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dimanche 14 février 2016

Remaniement : excellent coup de Hollande

Comment ?? La nomination d'Emmanuelle Cosse, le retour de Jean-Marc Ayrault ou l'arrivée de Jean-Michel Baylet, un excellent coup de Hollande ?

Partons du principe, déjà exposé (1) et probablement vrai au vu de la capacité de l'ex conseiller général de Correze à s'être hissé jusqu'à l'Elysée, que Hollande n'est pas le stupide benêt que ses amis socialistes décrivaient (souvenez vous la "fraise des bois" de Fabius, le "il ne fout rien" d'Aubry" ou "il n'a jamais rien décidé" de Royal).

Partons plutôt de l'idée que Hollande est un fin politicard, doué pour la gestion des intrigues de cour et, in fine, au top de la capacité à, non pas régler les problèmes de la France, le cadet des soucis des politiciens, mais à conquérir et garder le pouvoir.





Donc, passons sur le chômage, la dette, les déficits, le quasi défaut de paiement des collectivités territoriales, et concentrons-nous sur la position personnelle de Hollande.
Quelle est-elle ?

Elle se caractérise avant tout par une défiance record au sein de l'opinion publique, y compris au sein du fameux "peuple de gauche" :

Il faut dire que même ceux qui, y compris à gauche, n'attendaient rien de l'ex premier secrétaire du PS, sont décus.


Du coup, afin de gagner du temps, qu'a donc fait le président Hollande ? 

1/ détourner l'attention 

Oui, Hollande a très bien joué avec ce remaniement : l'attention est à présent attirée sur les sous-fifres plutôt que sur le boss. 
Parle t-on, dans le cadre de l'affaire Cahuzac, de la réunion qui s'est tenue autour du président de la République (2) le 16 janvier 2013 ? 
Non, on ne mentionne désormais plus que l'invention du Secrétariat d'Etat à "l'égalité réelle", de celui à l'aide aux victimes ou celui de la biodiversité.
Bien joué !
La presse, déjà fortement accro au cadre étatique car ultra subventionnée, sera t-elle encline à critiquer l'action gouvernementale ? On peut en douter, comme le montre la Une de la Dépèche du Midi, le journal de Baylet.

Et quid de Notre-Dame-des-Landes (3) ? Du grand art !


2 / Exposer le cynisme d'une certaine gauche dite alternative

Pourquoi Hollande a t-il tenu à donner des ministères à des anciens responsables d'Europe Ecologie les Verts ? Certes, on peut penser qu'il s'agit d'un échec, puisque Cosse s'est fait virer d'EELV. Mais nommer secrétaire d'Etat une personne qui a publiquement affirmé que ses vues étaient à l'opposé de celles du Président de la République, n'est ce pas montrer à qui veut le voir que même au sein de la gauche dite radicale, on sait taire ses divergences en échange des avantages liés à des fonctions ministérielles ? 
A ce titre, Emmanuelle Cosse place la barre très haut. Non contente de devenir Ministre du Logement et de l'Habitat durable (!), l'ex dirigeante d'EELV tient aussi à cumuler avec son mandat de conseillère régionale en Ile de France.


3/ On ne parle plus des vrais sujets

La révision constitutionnelle et l'inscription dans le temps de l'état d'urgence ? Un vieux sujet ! Et ce même si les ONG comme Amnesty International ou les think tank type Génération Libre nous informe sur les dérives.



Le terrorisme persistant au Mali malgré la guerre de Hollande (4) ? Pas important !
Les accusations de viol en Centrafrique par des militaires français (5) ? A la trappe. 
FATCA ? La Hadopi ? La Loppsi ? La Loi de Programmation Militaire ? La fin programmée de l'argent liquide ? Rien de tout ca ne fait la Une.




Bravo ! Même si le remaniement consacre l'hégémonie de la politique spectacle et du cynisme, soyons persuadés que Hollande saura en retirer quelque avantage.
Le Titanic France coule est en faillite ? La classe politique dirigiste actionnera les machines dirigistes jusqu'à ce que l'eau ait envahi la cale, surtout si cela lui rapporte quelque chose, que ce soit du pouvoir, de l'argent,ou les deux.







(1) Le Parisien Libéral Tout le monde a sous-estimé François Hollande 24 mai 2013

samedi 23 janvier 2016

Euh, la démocratie, c'est toujours d'actualité en France ?

Egalement publié sur Agoravox
OK, il y a les péripéties de la dame de la rue du Cirque, Julie Gayet (1). OK, il y a le conflit d'intérêt ingérable dans lequel se trouve l'Etat en ce qui concerne sa gestion du scandale du diesel chez Renault  (2) ou le management du nucléaire chez EDF (3). OK, il y a le changement d'avis de Sarkozy sur le "mariage pour tous" (4), qui prouve à ceux qui l'ignoraient que, décidément, l'ancien président de la République ne semble pas avoir des convictions très solides. OK, il y a le festival de ridicule qui semble caractériser l'ensemble de la classe politique française, par exemple celle qui soutient l'idée d'un OS souverain (5).
Mais, que sont tous ces sujets en comparaison de ce qui se passe en France, depuis le 14 novembre 2015 (voire avant)? L'affligeante dérive antilibérale et la négation d'un principe constitutionnel (6), celui de la séparation des pouvoirs, n'est-il pas un sujet qui nous concerne tous ? 

Dans un entretien à la BBC, en marge du sommet de Davos, le Premier Ministre socialiste français a exprimé son souhait de faire perdurer le régime d’exception « jusqu’à ce que nous nous débarrassions de Daech »


Passons sur la pratique qui consiste à annoncer des mesures importantes depuis l'étranger. Ce n'est pas ce gouvernement qui critique l'opposition quand elle tient des propos de nature politique depuis un pays étranger ? 

Notons plutôt ce que dit Valls :

- Ça pourrait être pour toujours ? "Jusqu'à ce que nous puissions en finir avec Daech".
- Ça pourrait durer une génération ! "Oui, je le pense".



"Jusqu’à ce que nous nous débarrassions de Daech".

C'est HA-LLU-CI-NANT !!!

Le premier Ministre de France, celui qui nous expliquait le 19 novembre dernier que l'état d'urgence était temporaire, livre le fond de sa pensée, en un magnifique hommage involontaire à 1984 d'Orwell : type war is peace, "l'état d'urgence, c'est l'état de droit" (7).
Notez également qu'en droite ligne de 1984, la BBC a corrigé son article pour en adoucir la violence (8).

L'homme, nommé par le Président de la République française pour diriger l'action du Gouvernement, être responsable de la défense nationale et assurer l'exécution des lois, annonce tranquillement qu'en fait, l'état d'urgence n'a pas été conçu pour durer seulement 3 mois.
Simplement, au vu de la hiérarchie des normes en vigueur en France, Vall n'est-il pas censé subordonner son action au respect de la constitution ? 

Justement, dans la constitution, il y a la DDHC. Et l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que "Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution".

Arguties de libéraux, direz-vous. Peut importe l'avis de blogueurs comme Nathalie MP ou Gaspard Koenig, que vaut-il face à la menace terroriste que l'Etat Islamique en Irak et au Levant (Daech) représente ? Qu'importe l'avis de la Quadrature du Net (10) ou celui de la Ligue des Droits de l'Homme (11) ?

Pour celles et ceux qui pensent que renoncer à nos libertés (précisément ce que veulent les terroristes) permettra de gagner de la sécurité, qu'ils reprennent la chronologie :


  • 3 décembre 1996 : réactivation de Vigipirate après un attentat dans le RER à la station Port Royal à Paris
  • 11 septembre 2001 : renforcement de Vigipirate à la suite des attentats du 11 septembre 2001 à New York
  • 20 mars 2003 : Vigipirate orange mis en œuvre dans le cadre de la guerre d'Irak
  • 12 mars 2004 : Vigipirate rouge dans les transports terrestres à la suite des attentats à Madrid du 11 mars 2004
  • 7 juillet 2005 : Vigipirate rouge à la suite des attentats du 7 juillet 2005 à Londres
  • 8 novembre 2005 : Vigipirate écarlate mis en place pour mettre fin aux émeutes de 2005 dans les banlieues françaises
  • Mai 2011 : à la suite de la mort d'Oussama ben Laden. Vingt-sept sites de l'agglomération parisienne font l'objet d'une vigilance soit systématique soit quotidienne
  • 7 janvier 2015 : Vigipirate Alerte attentat déclenché en Île-de-France, puis étendu en Picardie à la suite de l’attaque contre Charlie Hebdo
  • 13 novembre 2015 : mise en place de l'état d'urgence sur tout le territoire à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015
Question : est-ce que Vigipirate, qui existe depuis 1991, ou le FNAEG, qui concerne aussi les terroristes depuis 2001, l'autorisation pour la police de fouiller un coffre de voiture sans mandat (depuis 2001), la Loi Renseignement (dont on nous disait qu'elle ne faisait que régulariser des pratiques existantes), ou la Loi de Programmation Militaire ont empêché des français de rejoindre Daech ou de tuer 130 parisiens et touristes le 13 novembre dernier ?

En revanche, est-ce que toutes ces mesures ont-elles permis de lutter contre des associatifs musulmans, des supporters du PSG, des militants écologistes opposants à Sivens ou à Notre Dame des Landes, ou des milieux d'ultra droite opposants radicaux à Valls et Hollande ? 

Soyez en certains : il n'y a que le pouvoir qui arrête le pouvoir. Si Valls est en roue libre, qui le stoppera ? 

Et qu'on ne nous dise pas que seul l'état d'urgence, c'est à dire le droit de la police d'agir partout et tout le temps sans contrôle d'un juge, permettra de lutter contre le terrorisme.

A t-on vraiment envie que les terroristes gagnent leur guerre contre nos libertés, grâce à des décisions de notre classe politique ? Qui dira à Manuel Valls qu'il va trop loin ?
Une loi d'exception, ce n'est PAS la démocratie !


(1) Le Parisien Gayet-Hollande : révélations sur la discrète et son «fiancé» 20 janvier 2016
(2) Atlantico L'Etat peut-il correctement assumer son double rôle de juge et partie dans l'affaire Renault ? 21 janvier 2016
(3) Slate EDF, ou l'aveuglement de l'État 16 janvier 2016
(4) La Croix Mariton (LR) dénonce un "parjure" de Sarkozy sur le mariage homosexuel 22 janvier 2016
(5) 01.Net L'idée d'un OS souverain provoque l’hilarité sur Twitter 15 janvier 2016
(6) Contrepoints La république française n’a point de constitution (II) 23 janvier 2016
(7) France Inter Manuel Valls : "L'état d'urgence, c'est l'état de droit" 11 décembre 2016
(8) France TV Info Etat d'urgence : l'imbroglio après une interview de Valls à la BBC en quatre actes 22 janvier 2016
(9) Nathalie MP Etat d’urgence prolongé, état de droit en danger 23 janvier 2016
(10) La Quadrature du Net Pour une sortie urgente de l'état d'urgence : appel à une mobilisation massive ! 22 janvier 2016
(11) Ligue des Droits de l'Homme Déclarations de Manuel Valls sur l'état d'urgence : la tentation du pire. 23 janvier 2016

samedi 21 novembre 2015

Qui attaque vraiment le mode de vie français ?

Dans son discours à l’Assemblée nationale jeudi 19 novembre pour l’examen du projet de loi sur l’état d’urgence, le Premier ministre Manuel Valls a déclaré: «Le terrorisme a frappé la France, pas pour ce qu’elle fait en Irak, en Syrie ou au Sahel, mais pour ce qu’elle est».

C'est vrai que s'attaquer à la liberté d'aller et venir des parisiens, les empêcher de profiter comme avant des terrasses de café ou de salles de concert, c'est bien s'attaquer à un mode de vie.

Mais,qu'est-ce que la France ? Dans notre pays, l'Etat et la Nation sont confondus. Mais en ce qui concerne l'Etat, le mode de vie ne réside t-il pas avant tout dans la séparation des pouvoirs et dans l'Etat de Droit ?

Les lycéens français de première (1) apprennent que les conditions de l’Etat de droit impliquent trois dispositifs essentiels :
  • L’existence d’une Constitution et d’un contrôle de la constitutionnalité des lois.
  • La séparation et l’équilibre des pouvoirs.
  • La garantie de la protection de l’espace privé contre les ingérences du pouvoir administratif.


Le site public "La Vie Publique (2)" ajoute que l’État de droit peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. Certes, comme le note Jean-Philippe Delsol, la France, et bien d'autres États avec elle, ont une fâcheuse tendance à confondre, de plus en plus, l'état de droit avec le droit de l’État. L'idée qui tend à prévaloir est que ce qui est bon pour l’État est juste (3). 
Mais globalement, jusqu'à présent, on pouvait se dire que, malgré les quelques ratés (4), le contrôle de constitutionnalité garantissait la présence de garde-fous contre les potentielles dérives autoritaires. Or, dans le cadre de l'adoption de l'état d'urgence, le premier ministre, conscient du fait que sa proposition de loi pouvait receler quelques dispositions inconstitutionnelles (donc opposées aux valeurs fondamentales françaises ...), n'a pas hésité à déclarer, devant des élus de la République : «Je suis dubitatif sur l’idée de saisir le Conseil constitutionnel, Car il y a toujours un risque. Si le Conseil répondait que la loi révisée est inconstitutionnelle sur un certain nombre de points, cela peut faire tomber 786 perquisitions et 150 assignations à résidence déjà faites ».

Autrement dit, Manuel Valls admet ne pas respecter la Constitution.

Daesh s'est attaqué au mode de vie des parisiens et des français. Faut-il vraiment que le gouvernement français suive sur ce terrain ?


Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.


EDIT





(1) Academie de Bordeaux Enseigner «L'Etat de droit» en classe de Première
(2) Vie Publique Qu’est-ce-que l’Etat de droit ?
(3) Wikiberal État de droit
(4) Le Point Loi renseignement : le Conseil constitutionnel nous livre à la surveillance 24 juillet 2015
(5) Numerama Valls demande de ne pas saisir le Conseil constitutionnel sur l’état d’urgence 20 novembre 2015

dimanche 1 novembre 2015

Valls colistier de Bartolone en Ile de France ?

Comme le rappelle le blogueur l'Hérétique (1), qui a fait l'effort d'analyser le programme de Valérie Pécresse (UMP-les Républicains) et de Claude Bartolone (PS) (2), il y a des élections régionales, dans un peu plus d'un mois, les 6 et 13 décembre 2015. 
Les nombreux étrangers qui viendront en France à l'occasion du sommet de la COP 21 (du 30 novembre au 11 décembre 2015) pourront prendre une leçon de démocratie. 

Enfin, nombreux étrangers, pas forcément tant que ça. Il parait que le gouvernement craint à la fois l'immigration de gens venus des pays du sud (3), et les attaques de Black Bloc , et du coup, on va limiter la délivrance de visa et rétablir les contrôles aux frontières (4) en suspendant la libre-circulation des citoyens de l’Union européenne. Maudits étrangers (5) ! A croire que c'est le parti dont il ne faut pas prononcer le nom qui pourrait avoir raison !

Quand à la leçon de démocratie, peut-être que les visiteurs seront un peu chagrinés par le mélange des genres pratiqué du niveau gouvernemental. 

En effet, quand Manuel Valls fait des propositions pour l'Ile-de-France, dans le respect de tradition planificatrice de la classe politique actuelle, quand il propose de créer 6 quartiers sur le modèle de la Défense, que fait le premier ministre, si ce n'est être le candidat surprise d'Ile-de-France, comme le dénonce le Parti Libéral Démocrate (6) ?



Question : est ce que les interventions du gouvernement vont être ajoutées au compte de campagne des candidats PS en région, à commencer par ceux de Claude Bartolone, qui fait lui-même campagne en utilisant les moyens de l'Assemblée Nationale (7) ? 

Quand est-ce que les socialistes vont enfin mettre en cohérence leurs propos et leurs pratiques ? Manuel Valls va t-il cesser de faire ce que le PS dénonçait en 2010, quand Pécresse était ministre ? Et Claude Bartolone, qui confond la station de RER Auber et la ville d'Aubervilliers, va-t-il enfin aller sur le site ratp.fr pour réaliser qu'il peut se rendre de son luxueux logement des Lilas (8) aux studios de BFM TV, Porte de Versailles, en métro (en 50 mn) ?  
C'est là où il comprendra que l'avenir, ce n'est certainement pas plus de transports en commun (on ne pourra de toutes façons jamais mettre une station de métro au pied de l'immeuble de chaque francilien), mais au contraire la fin annoncée des transports publics en Ile-de-France



(2) L'Hérétique Transports et environnement : Bartolone-Pécresse 30 octobre 2015
(6) Parti Libéral Démocrate Manuel Valls candidat surprise d'Ile-de-France ? | 16 octobre 2015
(9) Le Huffington Post La fin annoncée des transports publics en Ile-de-France 20 octobre 2015

dimanche 9 août 2015

#LoiRenseignement : un attentat aux libertés, par @edwyplenel (#Mediapart) / #PJLRenseignement

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. 



Source : Mediapart
Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate. Et vous donne rendez-vous en ligne lundi 4 mai pour une journée de mobilisation.
Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.
Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée. Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.
L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.
Il suffit de lire l’avis circonstancié que vient de rendre à l’unanimité la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convaincu (il est ici sur Mediapart). De ne pas se laisser rebuter par sa longueur ni par son juridisme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite derrière son langage précautionneux. Ce texte fait litière radicale de la vulgate gouvernementale selon lequel ce projet de loi, d’une part, donnerait enfin un cadre légal respectable aux activités occultes des services de renseignement et, d’autre part, instaurerait un contrôle efficace de ces mêmes activités.
D’emblée, la CNCDH souligne au contraire que la façon dont ce projet de loi a surgi en dément totalement les intentions vertueuses proclamées. Elle souligne que ce texte est passé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes terroristes de janvier et « quelques jours seulement avant la tenue d’élections cantonales dont la campagne a été marquée par une forte présence du populisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été élaboré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi antiterroriste, « consécutive à l’affaire Nemmouche », elle-même faisant suite à deux autres lois antiterroristes récentes, « consécutives, elles, à l’affaire Merah ».
Tandis que chômage, précarité, insécurités sociales et injustices économiques, mal-vivre et mal-être sont relégués en fond de décor de notre vie publique, sans urgences ni priorités de nos gouvernants, plus de vingt-cinq lois relatives à la sécurité intérieure ont été adoptées ces quinze dernières années, entre 1999 et 2014. Déplorant « cette prolifération de textes législatifs relevant davantage de l’opportunité politique que du travail législatif réfléchi », la CNCDH « rappelle l’importance d’une politique pénale et de sécurité pensée, cohérente, stable et lisible, dont la qualité ne se mesure pas à son degré de réactivité aux faits divers et aux circonstances du moment ».
Traduite par la procédure accélérée imposée par le gouvernement, la « plus grande précipitation » a été voulue pour ce projet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rappelle sa « ferme opposition » à cette procédure. Aucune urgence effective ne la justifie. C’est en fait une arme de pouvoir, un moyen de faire taire les oppositions, de prendre de court les protestations, d’entraver le fonctionnement normal du Parlement, de restreindre « considérablement le temps de réflexion et de maturation nécessaire au débat démocratique ».
Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État profond, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique. Aucun débat préalable, aucune enquête parlementaire, aucune audition contradictoire pour évaluer les récents fiascos sécuritaires des services chargés de la lutte antiterroriste, alors même que les itinéraires de Merah, de Koulibali et des frères Kouachi le justifieraient amplement, révélant des failles de surveillance et des manques de vigilance.
Pis, la CNCDH relève « la pauvreté » de l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi, son caractère succinct, ses formulations vagues, sa façon de procéder « par simple affirmation en s’exonérant de toute référence documentaire ». Car cette loi n’est pas seulement un mauvais coup, elle est aussi de mauvaise qualité, mal rédigée, imprécise ou incomplète. Voulu, ce flou cache évidemment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême précision pour toute disposition permettant de porter atteinte au droit au secret privé et familial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigoureux d’un pouvoir de surveillance qui, toujours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.
Appelant en conclusion à des « amendements du Gouvernement et du Parlement[qui] permettent de renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réquisitoire : le retrait ou la suspension de cette loi attentatoire à nos droits fondamentaux, au respect de nos vies privées et familiales, à nos libertés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.
Car c’est bien « une surveillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies. À plusieurs reprises, son avis affirme que le dispositif de la loi contient « une violation flagrante de l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme énonçant le « droit au respect de la vie privée et familiale ».
« Le risque d’un “État panoptique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autrement dit d’un État ayant à sa libre disposition des instruments technologiques qui lui donnent accès à une transparence totalitaire sur la vie privée des individus, leurs pensées secrètes, leurs personnalités intimes. Pis, en étendant le recours aux techniques de renseignement jusqu’aux intérêts de la politique étrangère comme aux intérêts économiques et industriels, sans compter la surveillance préventive des violences collectives, le projet de loi offre un champ « potentiellement illimité » aux curiosités intrusives des services de renseignement.
Quant à la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » que la loi entend instaurer, son indépendance, son impartialité, sa technicité et sa compétence sont radicalement mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garanties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque fortement de ne pas être effectif ».
Ultime reproche, et non des moindres, de cette commission qui réunit l’ensemble des acteurs français de la promotion et de la défense des droits humains : en faisant basculer dans le champ de la police administrative des mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires, ce projet de loi« porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».

Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse

Autrement dit, ce projet de loi est anticonstitutionnel, violant notre loi fondamentale, celle dont le président de la République est normalement le gardien. « Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », énonce l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Comment François Hollande ou Christiane Taubira, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils rester inertes face à ce réquisitoire aussi rigoureux qu’implacable de la CNCDH, commission éminemment représentative de la société dans sa diversité dont l’efficace présidente, Christine Lazerges, est de ces professeurs de droit qui se font fort de « raisonner la raison d’État » ?
Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en travers de ce coup d’État à froid contre nos droits fondamentaux, leurs noms resteront définitivement associés à la pire régression de nos libertés individuelles et collectives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colonial, ces pouvoirs spéciaux imposés à leur majorité par, déjà, des gouvernants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une République en est morte, gangrénée par des factieux et des tortionnaires, des hommes qui se voulaient gardiens sans contrôle d’une sécurité devenue un absolu au mépris de la liberté, promue fin en soi quels qu’en soient les moyens.
Voulu par le premier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait symboliquement le rapporteur devant l’Assemblée, porté par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui se comporte en représentant des services bien plus qu’en élu de la Nation, ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11-Septembre. Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.
Avec ses mots feutrés, la CNCDH souligne ce chantage dont la représentation nationale et l’opinion publique sont actuellement l’objet : « Tout se passe comme si la simple invocation d’une plus grande efficacité pouvait justifier l’adoption, sans aucune discussion, des mesures les plus attentatoires aux libertés. » C’est pourquoi elle prend la peine de « réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérées à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure »« La plus grande victoire des ennemis des droits de l’homme (terroristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la consolidation d’un État prétendu de sécurité qui se légitimerait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux. »
Nous y sommes, et c’est pourquoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volontés doivent converger pour faire échouer ce projet de loi. Et, s’il est néanmoins adopté, continuer sans relâche à se mobiliser pour qu’il échoue sur d’autres obstacles, le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l’homme ou, tout simplement, la société elle-même, soulevée par ce « droit de résistance à l’oppression » que lui reconnaît, depuis 1789, l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme.
Car, outre l’abandon par la gauche de gouvernement du terrain des libertés, de leur élargissement et de leur conquête, le plus stupéfiant dans cette régression démocratique est le spectacle d’un pouvoir qui prétend défendre la société contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix discordante parmi tous les acteurs sociaux : des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide (lire ici).
Mais, pour les sachants qui prétendent nous gouverner, leurs cabinets et leurs communicants, cette expertise citoyenne ne compte pas, y compris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée nationale, au sein d’une commission sur le droit et les libertés à l’âge du numérique composée de parlementaires et de représentants de la société civile (lire là son avis). Pour eux, la société qui proteste a forcément tort. Elle est mal informée, mal éduquée, mal intentionnée. Il y a là une pédagogie antidémocratique au possible, où les représentants ignorent superbement ceux qu’ils sont supposés représenter, où le pouvoir exécutif s’affirme comme le tuteur autoritaire d’une société ignorante ou menaçante, dans tous les cas mise à distance et sous contrôle.
« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques provoquées par certains attentats, savamment exploitées par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Ainsi commence, en 1899, l’article du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Francis de Pressensé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des attentats anarchistes qui ensanglantaient alors la Troisième République.
Il s’intitulait « Notre loi des suspects », et s’en prenait à ceux qui, en l’ayant adoptée, abaissaient la République, son idéal et ses principes : « Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. »Forgés par la haute bataille du dreyfusisme qui les occupait alors, Francis de Pressensé et ses pareils, dont Jean Jaurès, en concluaient qu’il revenait à la société, aux citoyens qui la composent, bref au peuple souverain, de relever cette conscience et cette âme, abandonnées et meurtries par la politique professionnelle.
Nous avons tous rendez-vous aujourd’hui avec la même exigence : le devoir de nous dresser contre ce crime légal, officiel, gouvernemental et, peut-être, parlementaire, puis présidentiel si la loi est adoptée puis promulguée. Un devoir qu’au temps des combats fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Francis de Pressensé, dressait un réquisitoire contre les lois de 1893-1894 aussi informé que celui de la CNCDH contre le projet de loi qui nous occupe. Par obligation de réserve, il signait anonymement « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur leader du socialisme français, l’homme du Front populaire, dont c’était le premier acte politique.
« Telle est l’histoire des lois scélérates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse, elles avaient été votées. » 
Mesdames et Messieurs les députés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être complices d’un attentat aux libertés. L’honneur d’être fidèles à la République véritable.
Edwy Plenel.

jeudi 9 juillet 2015

"Lutte contre le terrorisme" : la détestable baseline de notre AngSoc (*)


Pas besoin de revenir sur l'état global du pays, on connait tous les chiffres. Mais, comme nous sommes en 2015, il devient très difficile pour l'actuelle majorité d'accuser la précédente. Vous vous souvenez que depuis 3 ans, le Parti Socialiste au pouvoir fait le coup de l'héritage. C'est vrai que le précédent président de la République, et sa politique de socialisme de droite, nous a légué 600 milliards d'euros de dette publique supplémentaire, 51 taxes et impôts créés ou relevés, aucune baisse significative du nombre de fonctionnaires, etc.
Egalement publié sur Contrepoints

Mais, au vu des chiffres que chacun peut observer depuis 2012, le Parti Socialiste est obligé de changer de discours. Il ne peut plus seulement accuser la gestion de l'UMP. 
Il est vrai que quand on prend le bilan, il n'est pas fameux : en ce qui concerne la dette publique, elle a progressé de 236 milliards d’euros depuis mai 2012 (1) . Quand au chômage : il n'y a pas eu d'inversion de la courbe, puisque fin 2014, il y avait déjà 600 000 chômeurs de plus depuis 2012.

Face à cela, que font nos voisins ? Ils parviennent manifestement à combiner baisse du chômage et baisse de la dépense publique. En France, le chômage augmente, à l'inverse de tout ce qui se passe partout ailleurs en Europe (3)


En Allemagne, (4.7% de chômage), les comptes publics sont en équilibre, grâce à la bonne santé économique et grâce à la politique menée par Angela Merkel (4). 
En Pologne  (7.9% de chômage), dirigée de 2007 à 2014 par le libéral Donald Tusk, la loi de finances pour 2015 prévoit un déficit des finances publiques inférieur à 3.3 % du PIB en 2015 et 2.6% en 2016 (5)
Au Royaume Uni (5.5% de chômage), le gouvernement conservateur vise 10 milliards de livres excédent en 2020 (6)

Ce jeudi matin, François Kalfon, secrétaire national au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle du Parti Socialiste, était invité à commenter, sur BFM Business, les politiques de nos voisins. 


Voici en résumé les principaux points de son intervention :

  • Les conservateurs allemands de la CDU ne peuvent pas diriger l'Europe
  • Les retraités allemands imposent leur point de vue aux autres
  • C'est dommage qu'il n'y ait pas de gouvernement économique de l'Europe
  • La Grande Bretagne n'est pas un pays industriel, mais reste un paradis fiscal avec la City 
  • La France ne veut pas de contrats zéro heures comme au Royaume Uni
  • Le modèle britannique n'est pas le modèle de société dans lequel nous voudrions vivre
  • Chez nous, en France, il y a des hopitaux et une armée à faire tourner

Il y a donc tous les poncifs d'une certaine gauche antilibérale et parfois germanophobe, et qui ignore que l'Allemagne n'est pas un pays du tiers monde, que le Royaume Uni produit plus d'automobiles que la France, et que chez nous aussi, il y a des contrats zéro heures, ça s'appelle le chômage. 

Mais c'est l'un des derniers points de l'intervention de François Kalfon qui est intéressant. 
Il a expliqué que, contrairement à d'autres, la France "assume ses responsabilités au sein de l'union Européenne" et que du coup, la France "se tape le sale boulot" en allant faire la guerre contre le terrorisme au Mali. En conséquence, c'est nous, les français, qui faisons face à une vague de terrorisme sans précédent.
Egalement publié sur Agoravox

François Kalfon réalise t-il la portée de ses propos ?
Première information : le cofondateur de "la Gauche Pop", le supposé "frondeur" (7),  adhère donc à la vision de Manuel Valls : la France mène une guerre contre le terrorisme, au nom de l'Europe.
Relisez plutôt ce que disait Valls le 13 janvier 2015 suite à la tuerie de Charlie Hebdo et à l'attentat de l'Hypercasher de la Porte de Vincennes :

"À cette menace terroriste, la République apporte et apportera des réponses sur son sol national. Elle en apportera aussi là où les groupes terroristes s’organisent pour nous attaquer, pour menacer nos intérêts comme nos concitoyens.
C’est la raison pour laquelle le Président de la République a décidé d’engager nos forces au Mali, un 11 janvier, le 11 janvier 2013, le jour où tombait notre premier soldat dans ce conflit, Damien Boiteux. Et la même nuit, monsieur le ministre de la défense, trois membres de nos services tombaient en Somalie. Le Président de la République a pris une telle décision pour venir en aide à un pays ami, menacé de désintégration par des groupes terroristes, le Mali, pays musulman.
Le Président de la République a décidé de renforcer notre présence aux côtés de nos alliés africains avec l’opération Barkhane. C’est un gros effort qu’assume la France, au nom, notamment, de l’Europe et de ses intérêts stratégiques, un effort coûteux : la solidarité de l’Europe doit être dans la rue, elle doit être aussi dans les budgets à nos côtés." (8)

Vous direz : le domaine de compétence du conseiller régional qu'est François Kalfon ne s'étend peut-être pas jusqu'à l'analyse des tenants et aboutissants de la politique étrangère française. On ne peut apparemment pas être un spécialiste des joutes publiques (9) et de la diplomatie. Mais en tout cas on a compris que la fronde du PS ne s'étend pas aux questions de fond comme la politique étrangère.

Deuxième information, François Kalfon adhère à l'idée selon laquelle la France, alors qu'elle est censée faire partie d'un ensemble partiellement fédéral ou supranational, peut décider seule d'aller faire la guerre au Mali, en partant par ailleurs d'une interprétation contestable de l'article 50 de la charte des Nations Unis, sans même en référer au préalable aux 27 partenaires de l'UE, ou au moins au Haut Représentant de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité (Auparavant Catherine Ashton, actuellement Federica Mogherini), et seulement après, aller présenter la note à l'Union Européenne.

Mais admettons que tout comme Georges Bush est allé faire la guerre en Afghanistan, il faut que nous approuvions les intervention militaires françaises au Mali, en Centrafrique ou en Irak, le coeur du quadrilatère des territoires disputés de 1984, de George Orwell,. Est ce que ces interventions militaires, dites OPEX, expliquent l'Etat catastrophique des finances publiques françaises, et leur absence, la bonne santé des finances publiques allemandes ?

C'est la dernière idée : François Kalfon fait semblant de ne savoir ni lire ni compter. En effet, comment peut-il ignorer ces informations pourtant aisément accessibles, à savoir la hausse des dépenses militaires allemandes (10), la participation du Royaume Uni ou de l'Allemagne au même type d'opérations militaires que celles que nous menons en Afrique ou encore le poids non négligeable mais loin d’être décisif des dépenses militaires françaises dans le poids de l'ensemble de la dépense publique française.
En effet, imaginons que nos partenaires Européens, l'Allemagne, le Royaume Uni, mais aussi la Pologne, l'Espagne ou le Luxembourg adhèrent à l'idée qui consiste à dire que pour lutter contre le terrorisme, il faut aller faire la guerre en Afrique ou au Moyen Orient. 
Première question : puisque le Royaume Uni (11), la Pologne et l'Allemagne, mais aussi le Luxembourg ont participé à l'ISAF (la force multinationale qui a combattu en Afghanistan aux cotés des Etats-Unis) vont-ils demander à la France de Hollande, celle qui s'est retirée prématurément de ce pays, contre toute logique militaire et même financière, mais en lien avec des problématiques de politique intérieure, que nous leur payons une partie de leurs dépenses militaires ? Le Kenya a récemment rejoint la liste des pays victimes d'un attentat islamiste. L'armée française n'est pas au Kenya, mais l'armée britannique, si. Faut-il que Cameron envoie une facture à Manuel Valls et aux 26 autres premiers ministre d'Europe ?
On voit bien que le genre de comptabilité que le PS tente d'imposer n'a pas beaucoup de sens si il oublie de mettre dans la colonne débit toutes les guerres menées par toutes les armées européennes.

Deuxième question : imaginons que, malgré tout, nos partenaires décident de couvrir le cout de nos OPEX. Quel serait l'impact sur nos finances publiques ?
Déjà, n'oublions pas que si la France a dépensé 35  milliards d'euros en 2011 et 31 milliards en 2014 (12), une partie de ces dépenses correspondent en fait à de la police (fonctionnement de la gendarmerie). Les milliards d'euros de la défense ne correspondent pas tous à des dépenses de guerre au Mali ! Et la totalité des 113.000 militaires actifs (13) de l'armée de terre ne sont pas sur le terrain ! Les OPEX concernent moins de 10.000 hommes et femmes.
Si nos partenaires nous donnaient le 1.1 milliard d'euros que nous coutent nos OPEX (14), il ne nous resterait plus qu'à trouver 84.5 milliards pour combler le déficit de 85.6 milliards d'euros que nous avons constaté en 2014. Nous serions donc toujours largement en dehors des clous de Maastricht. 
Qu'inventerions-nous alors ? Que l'Education Nationale lutte contre le terrorisme et protège la jeunesse non seulement de France mais également d'Europe, et qu'à ce titre, il faut que nos partenaires payent nos profs ? Rappelons quand même que

Dans 1984, une guerre extérieure à laquelle personne ne comprend rien (puisque son récit est réécrit en fonction des enjeux changeants), permet à Big Brother d'asseoir son pouvoir totalitaire, quand ce ne sont pas les deux minutes de la haine qui permettent de ressouder le peuple.
L'existence de l'ennemi intérieur et extérieur et la menace contre l'AngSoc justifie l'existence d'un système policier qui traque les opposants (15).

Est-ce vraiment le rêve du Parti Socialiste que de tout justifier, de l'adoption de lois liberticides (16) à l'absence de contrôle des dépenses publiques, par l'existence du terrorisme ? 
Ne pourrait-il pas, plus simplement, expliquer que nos dépenses sociales sont trop élevées, et que nos guerres, au Mali ou ailleurs, qu'elles soient justifiées ou non, pèsent bien peu à coté de ce que nous coûte la Sécurité Sociale, pour ne citer qu'elle ?




(3) Le Parisien Le chômage baisse en Europe, sauf en France 30 avril 2015
(5) BNP Paribas Pologne Q1 2015 
(6) BBC Budget 2015: Osborne offers country 'new contract' 9 juillet 2015
(7) Le JDD Le texte et la liste des 90 frondeurs du PS 5 avril 2014
(8) Assemblée Nationale Compte rendu intégral 13 janvier 2015
(9) Le Huff Post François Kalfon (PS) gifle un élu UDI et lui propose une "joute" sur Twitter 14 avril 2015
(10) Le Figaro L'Allemagne dope son budget de la Défense de 8 milliards d'euros pour 2016 18 mars 2015
(11) British Army The British Army in Afghanistan
(12) Le Monde, En euros constants, le ministère de la défense a perdu 20 % de son budget en 25 ans 30 avril 2015
(13) Défense Les effectifs de l'armée de terre
(14) Le Figaro Défense: 1,1 milliard € pour les Opex en 2014 1 octobre 2014
(15) Wikiberal 1984 (roman)
(16) Economie Matin Loi Renseignement : une loi liberticide pour les Français13 mai 2015


(*) ANGSOC : Le personnage principal de 1984, Winston Smith, vit en Océania, un ensemble de pays dominé par une idéologie, l'AngSoc. La finalité de l'AngSoc, c'est le pouvoir pour le pouvoir. Big Brother est la personification de l'AngSoc. 

jeudi 11 juin 2015

Le #VallsGate est loin d'être fini

Samedi 6 juin 2015, au lieu de rendre hommage aux soldats qui, il y a 71 ans, sont venus libérer le continent du joug national socialiste, qu'a fait Manuel Valls, Premier Ministre ? 
Il s'est rendu à Poitiers au congrès du Parti Socialiste (c'est normal, il est membre du PS) puis a choisi, en tant que passionné de football et supporter du FC Barcelone, de se rendre, non pas dans un des bars de Poitiers qui retransmettent les événements sportifs (1), mais de prendre le jet privé Falcon mis à la disposition du premier ministre pour aller voir le match de la finale de la Champion's League à Berlin.

Le rendez-vous n'était pas noté dans l'agenda du premier ministre (2). On imagine donc qu'il s'agit d'un déplacement privé. Il aurait pu prendre exemple sur la nouvelle maire de Barcelone (3), Ada Colau (qui vient de baisser son salaire), mais non, quand on est premier ministre de la France, c'est le bling bling ou rien !

Par la suite, pendant 5 jours de polémique, le premier ministre Manuel Valls n'a pas arrêté de changer de type de défense, parlant d'abord de grincheux qui n'aiment pas le foot, puis d'un rendez-vous avec Platini, puis de diplomatie sportive, sans oublier le droit à se détendre quand on travaille beaucoup.

En réalité, autour de tous ces messages, une seule réalité : Manuel Valls n'avait absolument rien à faire de la réaction des citoyens et contribuables.

Il aura fallu un sondage de BFM pour que Valls réagisse enfin.



Le problème est que la réponse du Premier Ministre est risible. 


Cette intervention laisse tellement plus de questions qu'elle ne donne de réponses ...

  • Si c'était à refaire, vous ne le referiez pas, mais quoi, exactement ? 
  • Qu'est devenu le ministre des sports, Patrick Kanner ? Manuel Valls a t-il repris ses fonctions ? 
  • Le président Hollande ne représente t-il plus la France ? Que faisait-il samedi soir ? Lui aussi est également passionné de football. Pourquoi n'est-il pas allé à Berlin ? 
  • Disposez-vous d'une étude qui montre que l'accueil d'événements type Jeux Olympiques favorisent l'emploi ? Les français, eux, ont vu que les JO de 2004 ont ruiné la Grèce et que l'Euro 2006 a lessivé le Portugal.
  • Si le terrorisme est une menace telle pour votre intégrité, pourquoi n'utilisez-vous pas plus la visioconférence ? Facetime, en plus, c'est gratuit !
  • Puisque vous dites, Monsieur le Premier Ministre, que des avions de la République volent parfois à moitié vides, pourquoi ne mettez-vous pas en vente ces places sur JetSuite  ou sur tout autre site de co-avionnage (en attendant BlablaPlane (c) ) ? 
  • Et surtout, si vos enfants n'ont rien coûté aux contribuables, pourquoi remboursez-vous leur déplacement ? 

Monsieur le Premier Ministre, les français ne vous reprochent pas d'avoir emmené vos enfants à Berlin, ils vous reprochent d’être allé à Berlin pour voir un match de foot, pour votre plaisir personnel, avec un avion de la république.
Et si les français vous en veulent également autant, c'est aussi parce que vous avez passé 5 ans à donner des leçons à vos confrères de l'UMP, tout en promettant une république morale, charte gouvernementale à l'appui.

Par conséquent, remboursez la totalité ! C'est une demande  d' Anticor et des Contribuables Associés.







lundi 8 juin 2015

Poitiers-Berlin en jet privé ?

Poitiers-Berlin en jet privé : Manuel Valls, "qui travaille beaucoup", remercie les contribuables ;-) !





Plus drôle, écoutez l'explication vaseuse du président Hollande : 


L’explication de Hollande sur le voyage de... par BFMTV


Avec tout le respect que l'on doit au chef de l'Etat, il nous prend pour des idiots ! Si Hollande voit Platini mercredi, c'est à dire dans deux jours, pourquoi Valls ne povait-il pas attendre ? 
Et que faisait Anne Hidalgo à Berlin, dans ce cas ? La maire de Paris avait aussi rendez-vous avec le président de l'UEFA ? A quel titre ? 

Non, la vérité c'est que Valls a dépensé une année de SMIC pour aller voir un match de foot, au lieu d'allumer une télévision à Poitiers, ville dans laquelle il se trouvait à l'occasion du congrès des socialistes. 
Qu'il s'explique !
Après le scandale des taxis d'Agnès Saal, trop c'est trop !

Comme dit Anticor (1),  il appartient désormais au Premier ministre de rembourser l’Etat du prix de son voyage.


(1) Anticor Le Premier ministre doit donner l’exemple. 7 juin 2015

vendredi 5 juin 2015

Roland Garros, ou la vision de la démocratie, par Manuel Valls et Anne Hidalgo

Roland Garros est bientôt fini, la productivité va pouvoir remonter ! :-)
Enfin, bientôt fini, pas exactement.

Comme dirait Alexandre Gady, le président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France, «C'est la guerre!» (1).

Voyez plutôt !



Qu'est-ce qui rend la maire de Paris, le maire du Xeme, le maire du IIIeme et le président de l'Assemblée Nationale si guillerets ?

Ils se sont rendus à Roland Garros, et en plus, ils en ont profité pour montrer à Manuel Valls à quel point ils sont content de la décision du gouvernement, prise hier : Le premier ministre va signer les permis d’extension de Roland-Garros sur les Serres d’Auteuil . (2)

Souvenez-vous : le tournoi de Roland Garros a un problème : il dispose d'une surface trop petite (3), et pour pouvoir rester compétitif, il dispose de deux options : s'agrandir ou déménager. Pour le déménagement, apparemment, c'est exclu. La très chic FFT juge que les villes de Gonesse, Evry, Marne la Vallée et même Versailles, oui, Versailles, ne sont pas dignes d'accueillir l'open de France.




C'est le 16eme ou rien (4) !

Quand à l'agrandissement, il y avait, la encore, deux options : une qui consistait à couvrir un bout d'autoroute, la A13, afin de gagner de la surface utile (5), ou d'étendre le stade sur un espace vert voisin et classé, les Serres d'Auteuil.

D'aucuns, à commencer par Anne Hidalgo, maire de Paris, et Manuel Valls, premier ministre, diront : on peut bien sacrifier les Serres d'Auteuil si cela sert le fameux intérêt général, vous savez, celui qui a couvert le pays de lignes TGV déficitaires, et la dette qui va avec.
Mais, en même temps, Anne Hidalgo n'est-elle pas la maire qui a déclaré "nous présentons dès le début de la mandature une somme de mesures destinées à favoriser la participation de nos concitoyens. Parce que les Parisiens ont toute légitimité à prendre part aux débats portant sur l’avenir de leur ville, je veux leur donner les moyens d’une expression libre et élargie. (6)" ? N'est-elle pas la maire qui crie au "recul démocratique" (7) quand  les députés votent, contre son avis, la création de "zones touristiques internationales", en particulier à Paris, où les commerces pourront ouvrir les dimanches et soirs ?

Autrement dit, la démocratie, pour Manuel Valls et Anne Hidalgo, c'est être d'accord avec les décisions déjà actées par la mairie de Paris et l’exécutif ?

C'est à souhaiter que les ZADistes de Notre Dame des Landes plantent leurs tentes Porte d'Auteuil ! Le dialogue fondé sur les arguments de droit et la demande de respect de l'opinion des riverains pèse peu lourd face à la volonté du PS de construire un pôle de sport business dans le sud du XVIeme, en total accord avec la vision jacobine des socialistes, et contre tout bon sens.


Egalement publié sur Contrepoints