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jeudi 29 octobre 2015

#AirCocaine : une bonne nouvelle, et des questions

L'affaire « Air Cocaïne » est une affaire judiciaire qui débute en mars 2013 à l'aéroport international de Punta Cana en République dominicaine. La police locale avait saisi 25 valises, soit 700 kg de cocaïne dans un jet privé transportant deux passagers. Quatre citoyens français, les deux passagers et les deux pilotes de l'appareil où a été trouvée la drogue, ont été inculpés dans le cadre de cette affaire et passent en jugement avec d'autres inculpés locaux devant la justice dominicaine. Elle trouve un nouveau tournant avec l'exfiltration privée des deux pilotes. 
Vous avez lu le récit de cette rocambolesque évasion (1), il est hallucinant. Gageons que ses organisateurs revendront les droits à Hollywood pour tourner un nouveau Midnight Express. Mais au delà de l'opération en elle-même, notons qu'il y a une bonne nouvelle, mais aussi des questions. 

La bonne nouvelle, c'est que, malgré 

  • la surveillance généralisée du monde entier par la DCRI (2)
  • le tracking des bateaux (Marine Traffic) et des avions (Flighradar)
  • les dispositifs de contrôle des frontières, notamment en ces temps de Vigipirate ++++
  • la vidéosurveillance couplée à la reconnaissance faciale
  • l'existence de fichiers de personnes recherchées
et bien malgré tout cela, il reste possible de naviguer dans la mer des Antilles,dont la surveillance est une top priorité pour la DEA, puis traverser l’Atlantique, l'océan le plus surveillé du monde, et de se poser en France, tranquillement, sans problèmes. 

Les questions, évidemment, résident dans les conditions de réalisation de cet exploit : les services secrets et l'armée sont-ils à ce point en roue libre que leurs opérations, au jour le jour, échappent totalement à le Drian (il est vrai occupé à gérer plusieurs guerres et une campagne électorale en Bretagne) et à Valls (trop préoccupé par la lutte contre le FN) ? 
Est-il possible de payer des douaniers pour qu'ils ferment les yeux, ce qui expliquerait pourquoi, en terme de corruption, la France n'est pas la mieux classée, au sein des démocraties occidentales, par Transparency International (3) ? Et si aucun douanier n'a été payé, comment les deux pilotes ont embarqué, étant donné que  les territoires d'outre-mer ne font pas partie de l'espace Schengen ? Est-ce que, comme dans la ferme des animaux, certains seraient-ils plus égaux que d'autres ? 

Si jamais vous voulez transporter plusieurs centaines de kilos de drogue, pensez à avoir un solide réseau d'amis parmi les forces armées françaises, ça pourra toujours servir. 
Et au delà de l'ironie, une mesure utile que pourrait prendre immédiatement le Quai d'Orsay consiste en la diffusion de l'information sur les systèmes judiciaires locaux auxquels les français, businessmen ou touristes, pourraient être confrontés. Oui, il est risqué de voyager hors d'Europe. Même en pointant les manquements chez nous, force est de constater que, malgré tout, l'UE est et reste ce qui se fait de mieux en matière de respect de la personne et de ses droits.
Après tout, peut être que moins de français iraient dans certains pays touristiques en vogue s'ils étaient effectivement informés du fait que la corruption de la police locale les met objectivement en danger. 
On espère quand même que les pilotes, qui ne seront pas extradés vers la République Domicaine, puisque la France n'extrade pas ses nationaux (sauf s'ils s'agit de militants basques coupables de délits d'opinion) sont effectivement innocents et victimes d'une ignoble machination. Parce qu'après ça, on aura beau jeu d'expliquer que la lutte contre le trafic de drogue est une de nos priorités. 




mercredi 19 août 2015

Drogues : de plus en plus de "saisies record"

Avez-vous remarqué comme on assiste, en matière de drogue, à un nombre croissant de "saisies record" ?  42,7 tonnes de cannabis en Méditerranée il y a un an, 420 kilos de cocaine à Orly,

Le bon sens pousserait en première approche à se féliciter de ces saisies. Après tout, de la drogue saisie, c'est de la drogue non consommée (enfin, tant que les policiers ne se servent pas dans les scellés ...), et de la drogue non consommée, c'est des gens qui n’abîment pas plus leur santé, des familles qui connaissent un répit, des drogués qui cessent momentanément leurs actes de délinquance commis pour se procurer de l'argent, etc ...

Simplement, les économistes ne parlent pas pour autant de bonnes nouvelles. Ils se disent plutôt que si les saisies record augmentent, c'est que les quantités en circulation augmentent. D'ailleurs, ne remarque t-on pas que ces "saisies record" ne concernent plus uniquement la Seine Saint Denis ou Marseille mais sont aussi désormais situées en Ardèche ou à Brest ?

La lutte contre les stupéfiants et drogues illicites ont beau faire parti du storytelling gouvernemental, peut-être que l'échec de ces politiques devrait conduire à envisager des alternatives, comme, d'une manière ou d'une autre, la légalisation.


dimanche 26 avril 2015

Affaire #SergeAtlaoui : quelle logique à l'implication des politiciens français ?

Difficile de ne pas avoir entendu parler de Serge Atlaoui. Ce franco-algérien (1) de 51 ans est accusé d'avoir été employé d'un laboratoire clandestin de MDMA (ecstasy) en Indonésie (2). Arrêté par la police locale, il a été condamné d'abord à la prison à perpétuité, puis à être exécuté. Il était allé travailler en Indonésie pour un salaire de 2000 euros par semaine, parce qu'il connaissait des difficultés financières ici en Europe, et son rôle était celui d'un technicien de maintenance de machines, chose qu'il n'a apparemment pas contesté. 

Etant donné que son exécution pourrait survenir dans les jours qui viennent, son cas a fait l'objet d'une intense mobilisation politique et médiatique. Pour Manuel Valls, "Tout doit être fait pour tenter d'empêcher l'exécution" de Serge Atlaoui et la France doit lutter contre l'existence de la peine capitale.


Pour le président Hollande, l’exécution de Serge Atlaoui aurait des conséquences, notamment au niveau diplomatique (3), si elle survenait effectivement.

D'autres personnalités politiques se sont exprimées, à part peut-être celles qui ont dans leur programme le renforcement des sanctions en cas de trafic de drogue, la lutte contre l'immigration et le possible rétablissement de la peine de mort en France.

Cela pourrait être, à la base, une excellente chose que les politiciens français soutiennent un ressortissant français, un de nos compatriotes, en grave difficultés à l'étranger. Mais de telles interventions soulèvent quand même la question à la fois de la pertinence mais aussi et surtout de la logique. 

1/ Affaire de drogue et souveraineté judiciaire

L'affaire Serge Atlaoui nous interpelle tous car ce soudeur lorrain (4) risque la peine de mort. Mais sauf preuve du contraire, l'Indonésie a ses propres lois, sur lesquelles nous n'avons pas de levier, pas plus que les Indonésiens, normalement, n'influencent nos lois. Dès lors, appeler les autorités judiciaires et politiques indonésiennes à réviser leur jugement ne risque t-il pas au contraire de les braquer encore plus, et ce d'autant plus qu'on parle non pas d'un vol de voiture, mais de fabrication de drogues de synthèse ? 

2/ le travail et le tourisme dans les pays à risque 

Le monde est un risque. Mais d'un pays à l'autre, les risques changent. Il est plus sur d'aller travailler ou d'aller faire du tourisme dans une démocratie libérale que dans un pays plus ou moins mal classé par Reporters Sans Frontières, la Heritage Foundation, le Cato Institute ou The Economist. Malgré ses quelques bavures policières et ses quelques cas de politiciens corrompus, la France reste une démocratie et un état de droit, à la différence de bien d'autres pays. Serge Atlaoui n'a t-il pas pris ses risques en allant travailler en dehors de l'Union Européenne connu pour sa législation anti drogue particulièrement répréssive et ses prisons dignes de Midnight Express ?

3/ Les leçons de morale occidentale aux pays exportateurs de drogue

Si il y a bien une chose frappante, c'est que les pays exportateurs de drogue sont majoritairement des pays émergents (Maroc, Indonésie, Colombie) ou pauvres (Afghanistan), et les pays consommateurs, des pays plutôt développés (Etats Unis, Union Européenne), ce qui au passage explique une partie du gap entre les prix de la matière première payée aux paysans et les prix facturés aux consommateurs finaux. Question de pouvoir d'achat.
Et bien que la consommation de toutes les drogues progressent, les pays consommateurs ont quasiment tous décidé de mener une guerre à la drogue résolue. Et pour cela, ils n'hésitent parfois pas à donner des leçons. Quand la France forme les douanes maliennes à la lutte contre le trafic de drogue (5), quand l'UE met la lutte contre le trafic de drogue au top de ses priorités dans ses relations avec le Tajikistan (6) ou quand les Etats Unis financent les polices d'Amérique Latine luttant contre le trafic de drogue (7), notre message peut-il souffrir la moindre contradiction ? 

4/ La lutte à plusieurs vitesse contre la peine de mort 

Les états membres de l'UE ont tous aboli la peine de mort. C'est tout à l'honneur des démocraties de penser qu'il faille dépasser la loi du talion et de croire que la vie ne se prend pas.


Mais, si nous sommes vraiment attachés à la défense de nos valeurs et si nous croyons que celles-ci peuvent avoir une portée universelle, comment se fait-il que nous n'ayons jamais rien trouvé à redire aux Chinois ou au Saoudiens qui, eux, pratiquent la peine de mort à très large échelle. Le président Hollande était en Arabie Saoudite le 24 janvier dernier. A t-il glissé un mot aux dirigeants du royaume sur ce qu'il pense de la peine de mort ? C'est bien la peine de mort qui nous choque, pour tous les condamnés, pas seulement quand ils sont français. Alors pourquoi nous jugeons que l'Arabie Saoudite est souveraine, là où l'Indonésie pourrait être mise sous tutelle ? Et quid du cas de certains états des Etats Unis d'Amérique qui continuent à pratiquer la peine de mort, y compris envers des non américains ? Allons-nous également dire à la Louisiane (8) que nous souhaitons rompre les relations diplomatiques et commerciales les US ?

Il parait que le dossier Serge Atlaoui est passé d'une affaire judiciaire interne à l'Indonésie à une affaire politique et diplomatique internationale. Il se pourrait même que Serge Atlaoui soit finalement sauvé puisque son exécution a déjà été retardée (en dépit de la fermeté qu'affiche le président indonésien, et en dépit du principe de séparation des pouvoirs, pour peu qu'il ait un sens ici).

Mais quelque soit l'issue de cette affaire, il y a deux conclusions à tirer.

D'une part, lutter contre le trafic de drogue ne sert à rien. La prohibition ne marche pas. Quelque soient les risques encourus, des jeunes ou des moins jeunes se piquent, sniffent, gobent, fument, et des offreurs cultivent, raffinent, transportent, distribuent. En matière de drogue, il y aura toujours une offre, mais aussi une demande. Les milliards d'euros dépensés pour défolier les forets colombiennes, surveiller le détroit de Gibraltar, effectuer des perquisitions dans les cités de Seine Saint Denis, juger, enfermer n'ont aucun impact sur la consommation, mais enrichissent à des niveaux hors normes les trafiquants. 

D'autre part, puisque les 10 commandements (dont le "tu ne tueras point") et les Droits de l'Homme (dont le droit à un procès équitable), font partie de notre corpus culturel, nous Occidentaux devrions nous montrer exemplaires, afin d'être en mesure de donner légitimement des leçons au reste du monde. Nous devrions effectivement éviter de tuer, que ce soit par bavures dans les commissariats ou par frappes de drones.
Enfin, l'implication, ici chez nous, de fonctionnaires (9), de proches de politiciens (10), de leurs banquiers (11) dans le trafic de drogue devraient nous inciter à beaucoup de modestie.

Le débat reste ouvert, notamment sur Facebook, entre ceux qui veulent sauver Serge Atlaoui du peloton d'execution et ceux qui soutiennent l'Indonésie dans sa politique de lutte contre la drogue.
Mais la priorité de Hollande, Valls et des autres ne devrait-elle pas être la promotion des valeurs libérales, dont l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs, y compris et avant tout ici, chez nous, en France, aussi bien qu'en Indonésie ? 




(2) Le Parisien Indonésie : pourquoi le Français Serge Atlaoui est condamné à mort 23 avril 2015
(3) Le Monde Indonésie : Hollande parle de « conséquences » en cas d'exécution de Serge Atlaoui 25 avril 2015
(4) Le Point Soudeur ou dealer : qui est vraiment Serge Atlaoui ? 24 avril 2015
(5) Mali Actu Lutte contre la drogue: La Cellule aéroportuaire anti-trafics/antenne de l’Office central des stupéfiants ouvre ses portes 10 février 2015
(6) Ambassade du Tajikistan en Belgique Cooperation between Tajikistan and the UE
(7) Huffington Post America's Drug War In Latin America Expanding 3 février 2013
(8) BFM TV Serge Atlaoui: les autres Français qui côtoient le couloir de la mort 22 avril 2015
(9) Le Parisien Trafic de drogue : deux policiers de la PAF en garde à vue 25 janvier 2015
(10) BFM TV Le fils d'un élu PS arrêté avec 22 kg de cannabis 5 juin 2013
(11) L'Expansion Blanchiment d'argent: la mécanique bien huilée des frères Elmaleh 15 octobre 2015
(12) Facebook Sauvez Serge Atlaoui du Peloton d'Exécution
(13) Facebook Soutien à l'Indonésie dans sa lutte contre la drogue.

vendredi 13 mars 2015

Alors comme ça, le PS Parisien a laissé tomber l'idée de salle de shoot ?

Vous vous rappelez de l'affaire de la salle de shoot que l'actuelle majorité à la mairie de Paris devait installer au 39 boulevard de la Chapelle dans le Xeme arr ? 
Ça avait fait grand bruit, à l'occasion de l'élection municipale de 2014. Il faut dire qu'Anne Hidalgo avait clairement déclaré son soutien au projet (1), tout comme Rémi Féraud, le maire (socialiste) du Xeme arr (2) qui avait dit qu'il était bête de s'y opposer.

Apparemment, si on en croit le blog Action Barbès, qui a lu le Quotidien du Médecin, le projet est abandonné (3) !



On croit rêver ! 

La salle de shoot, alias salle de consommation à moindre risque, devait se situer en plein cœur du triangle Barbès-Gare du Nord-Stalingrad. 

L'idée à la base, n'était pas stupide : partant du principe que les drogués existent, faut-il qu'en plus de leur consommation , qui par définition les met en danger, les toxicomanes se mettent également en risque pour défaut de conditions sanitaires suffisantes, comme c'est le cas lorsque certains utilisent des seringues usagées, par exemple ? 
Et faut-il mettre en danger les riverains, notamment les enfants, avec les déchets sur lesquels les gens peuvent tomber ? 

Une salle de consommation à moindre risque, ce n'est pas un lieu de légalisation de la drogue. C'est juste un lieu où les toxicomanes s'injectant par voies intraveineuses peuvent venir pratiquer leur injection dans des conditions sanitaires et d'hygiène  satisfaisantes ainsi qu'en présence d'un personnel formé.

Autrement dit, une salle de shoot est un lieu qui permet à la collectivité (qui paie quand les toxicomanes vont à l’hôpital pour des pathologies liées à une infection, et non pas à la prise de drogue en elle-même) d’être gagnante (5). 

Mais cela reste aussi un lieu de consommation de drogue, et c'est là où l'expérience était doublement mal partie, comme n'ont cessé de le répéter les riverains, à une majorité socialiste sourde à leurs arguments. 
D'une part, salle de shoot ou pas, la détention et la consommation de drogues sont interdites en France (ça n'a pas été toujours le cas, mais c'est un autre débat (6)). Dans ce contexte, comment peut-on autoriser une sorte de zone franche ? Fallait-il que la police, qui est là pour appliquer la loi, attende sagement à la sortie de la salle de shoot ?
D'autre part, une salle de shoot attire, par définition, des toxicomanes, c'est à dire une population dont, c'est ainsi, personne ne veut comme voisins, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité : en effet, le coût des drogues pousse les toxicomanes à devenir des délinquants. Et, évidemment, les drogues dures favorisent les comportements asociaux (tout comme la consommation excessive d'alcool, d'ailleurs).

Tous ces arguments, le Parti Socialiste parisien les connaissaient, mais les a toujours balayé du revers de la main, traitant les opposants à la salle de shoot du Xeme de ringards, de conservateurs, d'idiots. Ces qualificatifs s'appliquent-ils aujourd'hui au maire du Xeme, Rémi Féraud, et à Anne Hidalgo ? 

En plus, en laissant tomber le projet de salle de shoot qui, répétons le, avait quand même l'avantage d'offrir un lieu plus sûr que la rue, un squatt ou une cage d'escalier à des gens malgré tout en détresse personnelle, le PS va plomber le débat de la dépénalisation de la distribution et de la consommation des drogues douces type cannabis. En effet, les salles de shoot n'adressent pas la question du cannabis, qui, lui, pourrait très bien faire l'objet d'un commerce en bar tabac ? C'est néanmoins désormais peu vraisemblable que ce dossier soit réouvert, par amalgame et ne serait-ce que parce qu'il nécessite un débat national. Peu importe si les expériences chez nos voisins portugais (7) ou plus loin (Colorado) (8) ont montré des résultats positifs. Les partisans de la thèse de la continuité drogues douces/drogues dures auront de toutes façons beau jeu de souligner le fait que même les "progressistes (9)" autoproclamés sont d'accord avec eux.

Il y a deux façons de voir la décision du Parti Socialiste de laisser tomber le projet de salle de shoot : d'un coté, les socialistes ont fini par écouter les riverains. C'est le minimum qu l'on puisse demander à une majorité municipale. Mais de l'autre coté, on voit bien à quel point le PS n'a pas hésité, cyniquement, à mentir, que ce soit sur les économies à réaliser à Paris (10), ou sur des dossiers sociétaux du genre salle de shoot. 
Cela va bientôt faire un an qu'Anne Hidalgo dirige le conseil municipal parisien. Élue avec un programme quasiment identique à celui de sa soi-disante opposante Nathalie Kosciusko-Morizet (11), Hidalgo montre que finalement, elle sait être aussi plus conservatrice que les gens de droite qui critiquaient NKM pour sa timidité. La fin justifie les moyens ? 




(3) Action Barbès Salle de conso : au 39 au pas ? 11 mars 2015

vendredi 20 juin 2014

Le projet de "salle de shoot à Paris" remis sur les rails

Apparemment, le projet de loi santé, en cours de rédaction (1) remet sur les rails le projet d'expérimentation en France de "salle de shoot" (2). Ce projet de salle de shoot est au point mort depuis un avis négatif du Conseil d'Etat en octobre 2013, et il avait suscité une vive opposition chez les futurs riverains (3).

Encore un projet qui va faire du bruit ! En effet, l'opposition parisienne est contre, sur des critères moraux aussi bien qu'en raisons de problèmes objectifs, tandis que le PS va mettre en oeuvre le projet de salle de shoot dans un contexte défavorable. 

Disons le clairement, l'idée de salles de shoot est un bon concept, dans l'absolu. Les drogués existent. Alors, tant qu'à faire, il vaut mieux qu'ils s'adonnent à leur activité dans des conditions sanitaires saines plutôt que dans un contexte qui favorise des maladies opportunes. C'est tout l'objet des salles de shoot (dont le nom proposé par les partisans est "salles de consommation à moindre risque"). Dans ces salles, les drogués utilisent des seringues propres, et accessoirement (pas tant que ça, en fait ...), ces seringues finissent dans les poubelles de la salle, et non pas dans un bac à sable de jardin public où jouent des enfants ...

Cependant, les opposants aux salles de shoot notent que non seulement ce n'est pas aux autorités publiques à aider les drogués dans leurs activités mais qu'il reviendrait plutôt à la collectivité de les aider à sortir de la drogue (argument moral), mais qu'en plus les salles de shoot vont concentrer des populations à problèmes à certains endroits, ce qui va avoir un effet négatif sur l'attractivité du quartier, le prix de l'immobilier, la sécurité, etc (argument économique). 

On peut entendre ces deux arguments, même si le premier relève plus de l'hypocrisie que du réalisme. Déjà, rien n’empêche de mener en même temps des campagnes de prévention contre la consommation de drogue et de favoriser, pour ceux qui en prennent, des modes de consommation moins dangereux sanitairement parlant. Certains diront : "pourquoi parler de santé, alors que la consommation de drogue est par définition dangereuse" ? On pourra toujours leur répondre que c'est toute la vie qui est risquée, et que le risque n'est pas limité à la prise de cocaïne. On peut aussi mourir, étouffé dans son cholestérol, suite à une consommation abusive de vin de de saucisson ? Tout est question de mesure de de proportion. La drogue tue, certes, masi la viande rouge aussi. On pourra aussi ajouter que ce n'est certainement pas à l'Etat de nous dire quoi consommer ou non, mais que c'est plutôt à l'individu, éventuellement aidé de son entourage (parents, amis, etc) à faire ses propres choix dans la vie. 
Que nos amis conservateurs soient un peu cohérents : pourquoi dans le même temps regretter que l'Etat se mêle de dire quoi dire ou quoi penser, pour ensuite s'étouffer quand l'Etat, dans le contexte d'une salle de shoot, s'abstiendrait de dire ce qui est mal ou pas ? C'est à nous citoyens à se mobiliser, non pas contre la drogue, ça n'a aucun sens, mais pour le retour à une vie plus saine de telle ou telle personne que nous connaîtrions !
Le deuxième argument, l'impact sur le quartier, est tout à fait recevable. Personne n'a envie de vivre à coté d'une salle de shoot, surtout quand on habite déjà dans un quartier qui a tant de problèmes, le triangle Gare du Nord-Villemin-Barbès. C'est bien le coeur du problème de ce projet de salle de shoot. Ce n'est pas UNE salle de shoot qu'il faudrait, mais 50 ou 100, afin que consommer à moindre risque des stupéfiants ou substituts soit aussi banal que de descendre au tabac aller chercher des cigarettes. De plus, la politique de guerre contre la drogue, elle, continue, malgré son échec retentissant et son coût démentiel. 40% du temps de travail des policiers et 20% des personnes en prison en France ont un lien, de près ou de loin, avec le problème de la drogue.

Tant que nous poursuivrons cette politique de prohibition qui ne fait qu'enrichir des mafias, il n'y a aucune raison pour que nous citoyens ne continuions pas à payer pour les damages collatéraux de la consommation de drogue : activités illégales et criminelles pour se procurer de l'argent et surpopulation carcérale, sans parler de la Sécurité Sociale !

En parallèle de l'expérimentation, limitée, d'une salle de shoot, c'est la refonte de notre approche du problème qu'il faudrait aborder. 
Comme cela n'a a priori aucune chance de se produire, il est donc cohérent que les habitants du Xeme arr se mobilisent contre la salle de shoot. Dommage mais logique ! Nous ne sommes plus à l'époque où c'était la République, la dealer numéro un (4) ! 



lundi 15 avril 2013

Le débat sur la salle de shoot du Xeme arr

Hier, Serge Federbusch (Parti des Libertés), élu local du Xeme arrondissement, a organisé une votation populaire, tout seul, comme un grand, sur un sujet qui intéresse les habitants du quartier. Grave erreur ! En République Normale et Socialiste, seuls les ministres ont le droit d'avoir une opinion. 


On est donc pas surpris par la réflexion de Rémi Féraud, le maire socialiste de l'arrondissement, qui pense qu'il s'agit d'une opération de communication de l'UMP et non pas une initiative citoyenne. Comme si l'UMP pouvait perdre du temps à se pencher sur des problèmes locaux. Passons.

Les habitants ont massivement dit non à la salle de shoot vers la Gare du Nord. Ont-ils raison ? Oui, et non. 
Evidemment, dans le contexte actuel et au vu de la sociologie des drogués, personne n'a envie d'avoir une salle de shoot en bas de chez lui. Cependant, est ce qu'une salle de shoot est quelque chose de si stupide que ça ? 

Dans un monde idéal, il n'y aurait pas de drogue, et tout ce qui va avec (les maladies liées aux horribles conditions sanitaires dans lesquelles les toxicomanes vivent, la petite délinquance qui permet de se procurer de l'argent liquide, les fraudes à la sécurité sociale etc). Mais nous sommes dans le monde réel, et on sait aussi qu'il ne sert à rien de lutter contre la toxicomanie. Pourquoi ? A cause de la caractéristique même de l'offre et de la demande de drogue. Pour la plupart des produits, quand leur prix augmente (trop), les gens cherchent des alternatives : trouver un produit de remplacement, moins cher, ou ne plus consommer le produit. Mais quand il s'agit de biens soit vitaux soit de luxe, les choses, tout le monde le sait, ne marchent pas comme ça. Quand le prix de l'eau ou celui des sacs Vuitton augmentent, les gens ne consomment pas moins d'eau ou de sacs Vuitton, ils mettent le prix et se privent d'autres choses.

Pour la drogue, c'est pareil. La police aura beau saisir autant de kilos de drogue qu'elle veut, faire des filatures, surveiller des trafiquants, mettre des gens sur écoute, faire des perquisitions, envoyer des gens en prison, si le client final, le toxico, a décidé de sniffer/se piquer/fumer, alors il y aura juste un dealer qui fournira un produit plus cher que si la police n'avait rien fait. En matière de drogue, la morale classique (pro répression) s'oppose à la réalité. La question que chacun devrait se poser est : étant donné qu'il y a des drogués, est ce qu'il faut minimiser le coût pour la collectivité (donc dépénaliser) et renvoyer les drogués à leurs propres choix, ou bien est-ce qu'il faut sauver les apparences morales, au prix d'un coût démentiel pour chacun de nous ? 

Ceci étant dit, les socialistes n'ont absolument pas l'intention de dépénaliser quoi que ce soit. Valls veille, quand il n'est pas occupé à déloger des Roms (source le Monde), à nettoyer de ses SDF les rues du XIeme arr proche du domicile de son épouse (source Europe 1 le Lab) ou à fuir la Manif pour Tous (source le Parisien). La lutte contre le trafic de drogue est une priorité du gouvernement, comme elle fut celle du précédent, et sera celle du suivant. Il y a donc une contradiction majeure à vouloir ouvrir une salle de shoot dans un quartier déjà connu pour ses trafics tout en poursuivant par ailleurs une politique de répression, sauf pour les directeurs de cabinet (source Corriere del Veneto ou 24h Actu), les ambassadeurs (source Europe 1 le Lab) et autres élites.
Soit on libéralise et on met chacun face à ses responsabilités, soit on maintient le statu quo. En l'absence de vraies perspectives de libéralisations des salles de shoot dans le VIIeme ou le VIIIeme arrondissement, les habitants du Xeme ont été rationnels en refusant une salle de shoot près de chez eux.

dimanche 7 octobre 2012

L'Elysée veut rassurer la communauté juive

Prenez Libération. Ils disent : François Hollande s’est employé dimanche à rassurer les juifs de France, après le démantèlement d’un groupuscule islamiste soupçonné d’une attaque antisémite le 19 septembre. 11 personnes restaient en garde à vue dimanche. Un autre membre présumé du groupe, l'«objectif principal», Jérémy Louis-Sidney, un converti de 33 ans, a été tué, arme à la main, par des tirs de riposte policiers samedi à Strasbourg. Né à Melun, Louis-Sidney était aussi un petit délinquant tombé dans le radicalisme islamiste. Condamné à Grasse en 2008 dans une affaire de stupéfiants, il n'était connu que depuis le printemps de la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), selon le parquet de Paris.

Si on en croit Métro, trois des personnes interpellées ont un casier judiciaire pour des affaires de trafic de drogue, de vol et de violence.

Il y a trois conclusions immédiates à tirer de cette affaire


  • il est confirmé que la prison est un accélérateur de carrière pour les petits délinquants, en plus d'être un creuset de recrutement d'extrémistes religieux. Apparemment, les hommes politiques, de gauche comme de droite, n'ont pas le temps d'aller au cinéma. Dommage. Sinon ils se poseraient la question de la pertinence de la surpopulation carcérale et de l'efficacité des peines de prison préventive et répressive.


  • les terroristes islamistes sont bien sur le point de gagner leur guerre. Evidemment, ils ne battront jamais des pays comme la France ou les Etats Unis sur le strict plan militaire, leur objectif n'est pas la. Leur but est de ramener nos libertés au niveau zéro. Et à chaque fois que nous adoptons une législation anti terroriste, un "Patriot Act", une exception au droit comme les 96 heures de garde à vue pour les terroristes présumés en France (ou des zones type Guantanamo Bay aux Etats-Unis), nous fournissons un prétexte aux futurs martyrs en plus de créer des outils de surveillance qui se retourneront contre tous les citoyens. 
Dans ce contexte de moyens inadaptés à l'enjeu de la lutte contre le terrorisme islamiste, est ce que la communauté juive sera vraiment rassurée ?  Enfin, n'oublions pas les attaques contre les autres religions  notamment les actes christianophobes qui se multiplient sans que jamais l'Elysée veuille rassurer la communauté chrétienne. 

jeudi 16 juin 2011

Legalize !

En dépit du débat qu'ont lancé les socialistes, très en forme en ce moment, entre le teuteu et le mariage gay, initialement, chez les libéraux, on avait choisi de la jouer profil bas sur le sujet. Déjà, nos "amis" nous attendent sur le sujet, toujours prêts à sortir le témoignage d'un député effaré, comme en Janvier dernier dans Valeurs Actuelles (voir Alternative Libérale-Nouveau Centre : alliance contre nature, dixit Valeurs Actuelles ?) .
D'autre part, il y a vraiment des sujets plus importants que les thèmes purement sociétaux. La crise de la dette publique, la menace de la Chine communiste et de ses alliés, les impots beaucoup trop élevés sont vraiment plus importants.

Toutefois, et comme l'Heretique revient sur le sujet (quelle idée, aussi, de bloguer pour Marianne !), juste un rappel des termes du débat.

La drogue, c'est pas bien. Personne ne contestera ceci. Et personne n'a envie de voir un membre de sa famille addict à un produit stupéfiant, de la beu à la cocaïne, en passant par le whisky ou le xanakse (faute d'orthographe volontaire, histoire de ne pas citer un produit copyrighté). Et dans l'écrasante majorité des cas, les libéraux, favorables à la libéralisation, sont aussi et surtout favorables à la prévention et à la main tendue vers les personnes en difficulté, corollaire de la liberté et de la responsabilité individuelle.

Maintenant, au delà du problème moral qui consiste à tracer une ligne artificielle entre ce qui est légal et ce qui ne l'est pas, de quoi se plaignent les français ?

Ils sont certes 90% à refuser la libéralisation de la drogue, ce qui est logique, mais ils sont aussi 100% à se plaindre de l'insécurité et de l'explosion des impots. Ils seraient aussi 100% à se plaindre de la surpopulation carcérale s'ils ne fermaient pas les yeux sur cette honte qu'est notre administration pénitentiaire.

Les stupéfiants, c'est

-  8% de toutes les condamnations prononcées par les juges
- 40% du temps de travail policier
- 20% des causes d'incarcération

les français doivent comprendre qu'il existe en gros trois genres de produits

- ceux qu'on achètent plus quand le prix baisse : si votre fabriquant de Yop préféré passe la bouteille à 1,50 euros au lieu de 2 euros, vous allez en acheter plus, et inversement.
- ceux qu'on achètent plus, quand le prix monte : tous les produits de luxe ("pas assez cher, mon fils")
- ceux qu'on achète quelque soit le prix, une fosi qu'on est clients : alimentation quotidienne, essence, péages autoroutiers, canna, héro etc

La lutte contre la drogue ne diminue pas la consommation, mais fait augmenter les prix.

Or, si on veut une police et une justice efficace, c'est évident qu'il faut commencer par :

- diminuer les sources de délinquances, dont les vols pour se procurer de l'argent pour acheter de la drogue
- arrêter d'envoyer des jeunes en prison, qui est au petit délinquant ce que les MBA sont aux controleurs de gestion, de très bons accélérateurs de carrière
- arrêter de donner des incentive aux trafiquants. Plus l'Etat s'acharne à détruire leur commerce, plus leur risk reward augmente, et les revenus qui vont avec.

Dans ce domaine comme dans d'autres, l'Etat doit s'effacer et les gens doivent reprendre leur vie en main, car ils peuvent le faire. C'est aux familles à prévénir leurs enfants des dangers, pas à des lois dont les effets pervers (surpopulation carcérale, création de principautés narcocratiques, agressivité policière) sont pires que le mal qu'elles prétendent combattre. Ayons confiance en le bon sens et la bonne volonté des gens.


Pour poursuivre
Chifres clefs de la justice http://www.justice.gouv.fr/_telechargement/doc/Chiffrescles_2010_fascicule_detaille.pdf

Sinon, pendant qu'on discute drogue et mariage gay, l'armée de la République Populaire de Chine réorganise l'espace aérien d'Asie du Sud, cherche à se doter d'un porte-avions ou admet (!) pratiquer le cyberwarfare.