vendredi 26 juillet 2013

Les libéraux répondent à #TerraNova et à @juliettemeadel

Juliette Méadel
Terra Nova
Juliette Méadel, 37 ans,  avocate d'affaires et énarque, est anti libérale et directrice de Terra Nova, le think tank qui nous sert des analyses si exactes (relire Face à la désertification intellectuelle : contrer Terra Nova, un post du 12 avril 2011).

On l'a entendu chez #CarrementBrunet, ou elle challengeait les propos de Gaspard Koenig. (réécoutez le podcast sur le site de RMC) en débattant sur le sujet le libéralisme est il la clé pour sortir de la crise ?

Pour Juliette Méadel, la réponse est non, à l'inverse de ce que nombreux bloggeurs tentent pourtant de rappeler, comme :
Gaspard Koenig
Parti Libéral Démocrate
Comme, finalement, en une heure de temps, Gaspard Koenig n'a pas forcément eu le temps de répondre précisément sur tous les points évoqués, voici les liens pour celles et ceux qui veulent creuser les sujets qui ont été abordés.

  • Poncif : La loi de 1973 crée les déficits publics
    • Réponse de H16 : on manque en réalité d'épargne pour financer des déficits de toutes façons trop importants (lire Pour en finir avec la loi de 1973)
    • Réponse : c'est quand même comique de parler de la loi de 1973, une loi qui a son équivalent dans les législations Suisses ou Suédoises, et de penser que ces lois font du déficit et de la dette. 
  • Poncif : La main invisible date du XIXeme/XXeme siècle 
    • Passons l'erreur factuelle (la Main invisible date du XVIIIeme siècle, Juliette Méadel confond avec le commissaire priseur Walrassien
    • Réponse de Libertarien : Je n'aime pas la Main invisible
  • Poncif : Si on laisse le marché tourner tout seul, ça provoque des catastrophes
    • Réponse : quand on laisse l'Etat réguler l'économie, cela donne Dexia, le Credit Lyonnais, le plan calcul, la dette de la SNCF, et, dans les versions extrêmes : Cuba, la Corée du Nord et le Venezuela (Etat pétrolier qui connait des pénuries alimentaires)
    • Réponse : si vraiment les politiciens pouvaient diriger l'économie, pourquoi, plutôt que le train, le téléphone ou la médecine, ils ne nationalisent pas le logement et la production alimentaire, qui sont bien plus vitaux ? Réponse : parce qu'ils savent que le marché décentralisé est la meilleure/moins mauvaise réponse à ces questions vitales
    • Réponse : les économies plutôt libérales (Hong Kong, Suisse, Canada, Ghana, Nouvelle Zélande, Luxembourg) sont en meilleur état que les économies régulées





  • Poncif : La crise des subprimes, née aux Etats-Unis, montre que si on intervient pas pour réglementer, il y a des catastrophes
    • Réponse : le subprime est un mécanisme de bonification de prêts pour des populations insolvables, d'origine gouvernementale, promu par l'administration Clinton, et la crise des subprimes a pour source l'excès de liquidités crées par la Fed après le 9/11


  • Poncif : La crise des subprimes est une crise du manque de régulation
    • Réponse :  Freddie Mac et Fanny Mae étaient précisément des agences gouvernementales, et non pas d'obscurs hedge funds. 
    • Réponse : la crise des subprimes est l'échec de l'interventionnisme fédéral US 
    • Lire Infaillibilité du marché et régulation étatique sur le blog Analyse Libérale
  • Poncif : En France, où on régule, il n'y a pas eu de faillites bancaires, grâce à l'Etat
    • Natixis ? Dexia ? Les pertes de la Caisse des Dépots et Consignations ? 
  • Poncif : Les Etats Unis sont un pays libéral
    • Réponse : Ronald Reagan a commencé le travail mais les Etats Unis ne sont pas libéraux, ils subventionnent leur agriculture, lèvent des droits de douanes protectionnistes sur l'acier, investissent l'argent du contribuable dans General Motors, et mènent sans sourciller des politiques liberticides. Les Etats Unis sont moins anti libéraux que l'Europe, dont la France, certes, mais rien de plus. Si des gens comme Edward Snowden ou Ron Paul prennent la parole, c'est justement pour dénoncer la glissade des Etats Unis.
    • Comme il existe de grosses différences entre Malte et la France, entre l'Allemagne et la Grèce, il y a des différences énormes entre le Delaware et New York, entre le New Hampshire (cf le Free State Project) et la Californie
  • Poncif : Economie de marché = capitalisme = libéralisme
  • Poncif : La France est un pays libéral
    • Réponse : 57% du PIB passe par les mains de l'Etat. Nous sommes très très loin de la limite de 40% dont parlait VGE.
    • Lire aussi : Mise au point sur les idées libérales : Non : il n'y a pas eu de mesures libérales en 5 ans, entre 2007 et 2012, en France, ou presque (hormis le statut de l'auto entrepeneur et l'autonomie des universités)
  • Poncif : Depuis 1986, il n'y a plus d'ordonnances pour définir les prix
    • Réponse : en 2013, une ministre imagine pouvoir réguler les prix de l'immobilier, alors que nous souffrons déjà , en région parisienne notamment, de pénurie
  • Poncif : La croissance ne viendra pas toute seule si l'Etat réduit son périmètre d'intervention
    • Réponse : pour "lutter contre la crise", le président Sarkozy a fait exploser les déficits et la dette. Or, la France a été en récession. La séquence post Lehman Brothers montre que, partout dans le monde, le keynesianisme a définitivement échoué.



    • Réponse : la croissance n'est un objectif que parce que nous sommes, en Occident, dans un sytème pyramidal à la Ponzi-Maddoff, pour les retraites notamment. Mais les libéraux, adeptes de l'école autrichienne d'économie, ne pensent pas la croissance économique puisse être un objectif de politique économique
    • Réponse : la croissance (réelle) survient quand des entrepreneurs parviennent à faire mieux, plus efficacement, ou différemment quelque chose. La croissance est le fruit indirect de décisions de création d'un environnement favorable aux entrepreneurs : stabilité juridique et fiscale, facilité d'accès aux facteurs de production
  • Poncif : Quand il n'y a pas d'Etat, c'est la loi de la jungle
    • Réponse : le nombre de SDF à Paris devrait nous inciter, nous français, à plus de modestie. 
    • Réponse : en absence d'Etat, les gens donnent spontanément de l'argent ou du temps à des causes, et créent une société de solidarités réelles, à la place de la société de solidarités forcées que le fisc nous impose.
  •  Poncif : Margaret Thatcher a fait progressé le chômage
    • Réponse : en URSS, le taux de chômage était effectivement à 0%. Si l'Etat veut vraiment lutter contre le chômage, effectivement, il le peut,en mettant tout le monde au "travail", ouvrier dans des usines improductives, employé du KGB ou gardien de goulag. 
    • Réponse : en 1979, quand Maggie est arrivée au pouvoir, le UK était sous tutelle du FMI. Le taux de chômage était à 6%, comme en France, et, en 1990, il était à 5.8%, moitié moins qu'en France. 
Source : Cairn Info

  • Poncif : Le système de santé britannique est une catastrophe
    • Réponse : le système de santé français est une catastrophe : 11% des français n'ont pas les moyens de se soigner
  • Poncif : le libéralisme heurte les plus faibles
    • Réponse : le libéralisme a tiré de la pauvreté absolue des milliards d'Asiatiques, et bientôt d'Africains, ce qui, pour les internationalistes que les socialistes disent être, devrait les réjouir. 
    • Réponse : personne n'est définitivement plus faible. Chacun a une part de talents qui ne demande qu'à s'exprimer. Sur le plan académique, Steve Jobs n' pas la compétence d'un énarque. Mais il a crée un univers. 

Tout ceci pousse à relire la thèse de Juliette Meadel, Les marchés financiers et l'ordre public, et à se poser des questions sur la formation des élites. Il est symptomatique d'entendre de la part de Gaspard Koenig qu'il a fallu qu'il traverse l'Atlantique pour entendre parler des origines Françaises et Européennes du libéralisme.
Cantillon, Say, Bastiat, Constant ou Toqueville ne sont pas des cow boys débarqués du Far West, mais bien des penseurs nés de ce coté ci de l'Atlantique. Mais pour diverses raisons, ils sont totalement passés sous silence ici chez nous.





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Bonnes lectures !

6 commentaires:

  1. Merci pour ce rassemblement d'articles et de réponses, en espérant avoir un retour de la part des socialistes.

    Je me permets une critique constructive cependant.
    Déjà vous semblez utiliser de manière interchangeable les concepts de socialisme et celui de Keynésianisme: c'est une erreur. Keynes était libéral, partisan d'une taxation maximale à 25%, du libre échange et ne favorisait la dépense publique que dans le cas d'une crise de liquidité, ce qui est cohérent quoi qu'on en pense. Dire que le keynésianisme a échoué me semble aller un peu vite en besogne: bien sur ce n'est qu'un modèle qui a ses limites comme tous les autres, c'est pour ça qu'il y a des post-keynésiens, des monétaristes, et tout un tas d'autres courants de pensée que l'on peut tous qualifier de libéraux et qui pourtant peuvent débattre d'idées. l'économie est une science sociale, et à ce titre aucune vérité n'est absolument certaine: il convient de se remettre en cause et de progresser à travers l'observation du réel, pour confirmer ou infirmer les théories.

    Ce qui m'amène à mon deuxième point: vous avancez l'idée que les libéraux seraient forcément adeptes de l'école autrichienne d'économie: c'est bien évidemment faux, et heureusement. La plupart des économistes libéraux ne sont pas autrichiens et pour cause, cette école n'a rien produit de valable depuis 50 ans, les conditions préalables à leur concept de cycle économique n'existent plus, et certains mêmes continuent de pousser des idées que l'on sait fausses voire néfastes comme l'étalon-or ou l'interdiction des réserves fractionnelles. De plus leurs méthodes d'analyses ne fonctionnent plus dans le cadre qui est le nôtre et où le système monétaire est basée sur une monnaie fiat souveraine (l'Etat n'a donc pas de contraintes budgétaires similaires à celles d'un foyer par exemple) avec une monnaie endogène et issue d'une système bancaire à réserves fractionnaires. Dans un tel système où la quantité d'épargne à un instant t n'est pas fixe, la théorie autrichienne ne peut tout simplement pas s'appliquer, et vu qu'elle ne s'est pas mise à jour depuis presque un siècle, plus personne de sérieux ne la considère. Bref le libéralisme aujourd'hui trouve un bien meilleur défenseur chez Charles Gave ou Warren Mosler que chez des théoriciens Autrichiens qui au fond ne font que répéter ce qu'ont dit Mises ou Hayek il y a des lustres. Ils mériteraient, entre beaucoup d'autres, un peu plus d'exposition dans leur combat contre l'étatisme et le socialisme.

    Ceci dit, merci encore pour votre action, il est toujours salutaire de remettre les idées des Juliette Méadel de ce monde à leur place: à la poubelle. Bonne continuation.

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    1. Merci pour vos remarques, Pierre. Sur le keynésianisme, le fait qu'actuellement, en 2013, nos gouvernants s'appuient sur la "possible" distinction entre déficit conjoncturel et deficit structurel pour justifier des deficits en réalité permanents (ou du moins, non résorbés le temps d'une législature) est directement à relier à la conceptualisation d'action contracyclique dévpée par Keynes, ne pensez vous pas ?

      D'autre part, sur l'école autrichienne, dont personne n'imagine qu'elle vienne directement d'Autriche, ce n'est evidemment pas elle qui sert à illustrer l'origine Européenne du libéralisme. Le recours aux théories autrichienne sert à boucler la boucle de cohérence, ici. Mais le débat reste ouvert, effectivement, sur le plan éco. En réalité, les socialistes pourraient tres bien utiliser des conclusions tirées par les économistes des années 70-80, déjà, sur la rationalité (après tout, DSK a bien dvpé des théories pas si éloignées de celles de Gary Becker) mais ils ne le font pas.

      En tout cas merci pour votre lecture attentive.

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    2. Honnêtement, je n'ai pas d'idées arrêtées sur la question des déficits. On sait qu'il est possible de réduire la dette tout en faisant des déficits si l'on a une croissance suffisante (cf le néo-chartalisme et l'exemple du mandat de Jospin). L'action contra-cyclique keynésienne semble cohérente quand vous avez une chute brutale de la demande privée qui menace la structure éco, comme on a vu en 2008. Une relance keynésienne consiste alors à baisser les impôts et/ou augmenter les dépenses pour compenser et retrouver la croissance, ce qui importe c'est que l'argent ajouté au système compense au moins celui qui est perdu. Cela n'a pas été fait, on a écrasé les gens d'impôts et tout fait pour empêcher la croissance de revenir. Je ne sais pas comment qualifier une telle politique, et je suis sur que Keynes lui-même l'aurait condamné. Pour moi, ils ne comprennent pas ce qu'ils font, parce qu'ils sont enfermés dans leurs positions clientélistes et idéologiques (taper sur les riches et le CAC40, etc) et que l'ENA enseigne précisément à surtout, surtout ne rien changer. Je crois qu'ils invoquent le nom de Keynes sans le comprendre, juste pour ne pas passer pour les abrutis incompétents qu'ils sont.

      Quant à l'école autrichienne, je pense qu'il faut séparer leurs contributions à la micro (qui sont juste géniales) et macro (qui sont principalement hors de propos et inapplicables dans notre régime de taux de changes flottants). Pour moi le socle libéral aujourd'hui s'appuie plutôt sur la philosophie de la liberté, les bienfaits de la concurrence et de la liberté de choix, la croissance et l'entrepreneuriat, la volonté de libérer l'homme et de le responsabiliser, par opposition à l'infantilisation dont il est le sujet dans un cadre étatique. Il y a une plus grande unité libérale sur ces points là que sur des aspects économiques plus techniques. Et j'irai même plus loin: il y a une unité de but entre les libéraux et les socialistes qui veulent améliorer la qualité de vie des humains: c'est juste qu'il faut encore expliquer à ces derniers pourquoi et comment leurs idées ne fonctionneront jamais. Il y a je pense un simple problème de marketing à résoudre.

      Bien à vous.

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    3. Je suis à 100% d'accord avec vous pour dire que la plupart des gens ont mal lu Keynes, puisqu'ils oublient que des déficits contracycliques en période de récession ne sont que la contrepartie des excedents, en période de croissance.

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  2. Je reviens sur le système de santé britannique. Il est effectivement catastrophique et que le nôtre le soit aussi n'est pas un argument : mais la catastrophe vient de ce qu'il est totalement étatisé et totalement pris en charge, et que même Maggie n'a pas pu changer ça.

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    1. Effectivement gratuit, nationalisé et 100% étatique. Ceci étant dit, ses performances sur le plan sanitaire sont certes en dessous de ce que l'on a en MOYENNE en France, sans pourtant ne pas être honorables.
      En moyenne tjs, le UK, sur le plan de la santé, n'est pas le pays du tiers monde (ou, pas plus que la France) que les médias français se plaisent à décrire.

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