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lundi 12 octobre 2015

Cheyenne Caron, ou l'impossibilité de sortir de la matrice

Quand on lit certains faits divers, on ne peut que se dire qu'on vit dans un pays de fous formidable.
Tenez, prenez le conflit qui oppose le CNC à Cheyenne-Marie Carron. Le CN quoi ? Cheyenne qui ? 

Cheyenne Carron
Le Centre National du Cinéma (CNC), vous connaissez. Il s'agit de cet organisme, dont, en 2011, l'inspection des finances (pas des anti étatistes, donc) estimait qu'il "avait trop d'argent" (1), et qui supervise l'ensemble du cinéma français.  Le budget du CNC est alimenté par des taxes spécifiques touchant le secteur de l'audiovisuel :
  • Taxe Spéciale Additionnelle prélevée à hauteur de 10,72% sur le prix des places de cinéma
  • Taxe sur les éditeurs et les distributeurs de services de télévision,
  • Taxe sur la vidéo physique et la vidéo à la demande
Autrement dit, tout spectateur de film, ou tout consommateur de services connexes à la TV contribue à faire fonctionner le CNC. Ce dernier se voit doté de diverses missions, dont celle de faire respecter la chronologie des médias (2) 
Quand à Cheyenne-Marie Carron, si vous n'êtes ni un lecteur de la presse qui n'est pas Charlie (Nouvelles de France, Islamisme.fr, B. Voltaire ...) ni un expert en films traitant de la religion (3), et de la chrétienté notamment (4), son existence et celle de ses oeuvres cinématographiques (cinq films) a pu vous échapper. 

Pourtant, ce que vit cette cinéaste est instructif, pour ne pas dire édifiant. Pour son dernier film comme pour les précédents, Cheyenne Carron s'est vu refuser une subvention du CNC. Jusque la, à la rigueur, on se dit que ça n'est pas grave, puisque Cheyenne Carron a mis en oeuvre son plan de se financer par le mécénat (5). Comme dans le cas emblématique de Kung Fury (6), on voit que la création artistique peut passer par d'autres circuits que le financement institutionnel classique. Mais les problèmes de Cheyenne Carron ne se sont pas arrêtés la. 
Après le financement et la réalisation, il a bien fallu distribuer le film. Et la, la dernière œuvre de Cheyenne Carron s'est heurtée aux limites de l'esprit Charlie. En France, en 2015, la liberté d'expression est acquise, dans les limites du "vivre ensemble". L’Apôtre, le film de Cheyenne Carron que le CNC avait refusé de subventionner, n'y voyant sans doute pas d'intérêt (malgré la mission du CNC de promouvoir le cinéma français dans toute sa diversité) a été interdit de distribution, car il risquait de porter atteinte à l'ordre public. De quoi parle ce film ? D'ultra libéraux mangeurs de chatons ? De pédonazis appelant à assassiner le président Hollande ? Non. Même pas. Il s'agit simplement d'une fiction dans laquelle un "musulman d'apparence", comme disait Sarkozy, se converti au catholicisme et est confronté à des réactions diverses de la part de son entourage.





Voila un sujet qui menace donc l'ordre public en France en 2015. Est-ce parce que, aussi minoritaire puisse être cette expérience, on, sait qu'elle existe, ici comme ailleurs (7) ? 

Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés la pour la cinéaste. Puisque le CNC n'a pas voulu subventionner son film, et puisque diffuser un film au Lincoln (Champs Elysées) ou au Village (Neuilly sur Seine) peut porter atteinte à l'ordre public, Cheyenne Carron a décidé de vendre son film sous forme de DVD, ce qui n'est pas permis avant plusieurs mois par la règle de la chronologie des médias. Il faut attendre au minimum 4 mois entre la date de sortie du film et sa mise à disposition sous forme de DVD. 

Du coup, le CNC cherche à poursuivre Cheyenne Carron. 




Question : est-il logique que le CNC se permette de superviser la vie d'un film qui est déjà totalement hors circuit et qui n'a pas couté un seul euro d'argent public ? 

http://www.christianophobie.fr/la-une/lapotre-le-film-attendu-desormais-en-dvd#.Vhto2ZdmrYQ
Pourquoi, sur la forme aussi bien que sur le fond, s'acharner sur l’Apôtre et sur sa réalisatrice, sachant qu'ils sont complétement en marge des institutions culturelles ? Est-ce pour envoyer un signal aux outsiders, ou est-ce le sujet traité qui est en cause (à moins qu'il s'agisse des deux ?). 
Question subsidiaire : qui contrôle le CNC, cette institution totalement hors de contrôle et qui refuse jusqu'à l'idée d'appliquer les recommandations de l'Etat en matière immobilière (8)? 
Enfin, quand bien même le CNC serait désireux de faire taire celle qui'il doit probablement considérer comme une cinéaste d'extrême droite, ne pourrait-on pas rappeler que la liberté d'expression ne vaut pas que pour les idées et concepts qui nous plaisent (10) ? 

Il s'agit moins de brider le champ d'action de cette autorité administrative indépendante que d'éviter qu'ils donnent raison a posteriori à l'ennemi public numéro un, Dieudonné, dont la stratégie de victimisation découle du comportement du CNC (11), ne l'oublions pas. 


(2) Wikipedia Chronologie des Medias
(3) Le blog cinéphagemaniac L'apotre, de Cheyenne Carron 20 février 2015
(4) L'Obs Rue 89 Des films cathos retrouvent le chemin des salles, grâce à des mécènes 30 juin 2014
(5) Liberation La phrase de Cheyenne Carron
(6) H16 Du kung-fu, des dinosaures, des Valkyries ? Une autre façon de faire des films 17 mai 2017
(7) Aleteia Maroc : La conversion de musulmans au christianisme soulève la colère dans le pay 30 mars 2015
(8) BFM Business
(9) Le CNC ne veut pas quitter les beaux quartiers de Paris 1 septembre 2014
(10) Génération Libre Pour rétablir la liberté d'expression
(11) Grioo.com Film sur le "Code Noir": Dieudonné s'exprime 17 septembre 2004

dimanche 9 août 2015

#LoiRenseignement : un attentat aux libertés, par @edwyplenel (#Mediapart) / #PJLRenseignement

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. 



Source : Mediapart
Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate. Et vous donne rendez-vous en ligne lundi 4 mai pour une journée de mobilisation.
Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.
Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée. Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.
L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.
Il suffit de lire l’avis circonstancié que vient de rendre à l’unanimité la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convaincu (il est ici sur Mediapart). De ne pas se laisser rebuter par sa longueur ni par son juridisme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite derrière son langage précautionneux. Ce texte fait litière radicale de la vulgate gouvernementale selon lequel ce projet de loi, d’une part, donnerait enfin un cadre légal respectable aux activités occultes des services de renseignement et, d’autre part, instaurerait un contrôle efficace de ces mêmes activités.
D’emblée, la CNCDH souligne au contraire que la façon dont ce projet de loi a surgi en dément totalement les intentions vertueuses proclamées. Elle souligne que ce texte est passé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes terroristes de janvier et « quelques jours seulement avant la tenue d’élections cantonales dont la campagne a été marquée par une forte présence du populisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été élaboré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi antiterroriste, « consécutive à l’affaire Nemmouche », elle-même faisant suite à deux autres lois antiterroristes récentes, « consécutives, elles, à l’affaire Merah ».
Tandis que chômage, précarité, insécurités sociales et injustices économiques, mal-vivre et mal-être sont relégués en fond de décor de notre vie publique, sans urgences ni priorités de nos gouvernants, plus de vingt-cinq lois relatives à la sécurité intérieure ont été adoptées ces quinze dernières années, entre 1999 et 2014. Déplorant « cette prolifération de textes législatifs relevant davantage de l’opportunité politique que du travail législatif réfléchi », la CNCDH « rappelle l’importance d’une politique pénale et de sécurité pensée, cohérente, stable et lisible, dont la qualité ne se mesure pas à son degré de réactivité aux faits divers et aux circonstances du moment ».
Traduite par la procédure accélérée imposée par le gouvernement, la « plus grande précipitation » a été voulue pour ce projet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rappelle sa « ferme opposition » à cette procédure. Aucune urgence effective ne la justifie. C’est en fait une arme de pouvoir, un moyen de faire taire les oppositions, de prendre de court les protestations, d’entraver le fonctionnement normal du Parlement, de restreindre « considérablement le temps de réflexion et de maturation nécessaire au débat démocratique ».
Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État profond, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique. Aucun débat préalable, aucune enquête parlementaire, aucune audition contradictoire pour évaluer les récents fiascos sécuritaires des services chargés de la lutte antiterroriste, alors même que les itinéraires de Merah, de Koulibali et des frères Kouachi le justifieraient amplement, révélant des failles de surveillance et des manques de vigilance.
Pis, la CNCDH relève « la pauvreté » de l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi, son caractère succinct, ses formulations vagues, sa façon de procéder « par simple affirmation en s’exonérant de toute référence documentaire ». Car cette loi n’est pas seulement un mauvais coup, elle est aussi de mauvaise qualité, mal rédigée, imprécise ou incomplète. Voulu, ce flou cache évidemment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême précision pour toute disposition permettant de porter atteinte au droit au secret privé et familial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigoureux d’un pouvoir de surveillance qui, toujours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.
Appelant en conclusion à des « amendements du Gouvernement et du Parlement[qui] permettent de renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réquisitoire : le retrait ou la suspension de cette loi attentatoire à nos droits fondamentaux, au respect de nos vies privées et familiales, à nos libertés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.
Car c’est bien « une surveillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies. À plusieurs reprises, son avis affirme que le dispositif de la loi contient « une violation flagrante de l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme énonçant le « droit au respect de la vie privée et familiale ».
« Le risque d’un “État panoptique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autrement dit d’un État ayant à sa libre disposition des instruments technologiques qui lui donnent accès à une transparence totalitaire sur la vie privée des individus, leurs pensées secrètes, leurs personnalités intimes. Pis, en étendant le recours aux techniques de renseignement jusqu’aux intérêts de la politique étrangère comme aux intérêts économiques et industriels, sans compter la surveillance préventive des violences collectives, le projet de loi offre un champ « potentiellement illimité » aux curiosités intrusives des services de renseignement.
Quant à la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » que la loi entend instaurer, son indépendance, son impartialité, sa technicité et sa compétence sont radicalement mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garanties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque fortement de ne pas être effectif ».
Ultime reproche, et non des moindres, de cette commission qui réunit l’ensemble des acteurs français de la promotion et de la défense des droits humains : en faisant basculer dans le champ de la police administrative des mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires, ce projet de loi« porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».

Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse

Autrement dit, ce projet de loi est anticonstitutionnel, violant notre loi fondamentale, celle dont le président de la République est normalement le gardien. « Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », énonce l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Comment François Hollande ou Christiane Taubira, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils rester inertes face à ce réquisitoire aussi rigoureux qu’implacable de la CNCDH, commission éminemment représentative de la société dans sa diversité dont l’efficace présidente, Christine Lazerges, est de ces professeurs de droit qui se font fort de « raisonner la raison d’État » ?
Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en travers de ce coup d’État à froid contre nos droits fondamentaux, leurs noms resteront définitivement associés à la pire régression de nos libertés individuelles et collectives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colonial, ces pouvoirs spéciaux imposés à leur majorité par, déjà, des gouvernants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une République en est morte, gangrénée par des factieux et des tortionnaires, des hommes qui se voulaient gardiens sans contrôle d’une sécurité devenue un absolu au mépris de la liberté, promue fin en soi quels qu’en soient les moyens.
Voulu par le premier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait symboliquement le rapporteur devant l’Assemblée, porté par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui se comporte en représentant des services bien plus qu’en élu de la Nation, ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11-Septembre. Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.
Avec ses mots feutrés, la CNCDH souligne ce chantage dont la représentation nationale et l’opinion publique sont actuellement l’objet : « Tout se passe comme si la simple invocation d’une plus grande efficacité pouvait justifier l’adoption, sans aucune discussion, des mesures les plus attentatoires aux libertés. » C’est pourquoi elle prend la peine de « réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérées à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure ». « La plus grande victoire des ennemis des droits de l’homme (terroristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la consolidation d’un État prétendu de sécurité qui se légitimerait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux. »
Nous y sommes, et c’est pourquoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volontés doivent converger pour faire échouer ce projet de loi. Et, s’il est néanmoins adopté, continuer sans relâche à se mobiliser pour qu’il échoue sur d’autres obstacles, le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l’homme ou, tout simplement, la société elle-même, soulevée par ce « droit de résistance à l’oppression » que lui reconnaît, depuis 1789, l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme.
Car, outre l’abandon par la gauche de gouvernement du terrain des libertés, de leur élargissement et de leur conquête, le plus stupéfiant dans cette régression démocratique est le spectacle d’un pouvoir qui prétend défendre la société contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix discordante parmi tous les acteurs sociaux : des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide (lire ici).
Mais, pour les sachants qui prétendent nous gouverner, leurs cabinets et leurs communicants, cette expertise citoyenne ne compte pas, y compris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée nationale, au sein d’une commission sur le droit et les libertés à l’âge du numérique composée de parlementaires et de représentants de la société civile (lire là son avis). Pour eux, la société qui proteste a forcément tort. Elle est mal informée, mal éduquée, mal intentionnée. Il y a là une pédagogie antidémocratique au possible, où les représentants ignorent superbement ceux qu’ils sont supposés représenter, où le pouvoir exécutif s’affirme comme le tuteur autoritaire d’une société ignorante ou menaçante, dans tous les cas mise à distance et sous contrôle.
« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques provoquées par certains attentats, savamment exploitées par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Ainsi commence, en 1899, l’article du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Francis de Pressensé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des attentats anarchistes qui ensanglantaient alors la Troisième République.
Il s’intitulait « Notre loi des suspects », et s’en prenait à ceux qui, en l’ayant adoptée, abaissaient la République, son idéal et ses principes : « Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. »Forgés par la haute bataille du dreyfusisme qui les occupait alors, Francis de Pressensé et ses pareils, dont Jean Jaurès, en concluaient qu’il revenait à la société, aux citoyens qui la composent, bref au peuple souverain, de relever cette conscience et cette âme, abandonnées et meurtries par la politique professionnelle.
Nous avons tous rendez-vous aujourd’hui avec la même exigence : le devoir de nous dresser contre ce crime légal, officiel, gouvernemental et, peut-être, parlementaire, puis présidentiel si la loi est adoptée puis promulguée. Un devoir qu’au temps des combats fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Francis de Pressensé, dressait un réquisitoire contre les lois de 1893-1894 aussi informé que celui de la CNCDH contre le projet de loi qui nous occupe. Par obligation de réserve, il signait anonymement « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur leader du socialisme français, l’homme du Front populaire, dont c’était le premier acte politique.
« Telle est l’histoire des lois scélérates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse, elles avaient été votées. » 
Mesdames et Messieurs les députés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être complices d’un attentat aux libertés. L’honneur d’être fidèles à la République véritable.
Edwy Plenel.

lundi 20 avril 2015

"Il faut que les entreprises jouent le jeu" (@MarisolTouraine)

Avez-vous écouté Marisol Touraine, hier, sur BFM TV, interviewée par Apolline De Malherbe ? Quand on lit ce qu'elle a déclaré, on comprend mieux certains des problèmes dont souffre notre pays.
Il y avait une vérité dans ce que  Marisol Touraine a pu raconter :

En effet, dans la configuration actuelle, comme le rappelait le bloggeur le Duff (1), la situation est incertaine et bien que le pays soit à "droite", Hollande conserve toutes ses chances pour 2017. 

En revanche, la Ministre des Affaires sociales, de la Santé, et des Droits des Femmes a aussi déclaré ceci : "Il faut que les entreprises jouent le jeu", "et toutes ne remplissent pas leur part du contrat pour l'instant. Il faut les dirigeants d'entreprises "mettent les bouchées doubles" pour atteindre les objectifs du gouvernement" (2). Et là, c'est plus gênant. 

C'est plus gênant car des propos pareils ne peuvent trahir que deux attitudes : le cynisme ou l'incompétence. 
Soit Marisol Touraine ne croit pas ce qu'elle dit, et il ne s'agira finalement que d'un foutage de gueule de la traduction de la propension qu'ont les ministres (de droite comme de gauche) à prendre les français pour des idiots et des enfants incapables de supporter la vérité. 
Soit Marisol Touraine croit ce qu'elle dit, et là c'est plus grave, il s'agirait de la part d'une ministre d'une méconnaissance du réel. 

En effet, les entreprises ne sont pas la pour jouer un jeu, elles n'ont aucun contrat avec les autorités publiques et les dirigeants d'entreprises ne sont pas la pour permettre au gouvernement d'atteindre ses objectifs. 

Si vraiment des membres du gouvernement sont persuadés du contraire, c'est inquiétant. Du coup, on pourrait comprendre pourquoi ils pensent que quand ils négocient quelque chose avec le MEDEF, ils pensent négocier avec les entreprises. Mais le fait est que dans une économie libre, les syndicats patronaux ne peuvent pas être aux entrepreneurs ce que les syndicats de salariés sont à des fonctionnaires grévistes. Les entrepreneurs n'attendent de directives ni du MEDEF, ni du gouvernement.
Quand est-ce que le gouvernement comprendra que l'emploi n'est pas un but, mais un moyen des entreprises, et que par conséquent, il conviendrait d’arrêter aussi bien les "aides" que le matraquage ? 

Oui, il ne faut PAS aider les entreprises. Soit elles parviennent à survivre en faisant du profit et donc en satisfaisant leurs clients, soit elles doivent disparaître. Mais on ne voit pas très bien pourquoi (ni même comment) elles répondraient aux injonctions de Marisol Touraine ? 
Les entreprises ne recrutent pas pour le plaisir, mais parce qu'elles estiment qu'une telle action leur rapportera plus qu'elle ne leur coûtera, tout en ayant des risques limités. 
Or, l'instabilité juridique et fiscale fait partie de ses risques. 

On veut bien que Marisol Touraine ne soit pas au courant de ce genre de réalités assez basiques. Mais rien ne lui empêche de s'informer. 
Et si elle veut "aider", alors qu'elle coupe dans les "aides" (3) et autres "dispositifs de soutien".





Il n'y a qu'un environnement de stabilité juridique et fiscale, sur fond d’impôts faibles (et donc de dépense publique réduite) qui permettra de créer les conditions de possibles créations d'emplois. Rien d'autre.


(1) Le blog du Duff La victoire en trompe l'oeil 4 avril 2015
(2) BFM TV Marisol Touraine 19 avril 2015
(3) Contribuables Associés Les Enquêtes du contribuable "Le grand scandale des aides aux entreprises" (avril/mai 2015) 

samedi 4 avril 2015

Désormais, interdit d'être trop gros ou trop maigre !




Vous la reconnaissez ? Pour celles et ceux qui vivent sur Mars, voici Kim Kardashian, une star de la téléréalité, aux Etats-Unis, donc ailleurs également. Elle n'a rien fait de spécial mais c'est une vraie leader d'opinion. Quand le président Hollande et les quelques trois cents députés socialistes français doivent arriver, tous ensemble, péniblement, à cinq ou dix millions de followers sur Twitter, Kardashian arrive à en avoir 30 millions.
Mais il se trouve que les lois françaises, ce sont les députés qui les font, pas Kim Kardashian. Et qu'on décidé tout récemment nos députés (dont on rappellera qu'ils sont majoritairement des hommes quinqua et plus ...) ? Ils viennent de créer un nouveau délit (1), puni d’un an d’emprisonnement et de 10.000 euros d’amende visant à réprimer l’incitation à la maigreur excessive, notamment de la part de sites internet pro-anorexie.
Ce qui est drôle, c'est que dans le même temps, ils ont aussi interdit le Free Refill de sodas afin de lutter contre l'obésité. 
Au même moment où, manifestement, les canons de beauté en vogue, non pas chez les quinquas mais les ados, changent pour s'aligner sur les formes de Kim Kardashian (2), assez loin de l'anorexie, les députés, au lieu de proposer des budgets en équilibre, le respect des critères de Maastricht, la simplification du mille feuille administratif, la ratification des nombreuses guerres dans lesquelles la France est engagée ou la légalisation de l'auto défense, préfèrent légiférer sur le poids des mannequins !
Ce faisant, en admettant que le sujet relève effectivement de la représentation nationale et non pas du libre choix des consommateurs, ils s’apprêtent à exclure du marché du travail de nombreux mannequins comme cette septuagénaire, Lauren Hutton, qui ont le tort de plaire à la presse féminine mainstream et aux vraies cibles de l'industrie de la mode, les quinquagénaires à fort pouvoir d'achat (et non pas les petites ados qu'essayent vainement d'imiter certaines de leurs aînées).


Le plus drôle, dans les justifications de ces députés qui légifèrent sur tout et n'importe quoi, ce sont les justifications : Olivier Véran, socialiste de gauche (PS), explique que son amendement anti anorexie va permettre de protéger les mannequins en "sanctionnant de façon sévère les agences si jamais elles étaient amenées à provoquer un amaigrissement excessif et à mettre en danger les mannequins une fois qu'elles sont sous contrat"
Quand à Arnaud Richard, socialiste du centre (UDI), il explique aux manants qui auraient la malencontreuse idée de se désalterer plus que de raison après une après-midi chez Ikea, que "C’est le rôle de la loi de fixer un cadre pour protéger la population contre une surenchère commerciale".

Est-ce que ces députés vont interdire à Carrefour/Leclerc/Auchan/SuperU de vendre des paquets de biscuits "un acheté/un offert" à des mannequins ? Proposent-ils de poser à l'entrée des écoles des perfusions de nutrition pour les anorexiques ? Vont-ils suggérer de faire suggérer l'indice de masse corporelle sur les contrats de travail ? Ont-ils dans l'idée de rendre obligatoire pour tous les ménages français les suggestions de menus publiées par le ministère de la santé ? En un mot, jusqu'où ira l'intrusion dans la vie privée des gens ?

Notez, il y a quand même une certaine cohérence dans le raisonnement de Véran et Richard, pour peu que l'on accepte certaines hypothèses. Si on part du principe que les consommateurs de soda ou les anorexiques font peser un coût trop élevé sur le système de santé publique et donc sur la Sécurité Sociale, et vu qu'il est interdit ne serait-ce que de parler de la possibilité de sortir de la Sécurité Sociale, alors il est logique que les députés s'immiscent jusque dans les assiettes des français.
Voila exactement pourquoi on peut dire qu'il n'y a pas d'opposition, en France, aux principes socialistes et dirigistes qui président à l'action de la majorité actuelle. La "droite" n'envisage pas une seconde que chacun puisse être responsable de soi, et que les consommations des enfants ne devraient relever que du seul choix des parents.

Que chacun gère lui-même son capital santé, qui dépend à la fois de son ADN et de ses choix de vie ? En voila une idée !
Non, en socialie, c'est l'Etat qui décide !





(1) H16 Les députés s’occupent vaillamment de notre poids 2 avril 2015
(2) Atlantico De Nicki Minaj à Kim Kardashian en passant par Beyonce : la revanche des gros culs (et pourquoi c’est un sujet politique)13 novembre 2014

samedi 7 mars 2015

Contrôle des sous-locations de HLM parisiens : hypocrite mais bienvenu !

25 ans après la chute du Mur de Berlin (1), il y a encore une extrême gauche communiste en France, et à Paris, capitale de la France, ces communistes collaborent avec le Parti Socialiste, celui qui donne des leçons anti extrémistes. C'est incroyable mais c'est ainsi ! Le Parti Socialiste peut s'allier aux communistes du FDG, par contre si l'UMP tentait ne serait-ce que d'envisager une collaboration avec les nationaux socialistes du FN ...

Cette collaboration PS-FDG se matérialise notamment par la présence de Ian Brossat aux cotés d'Anne Hidalgo, en tant qu'adjoint au logement. Ian Brossat, vous savez, c'est celui qui, sans doute inspiré par l'architecture et l'urbanisme soviétiques, aurait bien rasé le Sacré-Coeur, ça pose le personnage. 

Pourtant, l'executif parisien a pris une décision de bon sens cette semaine : lutter contre la sous-location de HLM. 


En effet, chacun comprend que l'existence même de HLM est un scandale : étant donné que le logement représente le premier poste de dépense de la plupart des ménages, pourquoi le contribuable devrait aider certains à se loger, tout en subissant un coût d'opportunité énorme et en contribuant à raréfier l'offre libre ? De plus, les HLM sont, on le sait, un instrument de clientélisme. 

Néanmoins, si on admet que ce scandale puisse exister, alors force est de constater que le scandale dans le scandale, la sous location de HLM, doit cesser. Il était en effet temps que la Mairie de Paris rappelle aux titulaires de baux HLM que sous-louer son HLM en cas de vacances,  déménagement ou de mutation professionnelle risque de coûter très cher aux occupants en titre (4) !
Mais en même temps, qui peut reprocher à des locataires de HLM de se comporter de la sorte ? Le logement est un bien rare et cher, et une fois qu'un HLM est attribué, il n'y a plus de contrôles. Les ministres et autres députés qui ont été logés dans un logement du parc social de la ville de Paris, de droite comme de gauche, UMP comme PS, en savent quelque chose !
Le contrôle des sous-locations de HLM parisiens est donc une bonne idée. Il se trouve néanmoins que exécutif parisien et sa majorité socialo-communiste est vraiment hypocrite pour le coup. En effet, comme le rappelle l'élu d'opposition Pierre-Yves Bournazel (UMP), Ian Brossat jugeait, il y a peu de temps, le phénomène de sous-location "marginal" et qu'il n'y avait pas lieu de prendre des mesures. 


C'était le 1er octobre 2014 que la majorité socialo-communiste n'était pas inquiète (5) !

Il y avait beau y avoir les petites annonces, voire les récits que tous les parisiens peuvent entendre, dans leur entourage, de locataires de HLM, bénéficiaires de minima sociaux, qui n'habitent carrément plus dans la capitale mais ont transformé leur bail en business rentable, mais non, la majorité ne voulait rien entendre, ou plus exactement, elle refusait l'idée que l'opposition puisse formuler une remarque de bon sens. 

Au delà même du fond de l'affaire et de l'opportunité à faire le ménage, est-ce que les politiciens, de droite comme de gauche, peuvent comprendre que les français sont fatigués par leur cynisme et leur capacité à avoir des vérités successives, fonction de leur situation personnelle, dans l'opposition ou au pouvoir ? 

Anne Hidalgo peut-elle, par exemple, comprendre qu'il est inélégant, pour ne pas dire méprisable de rejeter l'idée qu'il faille faire des économies quand c'est Charles Beigbeider ou NKM qui le disaient (timidement, du bon des lèvres) puis reprendre cette idée à son compte quand il s'agit de voter un budget (6) ? 
A ce petit jeu de vérités à géométrie variable, le PS est champion, Hollande a montré l'exemple en 2012, même si l'UMP est quasiment ex-æquo. L’honnêteté intellectuelle semble définitivement interdite de séjour dans le débat politique ...

Il y a quand même un fait qui lui, demeure intangible, invariable, quelle que soit la couleur de la majorité : il n'est pas question de réduire l'emprise de l'Etat et du secteur public sur la vie des gens, et de ramener un peu de mécanismes de marchés dans des secteurs aussi soviétisés que le logement, pour ne prendre que cet exemple. Après tout, c'est pas cher, c'est l'Etat qui paye ! Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'il faut bien que l'Etat l'occupe du logement car c'est un bien essentiel. Que l'on sache, se nourrir est encore plus vital pour l'Homme que d'avoir un toit. Pourtant, il ne viendrait à l'idée de personne, pas même des socialistes, de vouloir nationaliser Danone, Carrefour, Michel & Augustin ou Monoprix pour s'assurer que tout le monde ait de quoi manger ! De la à ce qu'un politicien dise les choses clairement, à savoir le fait que chacun devrait habiter là ou ses moyens lui permettent de louer ...

Le fait reste qu'il ne devrait pas y avoir de contrôle des sous-locations de HLM parisiens, tout simplement parce qu'il ne devrait pas y avoir de HLM tout simplement !




(3) Ville de Paris Paris lutte contre la sous-location des HLM 2 mars 2015. 
(4) Le Parisien Sous-location des HLM : la lutte est engagée 2 mars 2015
(5) Le Parisien Les sous-locations de HLM inquiètent l'UMP 1 octobre 2014

jeudi 15 janvier 2015

Stop aux subventions à la presse !

L'affaire de l'assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo ramène sur le devant de la scène un sujet qui a le don d'irriter les contribuables et citoyens que nous sommes tous : le scandale des subventions à la presse (1). Ces aides servent à « garantir la liberté de la presse et à conforter les conditions de son pluralisme ». En effet, Fleur Pellerin, ministre de la culture, avait rapidement évoqué l'idée d'une subvention exceptionnelle à Charlie Hebdo (2).

Le plus drole est de voir ces politiciens, notamment d'extrême gauche, en appeler à l'Etat, c'est à dire à notre argent, pour organiser ce "pluralisme, bien qu'au quotidien, ils luttent contre ce pluralisme, et alors que l'ensemble de la presse française, y compris celle de droite, est prise dans le carcan du cadre mental  et idéologique hérité de 1945.

Qu'est ce qu'un journal ? C'est avant tout une entreprise, c'est à dire une réunion de gens qui, parce qu'un actionnaire a mis de l'argent dans un projet, ont choisi de mettre en commun leurs compétences rédactionnelles pour servir de média, c'est à dire d'intermédiaire entre l'information et les clients. Une entreprise, c'est censé faire un produit et gagner de l'argent grâce à ses clients, ou fermer si le projet n'est pas rentable.
Le blogueur Autueil notait, il y a quelques temps, à quel point le journalisme était entré dans une phase d'obsolescence, notamment parce qu'il avait manqué la nécessaire adaptation de son produit (4). En France, c'est plus que cela. La presse française n'est pas seulement en retard au niveau numérique (avec les notables exceptions de l'Opinion ou surtout de Médiapart), elle est surtout en retard de diversité. En effet, si on admet que la presse devrait refléter la diversité d'opinion, où est le grand quotidien ou l'hebdomadaire conspirationniste (un corpus de thèses peu ou prou partagé par 50% des français (5) ) 
Où est le grand quotidien ou l'hebdomadaire anti européen voire europhobe (une opinion partagée par au moins 20% des électeurs) ?
Il est communément admis de dire qu'un journal n'est pas qu'une entreprise, mais que c'est aussi un des vecteurs de la démocratie et donc à ce titre un projet d'intérêt "général". Si c'est vrai, la France, qui lit très peu de quotidiens par rapport à ses voisins, a donc du souci à se faire.
Si la presse doit refléter le pluralisme, est-il cohérent que l'Humanité, diffusant une idéologie morte en 1989, soit aidé y compris par le biais d'amendements nocturnes et discrétionnaires  (6) ? Le gouvernement ne devrait-il pas, par cohérence, choisir d'aider autant Minute que ses alter ego d'extrême gauche ? 




En réalité, la raison pour laquelle il n'y a absolument pas besoin d'aider la presse réside dans le fait que le pluralisme existe, non pas grâce à l'État et à ses fonctionnaires, mais parce qu'en 1992, dans un laboratoire à Genève, un informaticien anglais a inventé le worldwide web, parce qu'en 1995, un jeune ingénieur californien a crée le premier navigateur grand public, et parce que depuis plus de 15 ou 20 ans maintenant, des entrepreneurs (au sens large de du terme, pas seulement au sens marchand) se saisissent de leur pouvoir de création pour lancer des plateformes d'information (Agoravox, le Huffington Post) ..., des espaces de bloggings (Blogger ...), des réseaux sociaux (Facebook, Twitter), etc.

Durant les événements de la semaine dernière Porte de Vincennes et à Dammartin-en -Goele, les musulmans avaient été invités à se démarquer des terroristes et à condamner leurs actes, alors qu'ils pouvaient éventuellement partager de la gène vis a vis des caricatures de Charlie Hebdo. Les musulmans feraient mieux, plutôt que de qualifier tel ou tel titre d'islamophobe (7), de commencer par demander l'arrêt de toutes les aides à la presse.
De manière plus globale, les français doivent comprendre que le vrai préalable au pluralisme de la presse, c'est la liberté entrepreneuriale, et le démantèlement du système actuel dominé par une AFP partiale (8) et archi subventionnée. Ainsi, une fois la liberté restaurée, on cessera de se demander pourquoi la presse parle des 17 morts de Paris mais pas des 2000 morts du Nigéria (9). 

Cette liberté, c'est celle qui fait que Charlie Hebdo survivra grâce à ses clients (10), et non pas parce que Matignon ou l'Elysée auront décidé de prendre des abonnements et le ministère de la culture fait voter une subvention.



(1) Contrepoints Le montant des aides à la presse révélé 24 décembre 2013
(2) La Tribune Qui soutient Charlie Hebdo ? 9 janvier 2015
(4) Authueil L'obsolescence du journalisme 31 décembre 2014

vendredi 2 janvier 2015

Hollande rejette la responsabilité du chomage sur les entrepreneurs

En théorie, il aurait fallu s'abstenir de commenter les voeux présidentiels de Hollande. D'ailleurs, les français ne les ont pas regardé (1). Ca tombe bien, Hollande n'a rien dit d'intéressant (2).
Le problème est qu'il est impossible d'ignorer les stupidités étatistes que le président Hollande répète en boucle, espérant peut être qu'elles seront crues, à force, voire qu'elles deviendront des vérités.

Il en est une parfaitement ridicule, qui pourrait être risible si elle ne concernait pas le cas du chômage. Il s'agit de l'attitude de Hollande par rapport au pacte de responsabilité. Le président de la république, constatant que les charges sociales sont plus élevées en France que chez nos voisins, a décidé de mettre en oeuvre un plan d'allègement des charges sur les salaires. Ce plan a été assorti de "contreparties" : les patrons doivent créer des emplois. Citons Hollande : "Aux entreprises maintenant d'embaucher et d'investir, c'est le sens du mot responsabilité. Notre obligation commune, c'est la lutte contre le chômage" (3).

Pauvre François Hollande ... est ce que le président de la République, ex professeur d'économie, (4) diplômé des meilleures écoles, ignore vraiment que le role des entreprises n'est pas de créer de l'emploi, mais de faire des profits, en répondant à une demande et en combinant des facteurs de production, dont le travail ?
François Hollande ne sait-il vraiment pas que les entrepreneurs ne se reconnaissent aucune responsabilité d'aucune sorte en terme d'emploi ?

A sa décharge, notons que le président de la République est prisonnier d'un système de pensée dans lequel il n'y a pas d'individus, avec leurs aspirations propres, mais des agrégats, les ménages, les entreprises, à la tête desquels on peut nommer des syndicalistes chargés de négocier en leur nom. Hollande ne peut pas admettre que les 2 millions d'entrepreneurs de France n'ont pas à obéir aux injonctions venues d'en haut et que le MEDEF ne sera jamais aux entreprises ce que la CGT ou Sud sont éventuellement à la fonction publique.

Les entreprises recrutent notamment quand elles pensent qu'une embauche rapportera plus que ce qu'elle va couter. Si Hollande veut favoriser les embauches, il sait ce qu'il doit faire : commencer par un plan d'économie au niveau de la dépense publique, ce qui permettra de rendre crédible les baisses de charges annoncées. En effet, tous les entrepreneurs ainsi que les contribuables et cotisants sociaux, savent que les taxes et impôts ne peuvent qu'augmenter puisque rien n'annonce une baisse du périmètre de la dépense publique. Ensuite, il doit annoncer la stabilité juridique et fiscale. Dans un pays où même EDF, entreprise publique, est obligée d'aller ouvrir des filiales aux Bermudes ou à Luxembourg pour pouvoir s'en sortir, il est vraiment temps de simplifier et stabiliser l'environnement dans lequel les entreprises opèrent. Enfin, Hollande doit expliquer aux français qu'il n'y a pas de distinction entre les charges sociales patronales et les charges sociales salariales, et qu'il est temps qu'on aborde la question du salaire complet (5).

Le pacte de reponsabilité n'a aucun sens. Le MEDEF a tort de laisser penser qu'il puisse en être autrement. Les emplois ne sont pas un objectif des entreprises, mais un moyen. Les entreprises ne s'engagent à rien. C'est l'Etat qui veut leur forcer la main, de manière parfaitement artificielle, faute de pouvoir créer encore plus d'emplois publics.
Hollande n'a donc qu'à s'en prendre à lui-même et à sa promesse d'inversion de la courbe. Mais évidemment, en tant que chef de l'Etat, il a les moyens de réécrire l'histoire ...!




samedi 20 décembre 2014

Virer Zemmour, typiquement la fausse bonne idée

Alors le syndicat des journalistes a fini par avoir Zemmour ? Deux quotidiens, dans le rouge, alors qu'ils s'adressent aux CSP + de gauche, relaient un communiqué de la très controversée AFP (1).  Le Monde est heureux d'annoncer qu'i-Télé (groupe Canal +) met fin à sa collaboration avec Eric Zemmour (2), idem pour Libération (3). 



Et tout ça pour quoi ? 

Parce que Zemmour a déclaré dans une interview, non pas qu'il voulait déporter 5 millions de musulmans, mais qu'il ne les aime pas car  (4): 

- "Les musulmans ont leur code civil, c'est le Coran"
- "Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les Français ont été obligés de s'en aller"
- "ils ne "donnent pas à [leurs] enfants des prénoms français" (5) (6)
- "ils ne sont pas monogames, 
- "ils ne s’habillent pas à la française"
-" ils ne mangent pas à la française, du fromage par exemple" 
- "ils ne blaguent pas au café"
- "ils ne font pas la cour aux filles".

Bref, ils menaceraient un "mode de vie à la française".

Première question : est ce que les censeurs de Zemmour pensent sérieusement que le priver d'antenne d'iTélé (1% de part de marché dans le meilleur des cas, très loin derrière Next Radio TV (BFM TV (7), RMC ...) et surtout à des années lumières derrière la chaîne YouTube de Dieudonné) changera quoi que ce soit à son audience, lui qui vend son dernier essai, le suicide français, à un niveau record ? Est-ce que cela permettra au ministre des finances, Michel Sapin, pourtant Enarque et franc maçon (8) donc bien connecté et bien mainstream, de vendre plus de livres (9) ? 

Deuxième question : est ce que le fait que Zemmour, comme toute une partie de la communauté juive (10) (11), pense que les musulmans sont inassimilables et dangereux, disqualifie les questions posées, à commencer par celle de la concurrence des droits et valeurs ? Cela fait des années, et d'ailleurs saluons la continuité entre Sarkozy, Hortefeux, Valls, Cazeneuve et Hollande, que les autorités publiques françaises veulent "organiser un islam de France". Où est est ce projet ? Et est-ce que censurer Zemmour fera disparaître la récurrence des faits divers tels que celui concernant ce boulanger de Nice, accusé d'être un mauvais musulman car vendant des babas au rhum et des sandwiches jambon beurre (12) ? 

Troisième question : Zemmour, cela fait des années qu'il insulte les arabes (selon le point de vue des associations arabes anti racistes proches du Parti Socialiste). Pourquoi s'inquiéter maintenant ? Parce que ces mêmes arabes en ont assez d'être trompés par les socialistes et basculent progressivement vers le Front National ? 

En vérité, c'est assez drôle de voir que la sphère bien pensante critique Zemmour sur ce critère du racisme, alors qu'en réalité, l'essayiste n'est qu'une version ultra extrême de l'idéologie officielle française : l'assimilation. Que veut Zemmour ? Il rêve de musulmans qui seraient des français version Amélie Poulain. En effet, il y a un double présupposé dans les propos de Zemmour, à commencer par l'existence d'un mode de vie unique et unifié, à la française, dans lequel faire la rencontre de la bande d'amis, mixte, au café, autour d'un verre de vin et d'une assiette de charcuterie et de fromage, serait l'élément central. Eric Zemmour n'est pas le seul à trop regarder "Plus Belle la Vie". Durant des années, n'a t-on pas officiellement, par le biais de l'école notamment, dit aux immigrés qu'en étant en France, ils abandonnaient leur ancien mode de vie et leur ancienne culture ? L'erreur, c'est de croire que les marseillais, les alsaciens, les bretons, les parisiens ou les béarnais ont le même rapport à ces éléments anthropologiques du mode de vie français que sont le vin ou le fromage. Leur consommation est parfaitement régionalisée, et non pas unifiée sur le plan national. Alors, de quelle intégration à quelle culture française parlons nous ? 

Tiens, l'Alsace et la Champagne Ardennes ne sont pas le même pays !
Poke la réforme des régions

Le second pré supposé de Zemmour, c'est ce mélange gênant entre islam et arabité, le même amalgame essentialiste et raciste que le président Hollande effectue quand il parle de feu le soldat Abel Chennouf, en insultant sa mémoire. Non, tous les arabes ne sont pas musulmans et tous les musulmans ne sont pas arabes. Au contraire, les valeurs que l'on attribue à l'islamisme semblent de plus en pus véhiculées par des convertis récents dont l'histoire était éloignée de celle de l'islam. En fait, on constate que l'islam et ses pratiques culturelles ne sont plus interdites à ceux que les musulmans des banlieues eux-mêmes appellent "les français", c'est à dire les européens blancs. Est-ce le contrecoup du vide idéologique que le laïcisme induit ? 

Bref, Zemmour rêve d'une France unifiée, et il est critiqué pour cela. Les médias ont tort, car il vaudrait mieux un discours critique sur les contradictions de l'intégration et de l'assimilation pour analyser les échecs de ces politiques. 

Mais le plus étonnant est que Zemmour n'ait pas été critiqué auparavant pour une autre partie de son discours, qui est d'autant plus dangereuse que, pour le coup, elle fait consensus. Il s'agit de l’antilibéralisme économique d'Eric Zemmour, qui n'est jamais contredit par un seul journaliste (normal, ils sont d'accord avec lui, en bons socialistes) et dans lequel la plupart des politiciens d’extrême gauche, d’extrême droite, de l'UMP ou du PS se reconnaissent. 
Les libéraux ont commencé ce travail. Gaspard Koenig, le philosophe et militant du Parti Libéral Démocrate, a bien mis en valeur les problèmes du discours Zemmour lors d'un meeting à Londres début novembre 2014 (15). Le rejet du Thatcherisme, sur lequel Eric Zemmour appuie son discours, n'est-il pas largement partagé par les politiciens français de gauche comme de droite ? Manuel Valls rejette le Thatcherisme (16), comme Laurent Wauquiez, Marine le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Ils sont ,sur ce point, d'accord avec Eric Zemmour !
D'ailleurs, Gaspard Koenig l'explique bien : pour Zemmour, une partie du mal français s'explique par «la fin discrète du colbertisme» (17), et ce alors que le poids de l'Etat n'a jamais été aussi important ! 

C'est pourquoi, à l'instar de la vidéo produite par cet internaute, il serait bon qu'on se penche sur l'incapacité de Zemmour à penser la liberté et l'individu en monde ouvert, et qu'on réfute son étatisme. 




Aux propos de Zemmour, opposons des arguments ! Ce n'est pas en le virant d'iTélé que ses idées disparaîtront !
Il semble qu'il n'y ait que les libéraux pour penser que la liberté d'expression et le dialogue soient les meilleurs outils à opposer aux idées protectionnistes et réactionnaires de Zemmour ?


(3) Libération I-Télé met fin à sa collaboration avec Eric Zemmour 19 décembre 2014
(16) BFM TV Manuel Valls: "je ne veux pas d'un projet thatchérien" 14 octobre 2014
(17) Le Figaro Gaspard Koenig raconte son débat avec Eric Zemmour 7 novembre 2014