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lundi 29 février 2016

A quand la suppression du délit d'outrage ?

Liberté, égalité (de tous devant la loi), fraternité. 
Dans notre pays tant épris d'égalité et qui est fier d'avoir assassiné les rois, c'est quand même étonnant que, selon l'Article 433-5 du code pénal,  

"Constituent un outrage puni de 7 500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie."

C'est le fameux "outrage à agent", si souvent dégainé par la police. 

Ne serait-ce pas une mesure de justice, une mesure d'égalité, que de rendre la parole des citoyens aussi audible que celle des fonctionnaires ? 
En attendant de supprimer le statut de la fonction publique, pourquoi ne pas supprimer le délit d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public ? 

Au moment où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, on sur-arme, à tort ou à raison, la police nationale ou municipale, tout en déniant au citoyen lambda le droit de s'armer, lui aussi, pour protéger sa vie et celle des siens plutôt que de composer le 17 et attendre que quelqu'un réponse, comment accepter que, dans la réalité, il y ait deux France sur le plan de l'expression : celle qui a le droit de parler, et celle qui a le droit de la fermer ? 

Ce syndicaliste CGT qui a certes tenu des propos insultants envers le Premier Ministre (1), nous rappelle que comme dans les régimes les moins recommandables de cette planète, il n'est pas recommandé de commettre de crime de lèse-majesté. 
C'est. ça, la République ? C'est ça, la "gauche" ? C'est ça, l'égalité ? 

La dépénalisation du délit d'outrage n'est pas une lubie isolée de blogueur ultra libéral ;-), c'est une proposition de la Ligue des Droits de l'Homme (2) . Le fait que Sarkozy ne soit plus président de la République depuis 4 ans maintenant ne doit pas nous faire oublier l'actualité sans cesse renouvelée d'une telle proposition. 
Et que les amis de la droite républicaine, attachés à l'ordre, se rappellent qu'eux aussi peuvent être victimes de la police. Ils n'ont toujours pas compris que l'outrage à agent ne concerne pas que les racailles non intégrées des banlieues chaudes (3). 
C'est toujours étonnant, trois ans après la répression de la Manif pour Tous, ou, à une échelle infiniment plus grave,  74 ans après la Rafle du Vel d'Hiv, de voir que certains, à droite, s'étonnent du fait que la Police, en tant qu'institution, n'a hélas pas toujours des états d’âmes, elle n'a que des ordres, et des missions, et elle n'a pas d'affect, mais des armes, létales ou judiciaires, le tout au service du pouvoir du moment. 






lundi 15 février 2016

Prison contre les signalements de contrôleurs RATP sur Internet !

Il ne s'agit pas d'une information type Gorafi ou autre site parodique. 

Oui, le parlement vient de voter ceci : Les auteurs d’applications dédiées ou de comptes Twitter qui retweetent les signalements de contrôles RATP ou SNCF auront à tenir compte de la disposition suivante : « le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, tout message de nature à signaler la présence de contrôleurs ou d’agents de sécurité employés ou missionnés par un exploitant de transport public de voyageurs est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende ».(1) Oui, carrément de la prison pour avoir organisé la surveillance du service public, alors qu'en ce qui concerne les usagers, le fait de prendre le métro  expose à la videosurveillance de la RATP, pour ne signaler que ce seul mode de surveillance. 

Mais si on ne laisse pas les contrôleurs faire leur travail, comment on lutte contre la fraude, dirons certains ? 

Il y a trois types de réponses possibles. La première, c'est le développement de l'appétence à payer de la part des clients, sachant que de toutes façons, le prix du ticket ou celui du Pass Navigo est trop bas, et est très loin de couvrir les besoins de la RATP (2). Il conviendrait donc que les fraudeurs, quelque soient leurs raisons, intègrent en eux le caractère civique de l'achat de tickets. Ce civisme doit s'étendre à la prise de conscience individuelle de la nécessité de ne pas se déplacer quand on a pas d'argent (ou la volonté de payer) pour le faire. C'est à cette seule condition que la fraude disparaîtra. 

La deuxième raison, c'est évidemment la privatisation de la RATP, la mise en concurrence des lignes de bus et de métro et le futur développement, non pas des transports en commun, mais des modes de transports publics individuels, comme les voitures en location type Autolib ou les futures voitures et bus sans chauffeurs. Ces modes de transport permettront des trajets individualisés et ne nécessiteront plus d'énormes monopoles publics pour les gérer. A ce titre, regrettons que ce thème de campagne porté par la liste d'Aurélien Véron et Karine Madar (3) aux dernières régionales n'ait pas pris dans le débat public.
De toutes façons, la lutte contre la fraude coûte autant que ce qu'elle rapporte. De plus, elle est parfois menée dans des conditions de totale asymétrie entre les agents et les usagers (4). 

La troisième consiste à imaginer des peines alternatives à la prison. S'il existe un consensus en Ile de France pour lutter contre la fraude dans les transports en commun tout comme il a existé un consensus pour lutter contre la prostitution dans certaines villes américaines en exposant les photos des plaques des voitures des clients, pourquoi ne pas essayer le name & shame des fraudeurs ? 



Mais puisqu'on parle de contrôles et de prison, pourquoi les députés, toujours majoritairement de gauche à l'Assemblée Nationale, n'ont pas légiféré contre les contrôles au faciès, une promesse du candidat Hollande ? 

source Direct Matin

Puisque les prisons françaises sont déjà surpeuplées, notamment en région parisienne, pourquoi les parlementaires n'ont pas décidé un plan de construction d'établissements pénitenciers ? 


Et puisqu'on veut envoyer les délinquants en prison, pourquoi Sylvie Andrieux, députée, n'est toujours pas en prison, bien qu'elle ait détourné 700 000 euros et que la justice l'ait condamnée pour cela ? 






(3) Ingrid Amprou Transports et développement économique en Île de France : 22 novembre 2015 

mercredi 27 janvier 2016

Taubira démission ? Urvoas poursuivra son action (en pire !)

Il y a des démissions plus attendues que les autres (1). Il n'y a qu'à voir le fait que #Taubira est en #TT ce matin et risque de le rester un moment.
Florilège.



Cependant, il n'est vraiment pas certain que Hollande, le vrai responsable, ait gagné au change. Christiane Taubira avait une certaine popularité, autant du fait de son éloquence que de ses convictions. 





Maintenant, sur le fond, qu'attendre ? 

Rappelons quand même que le rôle du ministre de la justice, le garde des Sceaux, c'est d'être responsable de la gestion des juridictions, de présenter devant le Parlement les projets de réforme relatifs au domaine judiciaire, de diriger l’administration judiciaire, sans avoir une autorité directe sur les magistrats du siège, et enfin d'établir un projet de politique pénale qu’ils sont chargés de mettre en œuvre.
Rappelons aussi que la France se veut quand même être un pays démocratique et une république où les citoyens sont protégés par une Constitution, y compris en ce qui concerne le principe de séparation des pouvoirs

Quel était le projet de politique pénale de Christiane Taubira, si ce n'est que de louvoyer entre divers écueils : 

  • sa volonté personnelle d'établir une justice réparatrice
  • la réalité de la faiblesse des moyens de la justice
  • la nécessité de tenir compte, malgré tout, de l'opinion qui réclame une justice punitive ? 
A ce titre, le tout est un échec, et les critiques fréquemment entendues à droite n'étaient pas forcément pertinentes (1). 


La situation est la suivante : la prison est le parfait lieu de socialisation des petits délinquants au sein du grand banditisme, un must have et un carnet d'adresse. On l'a encore vu en janvier 2015 et en novembre dernier avec les attentats de Paris. 
De plus, la France, le pays des Droits de l'Homme, se caractérise par un irrespect affligeant et dangereux de ses prisonniers. La surpopulation carcérale et les conditions d'incarcération sont une bombe à retardement pour nous tous. Où est le programme de construction de prisons ? 
Enfin, faute de moyens, les juges parviennent à la fois à renforcer le sentiment d'injustice, de part ce mélange de comparution immédiate pour les petits délinquants, d'impunité, pour retard ou pour vice de procédure, pour les politiciens ripoux présumés (Thévenoud, Andrieux, Balkany, ) et de remise en liberté de gens dangereux.

Quel beau bilan !

A ce titre, il n'y a absolument rien de bon à attendre de Urvoas

D'abord, il y a la question du calendrier. Urvoas présumé franc-mac (comme Taubira, direz-vous) est un socialiste fidèle de Hollande. Va t-il gérer la justice, ou les priorités de Hollande, à un peu plus d'un an de la présidentielle de 2017 ?

De plus, il y a les questions idéologiques. Taubira était opposée à la révision constitutionnelle que nous prépare Hollande. Urvoas, lui, est un soutien actif. La séparation des pouvoirs, ce n'est pas son problème. Urvoas est d'ailleurs présenté dans les médias comme un spécialiste des questions de sécurité, et non pas comme un juriste. Comment ne pourra t-il pas ne pas être d'accord avec Manuel Valls, qui a demandé aux députés de "ne pas faire de juridisme et de voter la prolongation de l'état d'urgence" (3) ?!
L'homme qui a promu au parlement la loi de Programmation Militaire liberticide (4) (rappel : le fisc peut accéder à vos emails) est maintenant ministre de la justice. Pensez-vous qu'il va rappeler la nécessité de maintenir la séparation des pouvoirs ? Bien sur que non. C'est lui qui était d'accord avec le fait que la Loi Renseignement (5) ne faisait que "régulariser des pratiques existantes"
Aujourd'hui, il soutient le projet de déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux (une mesure critiquée par Aubry, Hidalgo, Delanoé ...). Et demain, la déchéance de nationalité pour ceux que la gauche et la droite socialiste qualifient d'exilés fiscaux ? 

Enfin, il y a la question des moyens. Autant nous dépensons trop en services publics divers et variés et autres "aides" sociales, autant la justice a vraiment besoin de moyens financiers, comme le rappellent fréquemment les libéraux. Pensez-vous qu'un collectif budgétaire va subitement émerger, là, alors que Hollande distribue déjà les milliards qu'il n'a pas, pour doter la justice de ressources ? Pourtant, si on veut un état régalien qui fonctionne, il faut commencer par recentrer l'Etat sur ses seules missions régaliennes, comme le rappelle l'association Contribuables Associés (6) !

On ne retiendra pas grand chose de positif de Taubira. Même les personnes qui ont soutenu le mariage pour tous devraient lui en vouloir : où est la PMA ouverte aux couples de lesbiennes ?  Où est l'absence de soumission de la convention franco-marocaine  au fait que la loi marocaine prohibe le mariage entre deux personnes de même sexe ? Où est la légalisation de la GPA en France ? Les couples gays désireux de se marier voulaient surtout accéder à des droits de parentalité. Où sont ces droits ? A ce titre, l'hypocrisie des socialistes, dans ce domaine comme dans d'autres, est hallucinante (7). 
On a eu la LOPPSI2, les lois antiterroristes,  la Loi Renseignement... aujourd'hui,  l'état d'urgence permanent pour masquer l'échec de l'Etat en matière de sécurité.  
Avec Valls à Matignon, Cazeneuve à l'intérieur et Urvoas à la justice, nous avons donc une parfaite task force liberticide en place ! Non, les racailles ne baisseront pas la tête. Non, Sylvie Andrieux n'ira pas en prison alors qu'elle a été condamnée par la justice (7). Oui, l'état d'urgence sera prolongé. Oui, il sera de plus en plus criminel de contester la République le Parti Socialiste et sa politique.
Egalement publié sur Agoravox

Celles et ceux qui se réjouissent de la démission de Taubira oublient que dont la France a vraiment besoin, c'est la démission de Valls et Hollande. 
La manifestation de la Ligue des Droits de l'Homme (9), du samedi 30 janvier 2016, pour demander l’arrêt de l'état d'urgence, reste donc plus que jamais d'actualité.




(1) L'Opinion Christiane Taubira démissionne du gouvernement 27 janvier 2016
(2) Contrepoints Christiane Taubira est-elle laxiste ? 5 novembre 2015
(3) Mediapart Etat d'urgence: à l’Assemblée, le temps des faucons 19 novembre 2015
(4) Numerama Jean-Jacques Urvoas, assumez le vrai contenu de la loi de programmation militaire ! 8 janvier 2014
(5) Numerama Loi Renseignement : Urvoas a fourni une réponse-type aux députés PS 28 avril 2015
(6) Contribuables Associés Attentats Paris : état régalien vs état providence 18 novembre 2015
(7) Le Parisien Libéral #LGBT : les socialistes contre l'égalité 3 février 2014
(8) Le Monde La députée Sylvie Andrieux condamnée en appel 23 septembre 2014
(9) Ligue des Droits de l'Homme Nous manifesterons le 30 janvier 2016/ 25 janvier 2016

mercredi 23 décembre 2015

Des dérives à l'Etat d'urgence ? Quelle surprise !

L'état d'urgence, loi d'exception décrétée après les attentats du 13 novembre, a engendré "un certain nombre de dérives", a dénoncé hier matin le Défenseur des droits Jacques Toubon sur France 2. 
Selon Jacques Toubon, "au fur et à mesure, on va s'apercevoir qu'il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures de restriction de liberté qui ont été prises ont été excessives"(1)

Rappelons que l'état d'urgence est ne forme d'état d'exception qui restreint les libertés. Il « confère aux autorités civiles, dans l'aire géographique à laquelle il s'applique, des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes ». Il dessaisit la justice de certaines de ces prérogatives. Contrairement à l'état de siège, il n'implique pas les forces armées.
le ministre de l'intérieur, à Strasbourg, le 28 novembre
Source : Yahoo ! News

Autrement dit, en en plus simple, l'action de la police est simplifiée, par l'absence de nécessité de contrôle d'un juge. 


Mieux : le Conseil Constitutionnel, oui, le Conseil Constitutionnel, l'autorité qui ne se situe au sommet d'aucune hiérarchie de tribunaux, ni judiciaires ni administratifs, et qui est chargé de l'étude de la conformité à la Constitution des lois et de certains règlements dont il est saisi, vient de valider une des applications parmi les plus controversées de l'état d'urgence, les assignations à résidence de militants politiques, écologistes en l’occurrence. 
Rappelons que, parce qu'ils pouvaient représenter une menace pour la COP 21 en raison de leur opposition aux idées du gouvernement, des personnes sont donc forcées de rester chez elles et d'aller pointer au commissariat trois fois par jour. 


Mais, direz-vous, qu'est ce que tout cela peut bien faire ? Après tout, les attentats du 13 novembre ont bien existé. Il y a bien un terrorisme djihadiste contre lequel il faut lutter. Et, si les juges du Conseil Constitutionnel estiment qu'une assignation à résidence ne constitue pas «une atteinte disproportionnée» à «la liberté d’aller et de venir», ne restons-nous pas dans le cadre d'un état de droit ? 
Il y a quand même quelques problèmes liés à cette situation. 


1. La gauche socialiste et écologiste française adopte le langage de Georges W. Bush.

Le premier des problèmes, le moins grave pourrait-on dire, est lié au décalage entre  les raisons pour lesquelles Hollande a été élu président en 2012, et son positionnement politique actuel. Hollande n'a t-il pas gagné contre Sarkozy notamment parce que ce dernier, avec la Loppsi, Hadopi, l'admiration pour W. Bush ou les bavures policières, semblait être une menace pour la démocratie ? Comment, aujourd'hui, Hollande peut-il, rétrospectivement, nous expliquer que lui protège les valeurs françaises là où son prédécesseur les bafouaient ? Qui a adopté la Loi de Programmation Militaire liberticide ? La Loi Renseignement ? Qui a maintenu les extensions au secret défense crées sous Sarkozy ? Qui lance la France dans des expéditions militaires punitives ? Autrement dit, Hollande ne rend-il pas hommage à ceux dont il disait se défier (3) ?  


2. La lutte anti terroriste nous fait faire n'importe quoi. 

Depuis le 13 novembre, le plan Vigipirate, en vigueur depuis 1991, est encore renforcé, et des mesures de sécurité sont en vigueur partout sur le territoire, notamment dans les commerces ou dans les transports en commun. 
Logiquement, chacun se dit qu'"il faut bien faire quelque chose".  Mais faut-il faire des choses coûteuses et illogiques, comme l'installation de portiques de sécurité sur les quais d'accès au Thalys, dans le seul but de faire de l'affichage politique (4) ? La SNCF va dépenser 5 millions d'euros par an pour mal sécuriser les deux quais de départ du Thalys. "C'est une dépense politique inutile, imposée par Ségolène Royal, qui contrevient à l'esprit du Thalys, le train de la liberté de circuler dans la zone Schengen, et que personne, bien sûr, n’a le droit de contester", note le journaliste de BFM Business, Stéphane Soumier. 


Faut-il étendre les portiques de sécurité à... par BFMTV

Juste une question pratique : est-ce que vous pensez que les gardes, armés, de Royal, Hollande et des autres, passeront, eux, au detecteur de métal sous les portiques de sécurité ? 


3. L'état d'urgence de 3 mois, ce n'est que le début 

Le 17 novembre, on nous a dit que l'état d'urgence durerait trois mois.
Aujourd'hui, non seulement la révision constitutionnelle pourrait permettre de pérenniser cet état de fait, mais en plus, la garde des sceaux, Christiane Taubira, veut autoriser les perquisitions de nuit hors de l'état d'urgence (5). Autrement dit, le retour à la "normale", c'est à dire à la situation antérieure, ne semble pas au programme. 

Mais, qu'est ce que des portiques de sécurité ou des perquisitions de nuit peuvent faire, si on a "rien à se reprocher" ?
Admettons que les "bavures" liées aux perquisitions faites dans le cadre de l'état d'urgence n'en soient pas. Après tout, pour le moment, seuls des radicaux proches des islamistes semblent se plaindre (6).
Simplement, on sait c qu'il advient. D'abord les locaux de l'ONG controversée Baraka City, "pro palestinienne", ensuite des simples femmes voilées que les policiers, d'après leurs dires, auraient insulté et tripoté (7) (allo, les féministes de gauche, vous êtes où ?)
Ne serait-il pas temps de relire le poème de Niemoller et de se dire que, si la France n'est pas le régime national socialiste de l'Allemagne des années 30, le meilleur moyen pour que nous ne le devenions pas réside précisémemment dans la fermeté sur les principes et valeurs ?
A droite non plus, on entend rien. Pourtant on sait, depuis la Manif pour Tous, que la police n'est pas forcément l'amie de peuple (8).



Ne nous laissons pas avoir par la diversion sur la déchéance de nationalité, même s'il est un peu hallucinant que Christiane Taubira aille en discuter en Algérie avant de venir s'expliquer dans les médias nationaux. Oublions même le fait qu'il s'agit d'une mesure que le Parti Socialiste présentait comme étant d'extrême droite, il y a quelques années seulement. 
Le fait est que l'essentiel de l'état d'urgence est validé et que la France est donc devenue un régime d'exception, dans lequel la séparation des pouvoirs est devenue une référence théorique. Ne lit-on pas des nouvelles du type "le gouvernement va légiférer" ?

Oui, l’exécutif légifère au lieu d’exécuter. On se demande bien pourquoi on élit des législateurs.



Nous sommes dans la période de Noêl, et les français ont d'autres préoccupations que l'indignation contre des lois qui, de prime abord, apparaissent comme étant une réponse juste aux attentats du 13 novembre 2015. Mais, des journalistes et des juristes nous disent que les dérives sont la. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ...!




samedi 21 novembre 2015

Qui attaque vraiment le mode de vie français ?

Dans son discours à l’Assemblée nationale jeudi 19 novembre pour l’examen du projet de loi sur l’état d’urgence, le Premier ministre Manuel Valls a déclaré: «Le terrorisme a frappé la France, pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est».

C'est vrai que s'attaquer à la liberté d'aller et venir des parisiens, les empêcher de profiter comme avant des terrasses de café ou de salles de concert, c'est bien s'attaquer à un mode de vie.

Mais,qu'est-ce que la France ? Dans notre pays, l'Etat et la Nation sont confondus. Mais en ce qui concerne l'Etat, le mode de vie ne réside t-il pas avant tout dans la séparation des pouvoirs et dans l'Etat de Droit ?

Les lycéens français de première (1) apprennent que les conditions de l’Etat de droit impliquent trois dispositifs essentiels :
  • L’existence d’une Constitution et d’un contrôle de la constitutionnalité des lois.
  • La séparation et l’équilibre des pouvoirs.
  • La garantie de la protection de l’espace privé contre les ingérences du pouvoir administratif.


Le site public "La Vie Publique (2)" ajoute que l’État de droit peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. Certes, comme le note Jean-Philippe Delsol, la France, et bien d'autres États avec elle, ont une fâcheuse tendance à confondre, de plus en plus, l'état de droit avec le droit de l’État. L'idée qui tend à prévaloir est que ce qui est bon pour l’État est juste (3). 
Mais globalement, jusqu'à présent, on pouvait se dire que, malgré les quelques ratés (4), le contrôle de constitutionnalité garantissait la présence de garde-fous contre les potentielles dérives autoritaires. Or, dans le cadre de l'adoption de l'état d'urgence, le premier ministre, conscient du fait que sa proposition de loi pouvait receler quelques dispositions inconstitutionnelles (donc opposées aux valeurs fondamentales françaises ...), n'a pas hésité à déclarer, devant des élus de la République : «Je suis dubitatif sur l’idée de saisir le Conseil constitutionnel, Car il y a toujours un risque. Si le Conseil répondait que la loi révisée est inconstitutionnelle sur un certain nombre de points, cela peut faire tomber 786 perquisitions et 150 assignations à résidence déjà faites ».

Autrement dit, Manuel Valls admet ne pas respecter la Constitution.

Daesh s'est attaqué au mode de vie des parisiens et des français. Faut-il vraiment que le gouvernement français suive sur ce terrain ?


Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.


EDIT





(1) Academie de Bordeaux Enseigner «L'Etat de droit» en classe de Première
(2) Vie Publique Qu’est-ce-que l’Etat de droit ?
(3) Wikiberal État de droit
(4) Le Point Loi renseignement : le Conseil constitutionnel nous livre à la surveillance 24 juillet 2015
(5) Numerama Valls demande de ne pas saisir le Conseil constitutionnel sur l’état d’urgence 20 novembre 2015

jeudi 5 novembre 2015

Et si la droite changeait d'angle d'attaque envers Taubira ?

N'êtes vous pas un peu surpris, pour ne pas dire fatigués, d'entendre en boucle les ténors de la droite se plaindre du "laxisme" de Christiane Taubira ?



Regardez un peu l'infographie que font circuler les militants "Jeunes Socialistes". 


Il n'y a rien qui vous interpelle ? 

Le Parti Socialiste se félicite du fait de mettre plus de gens en prison que l'UMP. Allo ? 

Voila un vrai angle d'attaque, si on part du principe que ces chiffres sont exacts : la droite devrait attaquer la gauche, non pas pour son laxisme, mais pour sa volonté de faire glisser notre pays vers une société de type soviétique. Rappelons quand même qu'en prison, un tiers des détenus sont en attente de procès, et que la France, pays des Droits de l'Homme, est plus proche de la Turquie de Midnight Express avec ses prisons surpeuplées (1), que de la Norvège ou du Luxembourg (oui, il y a une prison au Luxembourg). Voila un vrai angle d'attaque : la France promeut,  y compris par la force, de par les guerres de Hollande en Afrique et au Moyen Orient, des Droits de l'Homme qu'elle n'applique pas chez elle.

De plus : Bernard Cazeneuve se félicite d'expulser plus d'immigrés qu'Hortefeux. 
Les maires socialistes (Paris, Lille, Nantes) expulsent des Roms .
Valls tient des propos que même Marine le Pen n'a pas eu en public, envers les Roms toujours ou envers les white, les blancos (vs les blacks, les negros ?)
Le nombre de bavures policières entrainant la mort (Rémi Fraisse, Amadou Koumé) augmente, sans que personne, y compris la droite, ne réagisse.
La police aux frontières de Roissy retient pendant 5 jours une petite fille (2) soupçonnée d'être une clandestine (et personne à gauche ne s'indigne).

N'est-ce pas l'angle d'attaque qu'il conviendrait d'adopter, pour peu que la dignité humaine, puisqu'il en est question ici, puisse à ce point être politisée ? 

Comment des gens comme Wauquiez qui soutiennent la Manif pour Tous peuvent-ils oublier le fait que non seulement la police n'est pas de facto l'amie de la droite, mais qu'en plus, en terme de la laxisme de la justice, on avait vu mieux ? On t-ils oublié Nicolas Bernard Busse ? 

Arretons de parler de laxisme ! Si Fillon, Hortefeux et Dati avaient fait ne serait-ce que 10% de ce que Valls, Cazeneuve et Taubira se permettent, et ce dans un contexte dans lequel les juges défendent leur indépendance, la presse hurlerait au fascisme !

Alors, dirons les militants de droite, il n'y a pas que le laxisme judiciaire supposé de Taubira, il y a aussi son indépendantisme Guyanais. Mais la encore, allons au delà des mots, et voyons les faits. Les DOM-TOM n'ont rien d'indépendants, et l'action politique de Taubira en Guyane n'avait rien d'indépendantiste. La gauche a le jacobinisme dans son ADN, et Christiane Taubira ne fait guère exception.Mieux : la droite devrait au contraire soutenir tous les indépendantismes, puisqu'ils sont une réponse au centralisme républicain que défend contre vents et marées l'actuel gouvernement. 

Pourquoi ne pourrait-on pas rêver d'une Guyane vraiment indépendante, ou d'une Bretagne, d'une Flandre, d'une Ile de France, d'une Savoie, d'une Alsace, d'un pays Basque libres, au sein d'une Europe fédérale ? Voila qui constituerait l'exact contrepoint du projet politique porté par la gauche et mis en oeuvre par l'actuel gouvernement, et la campagne des régionales pourrait être le cadre de ce débat. 
Mais non. La droite préfère être plus royaliste que le roi plus dirigiste et jacobine que le Parti Socialiste, et préfère défendre, à l'unisson de la gauche, l'idée d'un pays "anti laxiste", y compris au détriment des libertés, et ultra centralisé. 
Evidemment, attaquer Taubira sur sa politique jacobine et liberticide forcerait à reconnaître que non seulement l'UMP a échoué sur ces deux points, y compris sur la sécurité quiu tenait tant à coeur à Sarkozy, mais qu'en plus, faute de projet alternatif, elle préfère être un parti socialiste de plus. Pas sûr que la remise en cause se produise, dans ces conditions ...


(1) Le Monde Prison : la France condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme 26 avril 2013
(2) Politis Cinq jours en centre de rétention, seule... à trois ans et demi ! 11 juin 2015

jeudi 29 octobre 2015

#AirCocaine : une bonne nouvelle, et des questions

L'affaire « Air Cocaïne » est une affaire judiciaire qui débute en mars 2013 à l'aéroport international de Punta Cana en République dominicaine. La police locale avait saisi 25 valises, soit 700 kg de cocaïne dans un jet privé transportant deux passagers. Quatre citoyens français, les deux passagers et les deux pilotes de l'appareil où a été trouvée la drogue, ont été inculpés dans le cadre de cette affaire et passent en jugement avec d'autres inculpés locaux devant la justice dominicaine. Elle trouve un nouveau tournant avec l'exfiltration privée des deux pilotes. 
Vous avez lu le récit de cette rocambolesque évasion (1), il est hallucinant. Gageons que ses organisateurs revendront les droits à Hollywood pour tourner un nouveau Midnight Express. Mais au delà de l'opération en elle-même, notons qu'il y a une bonne nouvelle, mais aussi des questions. 

La bonne nouvelle, c'est que, malgré 

  • la surveillance généralisée du monde entier par la DCRI (2)
  • le tracking des bateaux (Marine Traffic) et des avions (Flighradar)
  • les dispositifs de contrôle des frontières, notamment en ces temps de Vigipirate ++++
  • la vidéosurveillance couplée à la reconnaissance faciale
  • l'existence de fichiers de personnes recherchées
et bien malgré tout cela, il reste possible de naviguer dans la mer des Antilles,dont la surveillance est une top priorité pour la DEA, puis traverser l’Atlantique, l'océan le plus surveillé du monde, et de se poser en France, tranquillement, sans problèmes. 

Les questions, évidemment, résident dans les conditions de réalisation de cet exploit : les services secrets et l'armée sont-ils à ce point en roue libre que leurs opérations, au jour le jour, échappent totalement à le Drian (il est vrai occupé à gérer plusieurs guerres et une campagne électorale en Bretagne) et à Valls (trop préoccupé par la lutte contre le FN) ? 
Est-il possible de payer des douaniers pour qu'ils ferment les yeux, ce qui expliquerait pourquoi, en terme de corruption, la France n'est pas la mieux classée, au sein des démocraties occidentales, par Transparency International (3) ? Et si aucun douanier n'a été payé, comment les deux pilotes ont embarqué, étant donné que  les territoires d'outre-mer ne font pas partie de l'espace Schengen ? Est-ce que, comme dans la ferme des animaux, certains seraient-ils plus égaux que d'autres ? 

Si jamais vous voulez transporter plusieurs centaines de kilos de drogue, pensez à avoir un solide réseau d'amis parmi les forces armées françaises, ça pourra toujours servir. 
Et au delà de l'ironie, une mesure utile que pourrait prendre immédiatement le Quai d'Orsay consiste en la diffusion de l'information sur les systèmes judiciaires locaux auxquels les français, businessmen ou touristes, pourraient être confrontés. Oui, il est risqué de voyager hors d'Europe. Même en pointant les manquements chez nous, force est de constater que, malgré tout, l'UE est et reste ce qui se fait de mieux en matière de respect de la personne et de ses droits.
Après tout, peut être que moins de français iraient dans certains pays touristiques en vogue s'ils étaient effectivement informés du fait que la corruption de la police locale les met objectivement en danger. 
On espère quand même que les pilotes, qui ne seront pas extradés vers la République Domicaine, puisque la France n'extrade pas ses nationaux (sauf s'ils s'agit de militants basques coupables de délits d'opinion) sont effectivement innocents et victimes d'une ignoble machination. Parce qu'après ça, on aura beau jeu d'expliquer que la lutte contre le trafic de drogue est une de nos priorités. 




dimanche 13 septembre 2015

La France en danger : Xavier Bertrand s'évertue à le prouver

Des raisons de ne pas en croire ses yeux, l'actualité n'en manque pas.
Mais parfois, les compteurs sont explosés.

Aurait-on pu imaginer qu'un député maire, ancien ministre, Xavier Bertrand propose de fusionner ministères de la Justice et de l'Intérieur dans un ministère de l'Autorité (1) ?





Non vous ne rêvez pas.  

Un gaulliste, un élu de la droite dite modérée,  propose de s’asseoir sur la séparation des pouvoirs, qui n'est juste que l'un des fondements des démocraties occidentales depuis Montesquieu (2).

Il nous propose un schéma institutionnel digne de 1984, dans lequel le "ministère de l'amour" (Miniamour) s'occupe de la torture, souvenez vous d'Orwell (3) : « … quatre ministères se partageaient la totalité de l’appareil gouvernemental. Le ministère de la Vérité, qui s’occupait des divertissements, de l’information, de l’éducation et des beaux-arts. Le ministère de la Paix, qui s’occupait de la guerre. Le ministère de l’Amour qui veillait au respect de la loi et de l’ordre. Le ministère de l’Abondance, qui était responsable des affaires économiques. Leurs noms, en novlangue, étaient: Miniver, Minipax, Miniamour, Miniplein.»

Monsieur Bertrand se plaint du fait que la justice relâcherait trop de prévenus interpellés par la police. En a t-il discuté avec Claude Guéant ? A t-il évoqué le sujet avec Sylvie Andrieux ? Eux ont été vus par la police, mais ils sont toujours dehors. Xavier Bertrand n'a t-il, au contraire, jamais entendu parlé des comparutions immédiates, procédures qui ne sont jamais appliquées aux quelques hommes politiques UMP Les Républicains comme Parti Socialistes qui se trouveraient être des menteurs/fraudeurs/voleurs/violeurs ? 

Certes, Xavier Bertrand (Les Républicains) ne nous prend pas par surprise : lui et son parti politique ont toujours préféré la république à la démocratie. Après avoir, entre 2007 et 2012, étendu le champ d'application du secret défense ou après avoir crée la Hadopi, l'UMP/Les Républicains ont voté, en 2015, au coté du Parti Socialiste, leurs soi-disant adversaires, la Loi Renseignement (4), une loi qui, rappelons le, permet à des fonctionnaires de police de se passer de l'avis d'un juge pour faire des écoutes . 
Franchement, si on pense que tout ne va pas bien en France, pour autant, nous ne voulons pas vivre dans un pays encore pire. Nous n'avons pas besoin de fusionner ministères de la Justice et de l'Intérieur dans un ministère de l'Autorité, nous avons besoin que les juges et les politiques fassent au contraire respecter la séparation des pouvoirs,

Avec des hommes politiques tels que Xavier Bertrand, on se dit que, vraiment, ce ne sont pas les djihadistes qui font peser la plus grande menace sur notre pays. 





(3) Wikiberal 1984 (roman)

mercredi 19 août 2015

Drogues : de plus en plus de "saisies record"

Avez-vous remarqué comme on assiste, en matière de drogue, à un nombre croissant de "saisies record" ?  42,7 tonnes de cannabis en Méditerranée il y a un an, 420 kilos de cocaine à Orly,

Le bon sens pousserait en première approche à se féliciter de ces saisies. Après tout, de la drogue saisie, c'est de la drogue non consommée (enfin, tant que les policiers ne se servent pas dans les scellés ...), et de la drogue non consommée, c'est des gens qui n’abîment pas plus leur santé, des familles qui connaissent un répit, des drogués qui cessent momentanément leurs actes de délinquance commis pour se procurer de l'argent, etc ...

Simplement, les économistes ne parlent pas pour autant de bonnes nouvelles. Ils se disent plutôt que si les saisies record augmentent, c'est que les quantités en circulation augmentent. D'ailleurs, ne remarque t-on pas que ces "saisies record" ne concernent plus uniquement la Seine Saint Denis ou Marseille mais sont aussi désormais situées en Ardèche ou à Brest ?

La lutte contre les stupéfiants et drogues illicites ont beau faire parti du storytelling gouvernemental, peut-être que l'échec de ces politiques devrait conduire à envisager des alternatives, comme, d'une manière ou d'une autre, la légalisation.


lundi 10 août 2015

Les prisons, on en parle ?

Il y a un sujet sur laquelle la classe politique évite généralement de se prononcer, c'est l'état des prisons françaises.
Or, il est honteux.

Prenez, par exemple, le sujet que l’Observatoire international des prisons (OIP) a porté en référé, mercredi 29 juillet, devant le Conseil d’Etat (1) : a t-il fait l'objet d'une journée de polémique au même titre les performances de Chris Froome ou les photos d'Aurélie Filipetti et Arnaud Montebourg ? Non. Et la classe politique ne s'est pas vraiment emparée du sujet. Pourtant, elle devrait. 

D'une part, Il n'y a globalement jamais eu autant de monde, en France, en prison. Les stats sont formelles, il n'y a pas eu de rupture majeure entre le très décrié tandem Bernard Cazeneuve - Christiane Taubira et leurs prédecesseurs UMP : il y a toujours plus de 0,1% de la population du pays qui séjourne en prison. Certes, y a des peines non exécutées.  Mais notons que 66270 personnes étaient incarcérées en France au 1er janvier 2015. La population carcérale est nettement supérieure à ce qu'elle était il y a 10 ans, puisque le nombre de détenus était de 58231 au 1er janvier 2005, soit environ 8000 de moins (2). 
Au 1er juillet 2015, 66.864 personnes étaient incarcérées en France, ce qui représente une baisse de 2,1 % par rapport au mois de juillet 2014 (68.295). Au 1er juin 2015, il y avait 66.674 personnes incarcérées, ce qui représente une hausse mensuelle de 0,3 %. (3)
On parle donc de baisse de 2%, pas de 10% ou 20%. 

D'autre part, l'état des prisons françaises est critiqué par les organisations. Au 1er juillet 2015, le parc pénitentiaire comptait 57.759 places opérationnelles et le taux de densité carcérale est de 115 %. Autrement dit, on manque de prisons. Outre le fait qu'il n'y ait pas assez de places, l'insalubrité est un qualificatif qui revient fréquemment dans les rapports des observateurs. On peut donc dire que, si la mission des prisons est de punir mais aussi réinsérer les individus après qu'ils aient payé pour leurs erreurs, alors l'état des prisons françaises est un danger pour nous tous. 

L'acception générale, en matière de prison, consisterait à dire que c'est bien fait pour les détenus, qu'on ne se retrouve pas en prison par hasard, qu'il faut quand même avoir franchi un certain nombre de limites. C'est vrai. Tout le monde ne vole pas, ou ne se transforme pas en criminel. Mais le fait est que tout le monde, à part les députés bien sur,  peut risquer d'être confronté au système carcéral, à moins, évidemment, de mener une vie parfaitement conforme aux desiderata du pouvoir. 
Prenons par exemple Nicolas Bernard-Busse, étudiant, militant de la Manif pour tous, condamné à quatre mois de prison pour faits de rébellion et de refus de prélèvement ADN
Cela ne vous interpelle t-il pas ? 
Si ce jeune est allé en prison, c'est donc bien suite à la combinaison de l'existence de l'Orwellien FNAEG (au début, crée juste pour les violeurs, pas la gauche, et renforcé et élargi par la droite), du zèle policier qui sort des outrages à agent à tout bout de champ et de la justice expéditive en correctionnelle (4). 
Sans aller jusqu'à la prison, combien de français ne se sont pas retrouvés un jour face au défi de l'outrage à agent, où la parole du policier pèsera toujours plus lourd que celle du civil ? 

Dans notre pays, il n'y a que Sylvie Andrieux, la députée ex socialiste, pour être condamnée à de la prison mais ne pas avoir à se confronter à la réalité de l'univers carcéral (5). Pour les autres, le risque existe. 

Dans un pays non pas idéal mais au moins en ligne avec ce qu'on attend de l'état, nos impôts devraient servir à financer l'excellence de l’exécution des missions régaliennes. La plupart des français, même ceux atteints de manière aiguë par le ras le bol fiscal, sont d'accord pour que les impôts servent à financer une police respectueuse et efficace, une justice rapide, une diplomatie qui promeut nos valeurs et des prisons dignes. 
Est-ce trop demander que de souhaiter que l’exécutif s'empare enfin du sujet des prisons, afin que les détenus soient traités de manière juste, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des français ? Faut-il rappeler le role de la prison dans nombres d'affaires où un ex petit délinquant s'est transformé en criminel ou en terroriste ?



(1) Le Monde / Libertés surveillées La prison de Nîmes : 1,33 m² par détenu. Le dossier au Conseil d’Etat 30 juillet 2015
(5) Le Monde La députée Sylvie Andrieux condamnée en appel 23 septembre 2014

samedi 4 juillet 2015

Cinq ans de prison dont quatre avec sursis pour René Galinier

La nouvelle est un peu étonnante (euphémisme) : Un retraité de l’Hérault avait grièvement blessé à coup de fusil en 2010 deux jeunes cambrioleuses  qu’il avait surprises chez lui. Il a écopé de cinq ans de prison dont quatre avec sursis (1)

On comprend bien une partie de l'idée du jugement : la justice ne veut pas que les français se fassent justice eux-mêmes et fait tout pour préserver le monopole de la violence, détenue par la police et le système judiciaire. Ce point, en lui-même, est déjà contestable, puisque manifestement, la police et la justice sont débordées. En revanche, l'autre idée du jugement, la lutte contre le racisme, est vraiment stupide. Peut être que, si ça se trouve, le retraité de l'Hérault est raciste et qu'il déteste les roms, un peu comme l'ancienne Première Ministre Edith Cresson déteste les gens du voyage quand ils débarquent chez elle (2). Mais la justice ne craint-elle pas le fait que donner un blanc sein à tous les cambrioleurs Roms, qui pourront toujours invoquer le racisme des méchants propriétaires qu'ils viennent voler pendant leur sieste ? 

A croire que la justice travaille au succès du FN ...



vendredi 15 mai 2015

Arret (momentané) du fichage des supporteurs parisiens du PSG !

Combien de fois, notamment à l'occasion du débat sur la loi renseignement, nous a t-on dit que la République, c'est l'Etat de droit, le respect des règles, bref le contraire du n'importe quoi ? 
Combien de fois, et cela n'est pas lié à une couleur politique particulière, n'a t-on entendu qu'à chaque fois que la police fichait, c'était en totale adéquation avec les principes juridiques et les valeurs qui sont censées régir la vie de ce pays, la France ? 

Du coup, comment analyser le fichier stade, et la salutaire décision du Conseil d'Etat de le suspendre ? En effet, on apprend cette semaine que le Conseil d’Etat suspend le fichage des supporteurs parisiens, (1), suite à une requête d'associations de supporters et de la Ligue des Droits de l'Homme.
Notez bien. C'est le Conseil d’Etat qui suspend car le juge estime qu’il existe un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté du ministre de l’intérieur autorisant ce fichier stade (pris le 15 avril 2015), et qui  avalisait et légalisait un fichier existant depuis des années, mais découvert par la CNIL en 2014. 

Conseil d'Etat, CNIL, ligue des droits de l'homme, on parle de juristes et de protecteurs des libertés civiles, pas de racailles en t-shirt rouge et bleu ou de voyous plus adeptes de bagarres que de spectacle footballistique.

Au ministère de l'intérieur, ils ont du se dire que la la fin justifie les moyens et que si ce fichier sert à identifier les fauteurs de trouble, alors il pouvait avoir son utilité. 
Vous voyez pourquoi, décidément, on ne pourra jamais avoir confiance en cette classe politique dirigiste qui dit une chose mais fait son contraire ? Quelles différences y a t-il entre François Sarkozy, Nicolas Hollande, Bernard Hortefeux, Brice Cazeneuve, Alain Valls et Manuel Bauer ? 

La séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice sont importantes. Ce sont des piliers de l'Etat de droit et de la démocratie. Merci au Conseil d'Etat de le rappeler.
L'Etat (ou plus exactement l’exécutif) n'a pas à faire des fichiers illégaux et à traiter les citoyens comme des terroristes potentiels. Les méthodes Minority Report, ca suffit. S'il veut savoir qui aime le PSG, il n'a qu'à aller sur Facebook. Au moins, la, les likes (18 millions) sont volontaires et assumés.



vendredi 17 avril 2015

1984 était finalement le projet politique de l'actuelle majorité socialiste ?

Quand on pense que Hollande a été, rappelons le quand même, élu pour "réparer" et "apaiser la France", "abîmée par 5 ans de Sarkozysme". Plus précisémment, c'était "la République et notre démocratie" qui auraient souffert (1). 

Rappelez-vous quand le PS défendait les libertés sur Internet (2) ou quand il voulait lutter contre l'extension du secret défense (3) ? 
Aujourd'hui, qu'avons nous ? N'est-ce pas le même PS qui transcrit à la virgule près le "roman" (d'anticipation) de George Orwell, 1984 ? 

Ecoutez le ministre de l'intérieur dire que la vie privée ne fait pas partie des libertés. 



Honnêtement, si de tels propos avaient été tenus par Hortefeux sous le précédent quinquennat, n'y aurait-il pas des manifs dignes de décembre 1995 pour bloquer le pays ? 

Il y a tant de choses surprenantes chez tous ces militants "de gauche", comme leur silence face au maintien des destructions de camps de Roms, la poursuite des arrestations de "sans-papiers", la persistance des bavures policières, l'incapacité à dénoncer, pour certains, le danger que recèlent toutes ces lois "anti terroristes", ou, plus anecdotiquement,leur acceptation de voir le président de la république utiliser le pavillon de la Lanterne et Air Sarko One comme si de rien n'était ? Et au delà de tout ça, où est leur rejet de l'Etat Big Brother qui vient (4) ? 

Puisque la gauche socialiste a légalement été élue, comment cela va t-il se terminer ? La blogosphère et les twittos reflètent bien toutes ces inquiétudes que l'on peut légitimement avoir ...! 


Notre pays, La France, prend une trajectoire très inquiétante (5), et les libéraux ne sont pas les seuls, loin de la, à le dire !

mercredi 8 avril 2015

La classe politique se mobilise pour honorer la mémoire de Jean Germain


Paix à l’âme de Jean Germain, dont le suicide a provoqué un choc au sein de la classe politique (1), à commencer par le Parti Socialiste dont il était membre. 



Mort de Jean Germain : Manuel Valls perd "un ami" par LCP

Jean Germain s'est donné la mort au moment où il devait comparaître devant la justice dans l’affaire des « mariages chinois » organisés dans sa ville.

Cette classe politique a t-elle également une pensée pour tous ces français anonymes qui sont également confrontés à un procès en correctionnelle, ou qui, condamnés en justice, ne se relèveront jamais ?
Tous les jours, combien de français sont accusés par la justice, certains étant coupables, d'autres innocents ? Combien de français pas encore jugés passent des jours et des nuits en GAV dans des cellules repoussantes et sales ?  Combien de français voient la police débarquer chez eux à 6 h du matin, porte fracturée au bélier, et dans quelques cas (2), de Lille (3) à Marseille (4), pour rien ? Combien de français sont-ils arrêtés en pleine rue ou devant chez eux et emmenés par les forces de police sous les yeux de leurs voisins, ce type d'arrestation valant condamnation publique, en vertu du proverbe "pas de fumée sans feu" ?

La classe politique se mobilise pour honorer la mémoire de feu leur collègue cumulard Jean Germain, c'est bien naturel, c'est humain. 

Mais ce sénateur maire, juriste de formation et professeur de droit de profession, s'il pensait vraiment que la justice de son pays est biaisée au point de ne pas prouver son innocence, n'avait-il pas les relais et moyens intellectuels et surtout professionnels de proposer des réformes tels que 

- le renforcement de la présomption d'innocence
- le passage à une justice accusatoire (5) et non plus inquisitoire ? 

Si un personnage tel que Jean Germain, que l'on peut qualifier, sans l'insulter, de notable, n'a pas confiance en la justice de son pays, que devons nous, nous simples citoyens, penser des juges ?

Comme toute mort violente, le suicide de Jean Germain est triste, et insupportable, notamment pour ses proches. Mais cette mobilisation des politiques qui veulent s’exonérer a quelque chose de légèrement insupportable. 

Après tout, est ce de la faute des français si des députés ou ministres ont un casier judiciaire (6) et si la disproportion de mis en examens et condamnés entre la population générale et les politiciens est énorme ? Est-ce de la faute des français si tous les mardi à la télévision, ils voient Patrick Balkany (UMP) ou Sylvie Andrieux (ex PS, condamnée à une peine de prison ferme (7), en appel) en liberté ? 

Certains élus locaux, non professionnels de la chose politique, comme  le lyonnais Romain Blachier, appèlent à cesser l'"élu bashing" (8), pendant que d'autres, avant même qu'une enquête ait eu lieu, assimilent le suicide de Jean Germain à la mort de Beregovoy. Mais où étaient ces élus quand il fallait soutenir Yvette "mamie Loto" Bert et, au minimum, exprimer sa compassion face à une condamnation plus que sévère  (9) ? Comme dans le cas de l'arrestation de DSK à New York, il semble que certains politiciens ont perdu le sens de la décence (10) ...

Avec 16,2 suicides pour 100 000 habitants, la France se situe dans le groupe des pays européens à taux élevés de suicide. Jean Germain a suivi cette solution extrême. Alors, puisque la classe politique 
regrette ce choix, peut-être pourra t-elle se pencher sur les causes de ce fléau qui touche toutes les familles, des chômeurs aux chefs d'entreprises (11).



(1) Les Echos Suicide de Jean Germain : le monde politique sous le choc 7 avril 2015
(2) Le Parisien La porte d'un voisin défoncée par erreur 19 novembre 2011
(3) La Voix du Nord Lille : défoncée par erreur en juillet par la police, leur porte toujours pas remplacée 12 novembre 2013
(4) Metro Marseille : à deux reprises, la police défonce la porte d'une octogénaire innocente… 12 novembre 2011
(5) La Vie Publique Procédure accusatoire – Procédure inquisitoire : deux modèles pour la justice pénale 31 aout 2012
(6) Pierre Parillo Liste des élus PS et de Gauche condamnés ou inquiétés par la Justice 30 janvier 2012
(7) Le Monde La députée Sylvie Andrieux condamnée en appel 23 septembre 2014
(8) Romain Blachier Jean Germain: Ma tribune dans le Plus du Nouvel Obs sur l’élu bashing 8 avril 2015
(9) France 3 Yvette Bert, 76 ans : six mois de prison avec sursis pour avoir organisé des lotos associatif 6 novembre 2014
(10) Le Parisien Libéral Valls revient sur l'affaire DSK : triste ... 20 mai 2011
(11) Atlantico Un suicide de patron de PME tous les deux jours 10 novembre 2014