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lundi 16 mars 2015

Paris-Normandie : peut-on faire rouler les trains plus vite ?

Pourquoi est-ce si long d'aller de Paris en Normandie en train ? C'est la question que se pose le quotidien Ouest France, qui rappelle qu'en  1970 : Paris-Caen se faisait 1 h 49 (1). Actuellement, les meilleurs temps de trajet sont plutôt d'1h55 (2).
Surtout, des nombreux incidents, recensés par Normandie Actu (3), le Pays d'Auge (4), Coté Caen (5)  ou Vernon Train de Vie tendent à montrer que près d'un train sur deux seraient en retard. 

Sur l'autre rive de la Seine, la situation n'est pas meilleure, à tel point que les politiciens de la région du Havre doivent écrire au PDG de la SNCF pour avoir des explications sur les incidents sur la ligne le Havre-Rouen-Paris (6).
Citons Hubert de la Bâtie, maire (UDI) de la commune de Sainte-Adresse : "Les retards ne constituent plus une exception mais la règle quotidienne. Les coupures de trafic sont extrêmement pénibles, surtout le week-end où nous sommes "coupés du monde". Les pannes de matériel sont répétitives et lassantes. Bref, plus personne ne veut prendre le train".
Le blogueur Train Train Quotidien, par exemple, ne peut que constater la dégradation des conditions de transport des voyageurs entre le Havre et Paris.

Alors, que se passe t-il pour que les lignes Paris-Caen et Paris-Rouen-Le Havre soient aussi problématiques, et surtout, y a t-il des pistes d'amélioration ? 

Il y a une contrainte technique de base, incontournable : pour faire circuler des trains, il faut de voies de chemin de fer. Celles qui relient Paris à la Normandie sont anciennes. Au passage, balayons tout de suite un cliché issu de la mystique étatiste : oui, sans Etat, des infrastructures peuvent se développer. Ce sont des entrepreneurs privés, des capitalistes qui ont construit la ligne de Paris au Havre (7) ou la branche Mantes-Cherbourg (8) au XIXeme siècle, pas l'Etat. La SNCF, puis RFF, ne sont venues que des dizaines d'années plus tard pour unifier des réseaux déjà existants. 
Quoiqu'il en soit, chacun sera d'accord pour noter que si les problèmes du trafic entre Paris et la Normandie relève de problématiques liées au matériel (voies, et éventuellement matériel roulant), alors on comprend que le problème, c'est le montant des investissements consentis, qu'ils soient privés ou publics. 

Il y a une deuxième contrainte, celle liée à la conception en étoile du réseau ferroviaire français. Les lignes de chemin de fer qui relient Paris à la Normandie souffrent du même défaut que celui qui handicape la circulation des trains sur le tronçon central du RER A : la congestion survient quand divers trafics de différentes origines s'amalgament sur des tronçons centraux. 
Ce qui pose problème au trafic Paris Normandie, c'est que deux lignes, le tronçon Caen-Cherbourg et le tronçon Rouen-le havre, se rejoignent à l'entrée de la région parisienne, à Mantes. Entre la ville de naissance de Saint Louis , et la Gare Saint Lazare, plusieurs sortes de trafic se mélangent : les intercités, le RER, le trafic banlieue et le fret. 

Il y a une petite différence entre 1970 et 2015 : le trafic a augmenté. Mais de combien précisément ? L'opendata à la SNCF a des limites : on ne sait pas combien de voyageurs circulent en temps réel, malgré les tentatives de sites comme Raildar, le Flightradar du train, de tracker les trains. Un autre moyen pour la SNCF d’accroître la transparence serait de publier, conformément à l'esprit des normes comptables IFRS et à l'exigence de transparence dont les pouvoirs publics aiment tant parler, la rentabilité de l'exploitation de ses trains, ligne par ligne.
Ainsi, elle pourrait expliquer aux voyageurs pourquoi, malgré des tarifs qui augmentent sans cesse (9), la SNCF est toujours si peu rentable. Est-ce uniquement un problème de coût des péages de RFF ou bien une question de structure de coûts salariaux ?  

Les contraintes physiques et économiques sont telles qu'une consultation a eu lieu, il y a deux ans, pour savoir s'il fallait effectivement construire une nouvelle ligne (10). Les experts en sont arrivés à la conclusion qu'il faudrait entre 6 et 10 milliards d'euros pour construire de nouvelles infrastructures , y compris sur des zones soit fortement urbanisées, soit rurales, et créer des nouvelles gares, dans la région de Rouen et peut-être à Nanterre - la Défense. (11). Autrement dit, cela parait difficile.

Question : est-ce que l'autoroute A13, malgré tous les inconvénients, ne reste t-elle pas le meilleur scénario alternatif au train ? Et puis, qui sait, si Macron parvient à faire passer sa loi, peut-être y aura t-il des bus pour relier Paris à la Normandie ?
En tout cas, alors que la classe politique ne cesse de vanter la qualité des services publics, les citoyens, contribuables et usagers savent, eux, ce qu'il en est. 



(4) Le Pays d'Auge Tir de chasseur : 750 usagers du train Paris-Caen bloqués 30 septembre 2014

jeudi 12 mars 2015

Fuite de Paris des sièges du CAC 40 : Anne Hidalgo sous pression !

Il y a un cliché si fermement établi que même l’exécutif (socialiste) parisien pourrait être tenté d'y croire : Paris est assuré de voir ses recettes fiscales maintenues, notamment grâce à la présence d'un grand nombre d'entreprises, à commencer par celles du CAC 40, sur le territoire de la capitale. 

Pourtant, rien n'est moins sûr. Il y a une réalité : la fuite de Paris des sièges de grandes entreprises, notamment celles du CAC 40. 

Selon l'Insee, la capitale comptait officiellement 138 établissements de plus de 1.000 salariés en 2008 mais 123 en 2009. En 2007, Paris concentrait encore 32 % des sociétés, divisions et autres filiales installées en Île-de-France employant plus de 1000 personnes. En 2009, la proportion n'atteignait plus que 29,7 % (1). Et en 2010 déjà, à peine plus de la moitié du CAC 40 avait son siège social à Paris (2). 
La banlieue proche constitue un sérieux challenger pour la ville de Paris (3), puisque le Val de Marne, la Seine Saint Denis et surtout les Hauts de Seine avec la Défense constituent les terres d'accueil prioritaires des sièges des grandes entreprises, quand elles ne choisissent pas d'aller directement à l'étranger, pour diverses raisons ... (4). 

Le mouvement est loin d'être achevé : la Bourse de Paris, Euronext Paris, est sur le départ pour la Défense (5), Aéroports de Paris déménage à Roissy (6) et PSA Peugeot Citroen se rapproche de son usine de Poissy (7).
C'est un problème qu'Anne Hidalgo ne peut pas ignorer. Elle ne le découvre pas non plus, puisqu'elle a été l'adjointe de Bertrand Delanoé depuis 2001. Anne Hidalgo ne peut même pas se cacher derrière les autres fonctions qu'elle occupait durant la période, puisqu'elle était soit manifestement absentéiste en ce qui concerne sa mission d'élue du XVeme arrondissement (8) soit carrément portée disparue en ce qui concerne ses fonctions d'inspecteur du travail  (9) !

Mais en quoi la fuite de Paris des sièges du CAC 40 pose problème ? 

D'une part, la ville de Paris va progressivement devoir se poser de plus en plus de questions sur ses recettes fiscales. Si l'immobilier reste une manne pour Paris (10), avec tous les risques pour le budget de la ville que cela comporte en cas de retournement avéré du nombre de transactions, les entreprises et leurs contributions restent la base du business model parisien de faible imposition des particuliers. 

D'autre part, un siège social en moins, c'est autant de besoins en moins en terme de sandwicheries, de crèches privées d'entreprises, de gardiennage sécurité, bref de tous ces emplois qui nourrissent le tissu entrepreneurial parisien.  Certes, les besoins sont toujours la, ils sont simplement déplacés là où les sièges sociaux se trouvent. 
Et c'est là où ces localisations hors centre posent aussi un problème aux salariés eux-mêmes : en effet, il faut bien se rendre au travail, que ce soit en voiture ou en transports en commun, ou même en Velib' comme semble le suggérer Anne Hidalgo. Or, n'a t-on pas remarqué que l'un des problèmes de la Défense réside dans le fait qu'à la différence de Châtelet les Halles, une seule ligne de RER y passe ? (en attendant le prolongement du RER E vers la Défense et au delà (11)).

Face à l'effet de ciseau (baisse des recettes fiscales issues des transactions immobilières et baisse des taxes payées par les entreprises vs hausse des dépenses pour financer un programme surréaliste de HLM), qu'aurait pu faire Anne Hidalgo ? 

Certes, si les entreprises partent, notamment les plus grandes, ce n'est pas que de la faute de l'exécutif parisien. Il n'est pas que du ressort d'Hidalgo de faire en sorte que Paris puisse offrir des vastes surfaces modernes de bureaux, des accès et des parkings. Les contraintes urbanistiques et environnementales ne sont pas que du ressort de la Mairie de Paris, et Anne Hidalgo ne part pas d'une page blanche. Et ce n'est pas non plus du ressort d'Anne Hidalgo, mais plutot de clui du gouvernement, d'arbitrer entre une TTF pour faire plaisir à l’extrême gauche et des salles de marché à Paris plutôt qu'à Londres.
Mais, sans empêcher les entreprises de déménager, L'actuelle maire de Paris, et précédemment adjointe de Bertrand Delanoé, disposait de la meilleure monnaie qui soit, puisqu'elle est gratuite : la renommée (pas la sienne, celle de la ville de Paris, la marque Paris) pour éviter l'effet ciseau de baisses de recettes et de hausse de la structure de coûts. L’exécutif municipal, qui était si prompt à dénier au Touquet Paris Plage d'utiliser le nom de Paris Plage (cela ne faisait que depuis 1912 que cette ville s'appelait Paris Plage ...(12)) aurait pu proposer à Montreuil (siège d'Ubisoft), Malakoff (siège de LCL) à Saint Ouen ou à Saint Denis (SFR, GDF ...) de devenir des nouveaux arrondissements parisiens, tout comme, en 1860, Belleville, Auteuil, Charonne ou Montmartre ont rejoint la ville de Paris. 
Ce plan, évidemment, devient moins attractif pour les communes riveraines de Paris au fur et à mesure que les entreprises les préfèrent à la capitale, obligeant à ajuster la fair value de la marque Paris ? 

Comme dans tout bon match, l'horloge tourne. Peut être qu'Anne Hidalgo, plutôt que de s'occuper d'arbitrage de matchs de football (13) (surtout qu'avant 2014, on ne lui connaissait pas une grande passion pour le PSG), pourrait s'occuper de l'attractivité économique de la capitale. Ce n'est pas comme si il y avait urgence ...



(1) La Tribune Pourquoi Paris se vide de ses grandes entreprises 10 octobre 2010
(2) Cadremploi Reste-il des grosses entreprises à Paris ? 23 mars 2010
(3) CCIP Nos paris pour Paris 13 décembre 2013
(10) Votre Argent L'immobilier reste une manne financière pour paris 18 décembre 2014

lundi 27 mai 2013

Videosurveillance, plan Vigipirate et police

L'agression dont a été victime un militaire, la semaine dernière à la Défense, mais aussi les interpellations survenues hier soir en marge de la Manif pour Tous amènent vraiment les simples citoyens que nous sommes tous à nous poser des questions sur la nature du système de sécurité soi-disant mis en oeuvre pour nous protéger. 
Commençons par le plan Vigipirate. Quelqu'un peut-il sereinement dire ce que la mise en oeuvre de ce plan a apporté, aux franciliens notamment, à part la banalisation de la présence militaire sur le sol national ? Qui désormais trouve anormal de voir des hommes lourdement armés en train de déambuler dans une gare ou un centre commercial ? Vigipirate est pourtant un régime d'exception. 

L'interrogation sur la pertinence de Vigipirate n'est pas que purement rhétorique  On l'a vu la semaine dernière à la Défense, les deux collègues qui accompagnaient la victime de l'agression n'ont pas pu déployer de scénario de protection. On peut même aller plus loin et poser une question iconoclaste : est-ce qu'un fusil d'assault Famas est le bon outil en milieu urbain et civil, dans une galerie marchande telle que celle des 4 Temps ? Quel militaire osera tirer au milieu d'une foule, afin de stopper la fuite d'un terroriste ? 

Du coup, on se dit que les moyens technologiques auraient du prendre le relais. Manifestement, ce ne fut pas le cas. Comment se fait-il qu'un endroit aussi videosurveillé que la Défense ait pu permettre à un terroriste de fuir ? N'est ce pas la preuve qu'au mieux, la videosurveillance ne supprime ni la délinquance, ni l'insécurité mais permet éventuellement, pour un coût financier très élevé, de résoudre les affaires, ex post ? 

En revanche, la où la police se montre efficace, c'est face aux manifestants de la Manif pour Tous. Alors que les casseurs du Trocadéro, qui ont gaché la remise du trophée du PSG, ont finalement été peu arretés et condamnés, on apprend que les forces de l'ordre ont procédé à l'interpellation et à la mise en garde à vue de 293 manifestants anti mariage gay. 

Question : quels sont les principes qui animent les responsables de la sécurité et de la justice ?