,  par exemple faire en sorte que la police ne tire pas sur des journalistes pendant des manifestations (12), que la liberté d'écrire des livres existe aussi pour les employés des médias publics ou que le Président de la République respecte ses promesses en matière de nominations. Oserait-on, également demander que les médias puissent librement informer sur les guerres du François W. Hollande sans que le ministre de la défense et président du Conseil Régional de Bretagne menace de plainte pour violations du secret défense (13), ou que le ministre de l'Intérieur ne se mèle pas de la polémique qui oppose Apple au FBI  ? Pourrait-on, enfin, rappeler que toutes les récentes mesures anti terroristes votées par la France menacent toutes les libertés, y compris celles de la presse ? Si les journalistes ont compris la problématique des IMSI catchers ou celle des métadonnées, alors ils savent de quoi il en retourne

C'est à l'express condition d'exemplarité que nous pourrons donner des leçons crédibles à la Turquie.




(3) Le Publicateur Libre Liberté de la presse : entretien avec Eric Fottorino 17 mars 2016
(4) Le Monde Crise migratoire : les Vingt-Huit s’accordent sur une « position commune » face à la Turquie 18 mars 2016
(5) Libération Libertés publiques et individuelles: le PS épingle Sarkozy 11 mars 2009
(6) Challenges François Hollande choisit Marie-Christine Saragosse pour présider l'AEF 11 septembre 2012
(7) Le Figaro L'ancien bras droit de Jospin nommé à la tête du CSA 9 janvier 2013
(8) Atlantico François Hollande reprend en main la nomination du président de France Télévisions 4 novembre 2014
(9) Contrepoints Le montant des aides à la presse révélé 24 décembre 2013
(10) Contrepoints Climat investigation, de Philippe Verdier  8 novembre 2015
(11) Le Huffington Post La petite blague de François Hollande sur la liberté de la presse en Chine 3 novembre 2015
(12) France 3 Midi Pyrénées Un journaliste pris pour cible par un policier lors de la manifestation des zadistes à Toulouse 24 février 2015
(13) L'Opinion Libye : Le Drian demande une enquête pour « compromission du secret de la défense nationale » 24 février 2016

lundi 12 octobre 2015

Cheyenne Caron, ou l'impossibilité de sortir de la matrice

Quand on lit certains faits divers, on ne peut que se dire qu'on vit dans un pays de fous formidable.
Tenez, prenez le conflit qui oppose le CNC à Cheyenne-Marie Carron. Le CN quoi ? Cheyenne qui ? 

Cheyenne Carron
Le Centre National du Cinéma (CNC), vous connaissez. Il s'agit de cet organisme, dont, en 2011, l'inspection des finances (pas des anti étatistes, donc) estimait qu'il "avait trop d'argent" (1), et qui supervise l'ensemble du cinéma français.  Le budget du CNC est alimenté par des taxes spécifiques touchant le secteur de l'audiovisuel :
  • Taxe Spéciale Additionnelle prélevée à hauteur de 10,72% sur le prix des places de cinéma
  • Taxe sur les éditeurs et les distributeurs de services de télévision,
  • Taxe sur la vidéo physique et la vidéo à la demande
Autrement dit, tout spectateur de film, ou tout consommateur de services connexes à la TV contribue à faire fonctionner le CNC. Ce dernier se voit doté de diverses missions, dont celle de faire respecter la chronologie des médias (2) 
Quand à Cheyenne-Marie Carron, si vous n'êtes ni un lecteur de la presse qui n'est pas Charlie (Nouvelles de France, Islamisme.fr, B. Voltaire ...) ni un expert en films traitant de la religion (3), et de la chrétienté notamment (4), son existence et celle de ses oeuvres cinématographiques (cinq films) a pu vous échapper. 

Pourtant, ce que vit cette cinéaste est instructif, pour ne pas dire édifiant. Pour son dernier film comme pour les précédents, Cheyenne Carron s'est vu refuser une subvention du CNC. Jusque la, à la rigueur, on se dit que ça n'est pas grave, puisque Cheyenne Carron a mis en oeuvre son plan de se financer par le mécénat (5). Comme dans le cas emblématique de Kung Fury (6), on voit que la création artistique peut passer par d'autres circuits que le financement institutionnel classique. Mais les problèmes de Cheyenne Carron ne se sont pas arrêtés la. 
Après le financement et la réalisation, il a bien fallu distribuer le film. Et la, la dernière œuvre de Cheyenne Carron s'est heurtée aux limites de l'esprit Charlie. En France, en 2015, la liberté d'expression est acquise, dans les limites du "vivre ensemble". L’Apôtre, le film de Cheyenne Carron que le CNC avait refusé de subventionner, n'y voyant sans doute pas d'intérêt (malgré la mission du CNC de promouvoir le cinéma français dans toute sa diversité) a été interdit de distribution, car il risquait de porter atteinte à l'ordre public. De quoi parle ce film ? D'ultra libéraux mangeurs de chatons ? De pédonazis appelant à assassiner le président Hollande ? Non. Même pas. Il s'agit simplement d'une fiction dans laquelle un "musulman d'apparence", comme disait Sarkozy, se converti au catholicisme et est confronté à des réactions diverses de la part de son entourage.





Voila un sujet qui menace donc l'ordre public en France en 2015. Est-ce parce que, aussi minoritaire puisse être cette expérience, on, sait qu'elle existe, ici comme ailleurs (7) ? 

Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés la pour la cinéaste. Puisque le CNC n'a pas voulu subventionner son film, et puisque diffuser un film au Lincoln (Champs Elysées) ou au Village (Neuilly sur Seine) peut porter atteinte à l'ordre public, Cheyenne Carron a décidé de vendre son film sous forme de DVD, ce qui n'est pas permis avant plusieurs mois par la règle de la chronologie des médias. Il faut attendre au minimum 4 mois entre la date de sortie du film et sa mise à disposition sous forme de DVD. 

Du coup, le CNC cherche à poursuivre Cheyenne Carron. 




Question : est-il logique que le CNC se permette de superviser la vie d'un film qui est déjà totalement hors circuit et qui n'a pas couté un seul euro d'argent public ? 

http://www.christianophobie.fr/la-une/lapotre-le-film-attendu-desormais-en-dvd#.Vhto2ZdmrYQ
Pourquoi, sur la forme aussi bien que sur le fond, s'acharner sur l’Apôtre et sur sa réalisatrice, sachant qu'ils sont complétement en marge des institutions culturelles ? Est-ce pour envoyer un signal aux outsiders, ou est-ce le sujet traité qui est en cause (à moins qu'il s'agisse des deux ?). 
Question subsidiaire : qui contrôle le CNC, cette institution totalement hors de contrôle et qui refuse jusqu'à l'idée d'appliquer les recommandations de l'Etat en matière immobilière (8)? 
Enfin, quand bien même le CNC serait désireux de faire taire celle qui'il doit probablement considérer comme une cinéaste d'extrême droite, ne pourrait-on pas rappeler que la liberté d'expression ne vaut pas que pour les idées et concepts qui nous plaisent (10) ? 

Il s'agit moins de brider le champ d'action de cette autorité administrative indépendante que d'éviter qu'ils donnent raison a posteriori à l'ennemi public numéro un, Dieudonné, dont la stratégie de victimisation découle du comportement du CNC (11), ne l'oublions pas. 


(2) Wikipedia Chronologie des Medias
(3) Le blog cinéphagemaniac L'apotre, de Cheyenne Carron 20 février 2015
(4) L'Obs Rue 89 Des films cathos retrouvent le chemin des salles, grâce à des mécènes 30 juin 2014
(5) Liberation La phrase de Cheyenne Carron
(6) H16 Du kung-fu, des dinosaures, des Valkyries ? Une autre façon de faire des films 17 mai 2017
(7) Aleteia Maroc : La conversion de musulmans au christianisme soulève la colère dans le pay 30 mars 2015
(8) BFM Business
(9) Le CNC ne veut pas quitter les beaux quartiers de Paris 1 septembre 2014
(10) Génération Libre Pour rétablir la liberté d'expression
(11) Grioo.com Film sur le "Code Noir": Dieudonné s'exprime 17 septembre 2004

dimanche 9 août 2015

#LoiRenseignement : un attentat aux libertés, par @edwyplenel (#Mediapart) / #PJLRenseignement

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. 



Source : Mediapart
Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate. Et vous donne rendez-vous en ligne lundi 4 mai pour une journée de mobilisation.
Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.
Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée. Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.
L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.
Il suffit de lire l’avis circonstancié que vient de rendre à l’unanimité la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convaincu (il est ici sur Mediapart). De ne pas se laisser rebuter par sa longueur ni par son juridisme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite derrière son langage précautionneux. Ce texte fait litière radicale de la vulgate gouvernementale selon lequel ce projet de loi, d’une part, donnerait enfin un cadre légal respectable aux activités occultes des services de renseignement et, d’autre part, instaurerait un contrôle efficace de ces mêmes activités.
D’emblée, la CNCDH souligne au contraire que la façon dont ce projet de loi a surgi en dément totalement les intentions vertueuses proclamées. Elle souligne que ce texte est passé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes terroristes de janvier et « quelques jours seulement avant la tenue d’élections cantonales dont la campagne a été marquée par une forte présence du populisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été élaboré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi antiterroriste, « consécutive à l’affaire Nemmouche », elle-même faisant suite à deux autres lois antiterroristes récentes, « consécutives, elles, à l’affaire Merah ».
Tandis que chômage, précarité, insécurités sociales et injustices économiques, mal-vivre et mal-être sont relégués en fond de décor de notre vie publique, sans urgences ni priorités de nos gouvernants, plus de vingt-cinq lois relatives à la sécurité intérieure ont été adoptées ces quinze dernières années, entre 1999 et 2014. Déplorant « cette prolifération de textes législatifs relevant davantage de l’opportunité politique que du travail législatif réfléchi », la CNCDH « rappelle l’importance d’une politique pénale et de sécurité pensée, cohérente, stable et lisible, dont la qualité ne se mesure pas à son degré de réactivité aux faits divers et aux circonstances du moment ».
Traduite par la procédure accélérée imposée par le gouvernement, la « plus grande précipitation » a été voulue pour ce projet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rappelle sa « ferme opposition » à cette procédure. Aucune urgence effective ne la justifie. C’est en fait une arme de pouvoir, un moyen de faire taire les oppositions, de prendre de court les protestations, d’entraver le fonctionnement normal du Parlement, de restreindre « considérablement le temps de réflexion et de maturation nécessaire au débat démocratique ».
Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État profond, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique. Aucun débat préalable, aucune enquête parlementaire, aucune audition contradictoire pour évaluer les récents fiascos sécuritaires des services chargés de la lutte antiterroriste, alors même que les itinéraires de Merah, de Koulibali et des frères Kouachi le justifieraient amplement, révélant des failles de surveillance et des manques de vigilance.
Pis, la CNCDH relève « la pauvreté » de l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi, son caractère succinct, ses formulations vagues, sa façon de procéder « par simple affirmation en s’exonérant de toute référence documentaire ». Car cette loi n’est pas seulement un mauvais coup, elle est aussi de mauvaise qualité, mal rédigée, imprécise ou incomplète. Voulu, ce flou cache évidemment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême précision pour toute disposition permettant de porter atteinte au droit au secret privé et familial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigoureux d’un pouvoir de surveillance qui, toujours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.
Appelant en conclusion à des « amendements du Gouvernement et du Parlement[qui] permettent de renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réquisitoire : le retrait ou la suspension de cette loi attentatoire à nos droits fondamentaux, au respect de nos vies privées et familiales, à nos libertés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.
Car c’est bien « une surveillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies. À plusieurs reprises, son avis affirme que le dispositif de la loi contient « une violation flagrante de l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme énonçant le « droit au respect de la vie privée et familiale ».
« Le risque d’un “État panoptique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autrement dit d’un État ayant à sa libre disposition des instruments technologiques qui lui donnent accès à une transparence totalitaire sur la vie privée des individus, leurs pensées secrètes, leurs personnalités intimes. Pis, en étendant le recours aux techniques de renseignement jusqu’aux intérêts de la politique étrangère comme aux intérêts économiques et industriels, sans compter la surveillance préventive des violences collectives, le projet de loi offre un champ « potentiellement illimité » aux curiosités intrusives des services de renseignement.
Quant à la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » que la loi entend instaurer, son indépendance, son impartialité, sa technicité et sa compétence sont radicalement mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garanties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque fortement de ne pas être effectif ».
Ultime reproche, et non des moindres, de cette commission qui réunit l’ensemble des acteurs français de la promotion et de la défense des droits humains : en faisant basculer dans le champ de la police administrative des mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires, ce projet de loi« porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».

Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse

Autrement dit, ce projet de loi est anticonstitutionnel, violant notre loi fondamentale, celle dont le président de la République est normalement le gardien. « Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », énonce l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Comment François Hollande ou Christiane Taubira, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils rester inertes face à ce réquisitoire aussi rigoureux qu’implacable de la CNCDH, commission éminemment représentative de la société dans sa diversité dont l’efficace présidente, Christine Lazerges, est de ces professeurs de droit qui se font fort de « raisonner la raison d’État » ?
Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en travers de ce coup d’État à froid contre nos droits fondamentaux, leurs noms resteront définitivement associés à la pire régression de nos libertés individuelles et collectives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colonial, ces pouvoirs spéciaux imposés à leur majorité par, déjà, des gouvernants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une République en est morte, gangrénée par des factieux et des tortionnaires, des hommes qui se voulaient gardiens sans contrôle d’une sécurité devenue un absolu au mépris de la liberté, promue fin en soi quels qu’en soient les moyens.
Voulu par le premier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait symboliquement le rapporteur devant l’Assemblée, porté par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui se comporte en représentant des services bien plus qu’en élu de la Nation, ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11-Septembre. Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.
Avec ses mots feutrés, la CNCDH souligne ce chantage dont la représentation nationale et l’opinion publique sont actuellement l’objet : « Tout se passe comme si la simple invocation d’une plus grande efficacité pouvait justifier l’adoption, sans aucune discussion, des mesures les plus attentatoires aux libertés. » C’est pourquoi elle prend la peine de « réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérées à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure ». « La plus grande victoire des ennemis des droits de l’homme (terroristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la consolidation d’un État prétendu de sécurité qui se légitimerait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux. »
Nous y sommes, et c’est pourquoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volontés doivent converger pour faire échouer ce projet de loi. Et, s’il est néanmoins adopté, continuer sans relâche à se mobiliser pour qu’il échoue sur d’autres obstacles, le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l’homme ou, tout simplement, la société elle-même, soulevée par ce « droit de résistance à l’oppression » que lui reconnaît, depuis 1789, l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme.
Car, outre l’abandon par la gauche de gouvernement du terrain des libertés, de leur élargissement et de leur conquête, le plus stupéfiant dans cette régression démocratique est le spectacle d’un pouvoir qui prétend défendre la société contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix discordante parmi tous les acteurs sociaux : des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide (lire ici).
Mais, pour les sachants qui prétendent nous gouverner, leurs cabinets et leurs communicants, cette expertise citoyenne ne compte pas, y compris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée nationale, au sein d’une commission sur le droit et les libertés à l’âge du numérique composée de parlementaires et de représentants de la société civile (lire là son avis). Pour eux, la société qui proteste a forcément tort. Elle est mal informée, mal éduquée, mal intentionnée. Il y a là une pédagogie antidémocratique au possible, où les représentants ignorent superbement ceux qu’ils sont supposés représenter, où le pouvoir exécutif s’affirme comme le tuteur autoritaire d’une société ignorante ou menaçante, dans tous les cas mise à distance et sous contrôle.
« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques provoquées par certains attentats, savamment exploitées par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Ainsi commence, en 1899, l’article du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Francis de Pressensé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des attentats anarchistes qui ensanglantaient alors la Troisième République.
Il s’intitulait « Notre loi des suspects », et s’en prenait à ceux qui, en l’ayant adoptée, abaissaient la République, son idéal et ses principes : « Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. »Forgés par la haute bataille du dreyfusisme qui les occupait alors, Francis de Pressensé et ses pareils, dont Jean Jaurès, en concluaient qu’il revenait à la société, aux citoyens qui la composent, bref au peuple souverain, de relever cette conscience et cette âme, abandonnées et meurtries par la politique professionnelle.
Nous avons tous rendez-vous aujourd’hui avec la même exigence : le devoir de nous dresser contre ce crime légal, officiel, gouvernemental et, peut-être, parlementaire, puis présidentiel si la loi est adoptée puis promulguée. Un devoir qu’au temps des combats fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Francis de Pressensé, dressait un réquisitoire contre les lois de 1893-1894 aussi informé que celui de la CNCDH contre le projet de loi qui nous occupe. Par obligation de réserve, il signait anonymement « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur leader du socialisme français, l’homme du Front populaire, dont c’était le premier acte politique.
« Telle est l’histoire des lois scélérates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse, elles avaient été votées. » 
Mesdames et Messieurs les députés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être complices d’un attentat aux libertés. L’honneur d’être fidèles à la République véritable.
Edwy Plenel.

lundi 3 août 2015

Les socialistes auront tout de même mis 34 ans pour passer de 1981 à 1984

610 retweets pour cette excellente analyse qui dit tout



Franchement,n'est-il pas comique de constater que, alors que nos politiciens, tout particulièrement ceux de gauche (mais la droite, c'est pareil) vantent la retraite par répartition à 60 ans ou après 40 ans de carrière, nous avons au pouvoir :


  • François Hollande, 60 ans, déjà à l'Elysée en 1981
  • Laurent Fabius, 68 ans, déjà 1er ministre en 1984
  • Ségolène Royal, 61 ans, déjà à l'Elysée en 1981
  • Anne Hidalgo, 56 ans, qui cumule son emploi de maire de la capitale avec sa retraite (1)
  • Jean-Yves le Drian, 68 ans ...

Plus triste est le fait que la gauche, celle qui combattait la Hadopi ou l'extension du champ d'application du secret défense, a fait adopté non seulement la dernière LPM mais aussi et surtout la Loi Renseignement, que même le Conseil Constitutionnel n'aura pas bloqué (2). 

Comment en avons-pu arriver au fait que le pays des Droits de l'Homme soit maintenant critiqué par un grand nombre d'associations  (3) (Ligue des droits de l'Homme, Amnesty International, Reporters sans frontières, Syndicat de la magistrature, Quadrature du Net...), mais aussi par l'ONU (4) ? 

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas que le Parti Socialiste vient de valider la mise en place d'une loi qui ridiculise le contrôle que la RDA ou l'URSS avaient sur leurs populations. 
Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas que, alors que les Etats-Unis reviennent enfin sur le Patriot Act, notamment du fait des activistes libertariens comme Rand Paul (5), la France, qui donne des leçons de démocratie  au monde entier, se dote d'une législation qui légalise des pratiques autrefois illégales. 
Nous ne pourrons pas dire, quand l'amalgame entre mouvements sociaux, contestation de la politique du gouvernement et terrorisme sera effectué, que nous ne pouvions pas deviner que la restriction de la liberté d'expression concernerait bien plus que les bad guys officiels identifiés comme tels par le gouvernement. 

Mais qui a bien pu mettre dans la tête de ces politiciens ultra étatistes, de gauche comme de droite, que 1984 de George Orwell, devait être pris pour un manuel d'instruction ? 




(2) Liberté, libertés chéries Loi renseignement : "Filtrer le moustique et laisser passer le chameau" 24 juillet 2015
(5) The Economist Rand Paul's libertarian street cred 1er juin 2015
(6) Wikiberal 1984 

vendredi 10 avril 2015

Loi Macron, #PJLRenseignement : cette droite qui assume totalement son antilibéralisme

Le libéralisme, c'est quoi ? Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique (1) visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l'autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Depuis plusieurs siècles maintenant, le libéralisme a instauré la démocratie, fondée notamment sur le principe de séparation des pouvoirs et l'existence de contre-pouvoirs, et a  rendu possible le développement d'une économie libre, fondée sur les droits de propriété et la concurrence. Quels que soient leurs nuances et leurs débats, les libéraux s'accorderont tous à dire que la base de tout, c'est l'individu, et le respect de ses droits naturels (la liberté, l'égalité, la propriété, la sûreté, la résistance à l'oppression, tous contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (2)).
Les philosophies étatistes, elles, prônent exactement l'inverse. Elles n'accordent aucune importance à l'individu. Par exemple, pour le socialisme, il n'y a pas d'individus avant tout, il y a d'abord une "société" (3), et pour le national socialisme, la société doit se confondre avec son état, un peu comme quand on explique que la nation française et l'état français, c'est la même chose. 

Depuis 1789, les principes libéraux ont été largement altérés par une progression continue de l'intervetionnisme public, dans toutes les sphères, à tous les niveaux. Mais on aurait pu croire que cet interventionnisme ne serait pas défendu par tous et que le jeu de la démocratie permettrait de présenter sur le spectre politique des opinions alternatives au "toujours plus d'Etat" qui semble si ancré en France. 
Il n'en n'est rien. 
Les médias disent fréquemment que les différents courants de la droite, y compris le Sarkozysme, sont libéraux, et que quand le PS s'éloigne de son extrême gauche pour aller vers le Vallsisme, il devient "social libéral". Mais la encore, il n'en n'est rien. 
Il y a une conséquence fabuleuse au bipartisme qui découle des institutions de la Veme république : les députés se retrouvent à devoir voter contre ce qu'ils pensent. C'est vrai de la gauche, qui se voit obligée de voter des projets de loi en totale contradiction avec le discours du Bourget de François Hollande, par exemple, mais c'est vrai aussi de la droite, qui pinaille sur la loi Macron, mais valide la loi sur le renseignement ...
Mais dans le cas de la droite française, il est vrai que les institutions ne sont pas seules en cause. Elles agissent, en ce qui concerne certains, comme un véritable révélateur de l'antilibéralisme qui anime en réalité l'esprit d'un grand nombre de députés UMP et UDI. Ne parlons même pas du Front National, il est aligné sur son alter ego le Front de Gauche. 

Ainsi, il y a deux gros projets de loi qui devraient, en ce moment, retenir toute notre attention. Ils semblent un peu plus important que les affaires internes à la famille le Pen, ou le fait que telle tenniswoman soit enceinte. 
Le premier de ces projets de lois, c'est le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (dit loi Macron) (4). 
Le second de ces projets de lois, c'est le Projet de loi renseignement:
On pourrait ajouter à cette liste le projet de loi santé (dit loi Touraine). 
Ces projets de loi n'ont pas la même philosophie, même s'ils émanent tous d'un gouvernement socialiste. 

Macron souhaite transcrire dans le droit français certaines des conclusions du rapport Attali, celui qui était censé servir de livre de chevet à l'ancien président de la République. Certes, il ne s'agit absolument pas d'un big bang comme aurait pu le faire Margaret Thatcher, mais le Parti Libéral Démocrate (5) aussi bien que Jean-Christophe Fromantin (UDI) (6) l'affirment : c'est un pas dans la bonne direction. 
Alors quand on voit des élus de droite et du centre comme Morin-Desailly, Estrosi ou Huygues amender la loi Macron pour "encadrer le moteur de recherche Google" (7), rejeter la privatisation des aéroports régionaux, être plus à gauche que le gouvernement sur le don du sang (comme si sa libéralisation était un danger (8)) et défendre les professions réglementées (9), on voit bien ce qu'il en est : au delà des postures politiciennes, la droite n'est, à quelques exceptions prêt (Hervé Mariton, Frédéric Lefevre) pas vraiment prête à une révolution libérale. Mention spéciale, dans ce contexte, à leur chef qui se déclare maintenant contre les auto entrepreneurs, pourtant l'une des rares mesures libérales du précédent quinquennat  !
Voila où en est l'UMP : à rejeter une loi qui vise, dans l'ensemble, à commencer à libérer un peu l'économie française de son carcan, elle qui, en 10 ans, n'a su ni réformer les professions réglementées, ni supprimer les 35 h, ni mettre en concurrence la Sécurité Sociale, ni supprimer le code du travail. 

Le socialiste Jean-Jacques Urvoas , rapporteur du projet de loi renseignement, et le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, tous deux membres du PS, sont eux dans une tout autre optique qu'Emmanuel Macron. Le but explicite du projet de loi renseignement (10), un piratage informatique légalisé et généralisé, est de renforcer les moyens d'action des services de renseignement via l'usage d'outils de surveillance, sans l'aval d'un juge, dès lors que cette quête répond « aux intérêts publics suivants » :
  • La sécurité nationale
  • Les intérêts essentiels de la politique étrangère
  • Les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France
  • La prévention du terrorisme
  • La prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous
  • La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
  • La prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique.

Le principe de base de ce projet de loi, c'est que les "honnêtes gens" n'ont rien à cacher, et qu'il faut sacrifier nos libertés au profit de plus de sécurité. 


Ce projet de loi a été dénoncé par un grand nombre d'organisations dont le souci est la protection des droits de l'homme (11): Amnesty International, la Quadrature du Net, Reporters sans frontière, le Syndicat de la Magistrature (!), la ligue des droits de l'homme, la CNIL, Charlie Hebdo. Au niveau politique, le Parti Pirate, le Parti Libéral Démocrate (12), le Parti de Gauche s'opposent aussi à ce projet de loi, mais en revanche, l'UMP, elle, "votera le texte". 



Protéger les libertés civiles, c'est faire de la politique politicienne ?  Étrange raisonnement de la part de quelqu'un qui est obligé de téléphoner sous pseudo avec des mobiles prépayés pour parler à son avocat et qui sait, de par son vécu personnel, que l'Etat use de moyens à la légalité douteuse à des fins politiciennes, notamment en écoutant des conversations entre un avocat et son client.
Nul ne pourra dire qu'il ne savait pas, même les députés UMP. Et les mêmes qui défendent le projet de loi renseignement aujourd'hui, sont aussi ceux qui vont nous parler de cabinet noir ou d'acharnement du public sur la transparence quand leur vie privée sera étalée demain ?

Y a t-il une opposition libérale en France aujourd'hui, qui soutiendrait le gouvernement quand il desserrerait le carcan étatique qui enserre l'économie mais le rappellerait à l'ordre quand ce même gouvernement serait tenté par des mesures liberticides ? En dehors de quelques rares députés qui parfois se distinguent à droite (*), on peut dire que non. L'UMP est totalement alignée sur l'ultra étatisme de la gauche socialiste, celle qui, comme les conservateurs de droite, rejettent la loi Macron mais soutiennent le projet de loi renseignement. Que la presse cesse donc de parler du supposé (ultra) libéralisme de la droite.
En attendant que le Parti Libéral Démocrate ait des élus au Palais Bourbon, nous semblons enfermés dans un dialogue entre étatistes et dirigiste pour qui la libre concurrence et la séparation des pouvoirs ne sont pas des concepts importants. 





(1) Wikilibéral Libéralisme 
(3) Parti Socialiste Nos valeurs
(4) Assemblée Nationale projet de loi pour la croissance et l’activité. 11 décembre 2014
(5) Parti Libéral Démocrate Encourageons Macron à aller plus loin 6 janvier 2015
(6) Jean-Christophe Fromantin Loi Macron : ce n’est pas une révolution mais avançons … 16 février 2015
(8) Le French Libertarien Libéralisation du don du sang 12 février 2015
(9) Sans langue de bois Loi Macron : l'UMP soigne ses professions réglementées 30 janvier 2015
(12) Parti Libéral Démocrate La loi sur le renseignement mettra fin à la vie privée des français 17 mars 2015
(*) Si ce n'est déjà fait, suivez et encouragez Laure de la Raudière sur Twitter et  Facebook.

lundi 23 mars 2015

Pendant ce temps, les choses sérieuses continuent !

Vous n'avez rien compris aux élections départementales 2015  ? Vous n'êtes pas seul ! Chacun s'est revendiqué vainqueur d'un scrutin à forte abstention, grâce à des des chiffres pleins d’amalgames pour masquer le fait que le FN est bien le 1er parti de France (1). Et surtout, les candidats se sont donc présentés à un scrutin devant déboucher sur des assemblées départementales dont on ne connait rien des futures attributions, puisque la création des grandes régions devrait aboutir à une réorganisation de la répartition des missions publiques !
Enfin, peu importe. Ils appelleront ici ou la au Front Républicain, à la mobilisation générale, la vérité c'est que les électeurs voteront pour des partis qui proposeront soit encore plus de dépense publique départementale, soit  encore plus de dépense publique départementale.
Ca, c'est le premier point d'accord entre tous ces partis politiques qui ont finalement tous choisi de nationaliser un scrutin local. 

Le second point d'accord entre tous ces partis politiques soi disant en concurrence, c'est sur la lutte anti terrorisme et la supposée nécessité de réduire nos libertés au profit de la sécurité.

Sur ce point, il n'y a pas de débat, puisque "l'opposition" UMP-UDI a décidé de voter, à l'Assemblée Nationale, la loi sur le renseignement portée et défendue par Manuel Valls et son ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve. Sarkozy a affirmé que l'UMP voterait la loi sur le Renseignement si elle "n'est pas dénaturée dans le cadre du débat parlementaire" (2) (vive l'autonomie et la liberté de vote des députés ...!). Quand à l'opinion de l'UDI, elle est à ce jour inconnue. La seule opposition politique au projet de loi renseignement semble émaner du Parti Libéral Démocrate (ainsi que quelques courageux députés isolés comme Laure de la Raudière, UMP), qui dénonce la violation des libertés (3) ainsi que la fin de la protection de la vie privée des français (4). 


Les libéraux s’appuient sur les conclusions :

  • de la Ligue des Droits de l'Homme qui pense que la loi Urvoas sur le renseignement s'inscrit dans la dérive antidémocratique de la politique actuelle (5)
  • d'anciens officiers en renseignement qui affirment la loi renseignement nous fait gagner trop peu en efficacité pour justifier les atteintes aux libertés qu’elle comporte (6)
  • des blogueurs comme Authueil qui pensent que la séparation des pouvoirs n'est pas un élément mineur de notre ordre juridique (7)
  • de la CNIL qui émet de fortes réserves face à certaines dispositions clés du projet de loi qui comportent des mesures de surveillance beaucoup plus larges et intrusives que ce qui existe actuellement (8)
  • de la CGT (!) Police (!) qui déplore le fait que le projet de loi ne concerne pas que le terrorisme mais aussi les "intérêts majeurs de politique étrangère" et les "violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique" (9)
  • des think tanks comme la Quadrature du Net
On nous dit "les gens honnêtes n'ont rien à cacher". Si de tels propos émanaient de Vladimir. Poutine, de Robert Mugabe ou de Kim Jong, n'hurlerait-on pas ? Ne dirait-on pas que ces propos sont dignes de ceux de la RDA ou de l'URSS ? 
La preuve, c'est que quand des SSII françaises vendent des systèmes de surveillance de masse à des pays comme la Lybie, chacun est d'accord pour dire que ce n'est pas bien. Alors pourquoi accepte t-on ce genre de propos quand ils sont prononcés par des socialistes de gauche (PS) ou de droite (UMP) français ou des démocrates ou des républicains américains ?

Quand aux français qui acceptent ce genre de déclarations, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la logique de la transparence et publier sur son mur Facebook son numéro de carte bleue, un extrait de casier judiciaire, sa feuille d’impôts ou le montant et la raison des dernières amendes payées ? 
Même les politiciens refusent de publier leurs avis d'imposition, c'est dire !
Si la videosurveillance ne dérange personne, pourquoi ne streame t-on pas les images en permanence et en direct sur le net ? Après tout, cela ne devrait déranger personne, pas même les législateurs, que l'on puisse surveiller par Internet son voisin ? 

Et même si vous pensez que vous êtes une personne normale, ne vous y méprenez pas : vous ne savez absolument pas ce qui sera interdit ou considéré comme déviant dans le futur. Qui, par exemple, aurait pu penser que manifester contre le mariage pour tous puisse être considéré par le pouvoir comme étant le signe d'une proximité avec des mouvements "réac", "facho" et donc digne d'une répression policière violente, pour ne prendre que cet exemple ?
Inversement, pour le cas où vous ne vous reconnaîtriez pas dans la Manif pour Tous, si un pouvoir anti gauche, anti "progressisme" (au sens PS du terme) arrive, serez vous toujours dans la légalité ?

Sans même parler de la théorie des 6 degrés (nous sommes tous à 6 relations les uns des autres), pensez-vous que surveiller l'ensemble des français aurait pu éviter l'attentat de l'Hyper Casher et la tuerie de Charlie Hebdo ? 
La littérature, le cinéma, nous ont déjà décrit le monde que Valls ou Cazeneuve tentent de mettre en place. Revoyez Ennemi d'Etat (10) ou Matrix ou relisez 1984 pour comprendre à quel point le projet de loi sur le renseignement est néfaste pour nous tous !

Enfin, puisque l'objet est la lutte contre le terrorisme, voyons les choses au moins sur le plan factuel : que recherchent les terroristes ? Certainement pas des victoires militaires contre un pays comme la France, cela parait difficile. Ce qu'ils recherchent, outre le fait de convaincre des nouveaux soutiens, ce sont des victoires symboliques, telles que l'altération de notre mode de vie. Restreindre les libertés civiles en Occident est un objectif des terroristes. Ne leur offrons pas cette victoire. 



(3) Parti Libéral Démocrate La loi sur le renseignement viole nos libertés 18 mars 2015

mardi 10 mars 2015

Guy Delcourt, un député socialiste pas très Charlie ?

le député PS Guy Delcourt
Est-ce que vous connaissiez Guy Delcourt ? Si vous n'êtes ni Ch'ti, ni supporter du club de foot le Paris Saint Germain, a priori, il y peu de chance que vous ayez entendu parler de ce député socialiste élu à Lens (Nord Pas de Calais).
D'après le site d'analyse politique Nos Députés, (2) il ne s'agit pas d'un député hyperactif. Il faut dire que comme nombre de ses collègues du PS, il a autre chose à faire. Il a longtemps été député ET maire d'une ville qui fait quand même 32.000 habitants. Ce n'est pas comme s'il devait donc s'occuper de chômage, de délinquance, de reconversion industrielle ...

Et alors, qu'a fait cet honorable représentant de la nation, baby boomer retraité de la fonction publique, pour qu'on parle de lui ? Il a proposé de trouver des solutions contre le chômage des non qualifiés, par exemple en supprimant le SMIC ? Il a demandé à payer des impôts sur son IRFM ? Il a suggéré que l'on modifie la législation sur l'auto défense et la présomption d'innocence en cas d'agression ? 

Rien de tout ça ! 

Le site Nextinpact nous informe que le député Delcourt a décidé de s'impliquer dans la vie de notre pays, en proposant une nouvelle législation dont l'urgence et l'importance ne font aucun doute : dans une question parlementaire qu’il vient d’adresser à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, Guy Delcourt propose d'étendre la procédure de blocage administratif (sans contrôle d'un juge, donc) aux sites web diffusant des "contenus injurieux ou diffamatoires pour les élus". 
Vous direz : tout ceci n'est qu'une suggestion, émanant d'un député qui n'a que 457 fans sur Facebook. Jamais le Garde des Sceaux ne pourrait accepter une proposition pareille, surtout dans un pays où des millions de citoyens sont descendus dans la rue il  a moins de 2 mois pour dire qu'ils sont Tous Charlie, attachés à la liberté d'expression. 
Mais méfions nous ! Les gens qui étaient pour le blocage des sites djihadistes ont-ils compris qu'on a mis le doigt dans un engrenage dangereux et liberticide ? 
Si tout régime démocratique réside sur la séparation des pouvoirs, théorisée il y a maintenant 4 siècles par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755), ce n'est pas pour rien. C'est pour s'assurer que nous soyons protégés contre la pente despotique que le pouvoir peut parfois avoir tendance à prendre.

Ne croyons surtout pas que la question de Guy Delcourt soit un ballon d'essai isolé et sans lendemain. Elle s'inscrit au contraire dans un mouvement plus vaste de tentative par le Parti Socialiste de criminalisation de  la critique au gouvernement.
Souvenez-vous, les arrestations préventives du 11 novembre 2013 sur les Champs Elysées (3) !

Démocrates, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas et que vous n'avez pas été prévenus ! La République, parfaitement défendue par les divers partis socialistes de France, se renforcera par tous les moyens, y compris au détriment de la liberté d'expression dont on ne rappellera jamais assez qu'elle peut être dérangeante, choquante, désagréable et blessante (4).

Le jour où il sera interdit d'accéder à un site web qui mentionne Rose Mafia 2 (5), un livre rédigé par Gérard Dalongeville, un socialiste et que Guy Delcourt a tenté de faire saisir (6), ou encore le jour où tel ou tel forum de supporters du PSG sera bloqué, sans décision d'un juge, la France, qui bien qu'elle soit Charlie, n'est pas championne du monde de la liberté d'expression, aura du mal à justifier les guerres "au nom des droits de l'homme" qu'elle mène aux quatre coins du monde ...




(2) Nos Députés Guy Delcourt
(4) L'Opinion Drapeau au vent 14 janvier 2015