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lundi 10 août 2015

Les prisons, on en parle ?

Il y a un sujet sur laquelle la classe politique évite généralement de se prononcer, c'est l'état des prisons françaises.
Or, il est honteux.

Prenez, par exemple, le sujet que l’Observatoire international des prisons (OIP) a porté en référé, mercredi 29 juillet, devant le Conseil d’Etat (1) : a t-il fait l'objet d'une journée de polémique au même titre les performances de Chris Froome ou les photos d'Aurélie Filipetti et Arnaud Montebourg ? Non. Et la classe politique ne s'est pas vraiment emparée du sujet. Pourtant, elle devrait. 

D'une part, Il n'y a globalement jamais eu autant de monde, en France, en prison. Les stats sont formelles, il n'y a pas eu de rupture majeure entre le très décrié tandem Bernard Cazeneuve - Christiane Taubira et leurs prédecesseurs UMP : il y a toujours plus de 0,1% de la population du pays qui séjourne en prison. Certes, y a des peines non exécutées.  Mais notons que 66270 personnes étaient incarcérées en France au 1er janvier 2015. La population carcérale est nettement supérieure à ce qu'elle était il y a 10 ans, puisque le nombre de détenus était de 58231 au 1er janvier 2005, soit environ 8000 de moins (2). 
Au 1er juillet 2015, 66.864 personnes étaient incarcérées en France, ce qui représente une baisse de 2,1 % par rapport au mois de juillet 2014 (68.295). Au 1er juin 2015, il y avait 66.674 personnes incarcérées, ce qui représente une hausse mensuelle de 0,3 %. (3)
On parle donc de baisse de 2%, pas de 10% ou 20%. 

D'autre part, l'état des prisons françaises est critiqué par les organisations. Au 1er juillet 2015, le parc pénitentiaire comptait 57.759 places opérationnelles et le taux de densité carcérale est de 115 %. Autrement dit, on manque de prisons. Outre le fait qu'il n'y ait pas assez de places, l'insalubrité est un qualificatif qui revient fréquemment dans les rapports des observateurs. On peut donc dire que, si la mission des prisons est de punir mais aussi réinsérer les individus après qu'ils aient payé pour leurs erreurs, alors l'état des prisons françaises est un danger pour nous tous. 

L'acception générale, en matière de prison, consisterait à dire que c'est bien fait pour les détenus, qu'on ne se retrouve pas en prison par hasard, qu'il faut quand même avoir franchi un certain nombre de limites. C'est vrai. Tout le monde ne vole pas, ou ne se transforme pas en criminel. Mais le fait est que tout le monde, à part les députés bien sur,  peut risquer d'être confronté au système carcéral, à moins, évidemment, de mener une vie parfaitement conforme aux desiderata du pouvoir. 
Prenons par exemple Nicolas Bernard-Busse, étudiant, militant de la Manif pour tous, condamné à quatre mois de prison pour faits de rébellion et de refus de prélèvement ADN. 
Cela ne vous interpelle t-il pas ? 
Si ce jeune est allé en prison, c'est donc bien suite à la combinaison de l'existence de l'Orwellien FNAEG (au début, crée juste pour les violeurs, pas la gauche, et renforcé et élargi par la droite), du zèle policier qui sort des outrages à agent à tout bout de champ et de la justice expéditive en correctionnelle (4). 
Sans aller jusqu'à la prison, combien de français ne se sont pas retrouvés un jour face au défi de l'outrage à agent, où la parole du policier pèsera toujours plus lourd que celle du civil ? 

Dans notre pays, il n'y a que Sylvie Andrieux, la députée ex socialiste, pour être condamnée à de la prison mais ne pas avoir à se confronter à la réalité de l'univers carcéral (5). Pour les autres, le risque existe. 

Dans un pays non pas idéal mais au moins en ligne avec ce qu'on attend de l'état, nos impôts devraient servir à financer l'excellence de l’exécution des missions régaliennes. La plupart des français, même ceux atteints de manière aiguë par le ras le bol fiscal, sont d'accord pour que les impôts servent à financer une police respectueuse et efficace, une justice rapide, une diplomatie qui promeut nos valeurs et des prisons dignes. 
Est-ce trop demander que de souhaiter que l’exécutif s'empare enfin du sujet des prisons, afin que les détenus soient traités de manière juste, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des français ? Faut-il rappeler le role de la prison dans nombres d'affaires où un ex petit délinquant s'est transformé en criminel ou en terroriste ?



(1) Le Monde / Libertés surveillées La prison de Nîmes : 1,33 m² par détenu. Le dossier au Conseil d’Etat 30 juillet 2015
(5) Le Monde La députée Sylvie Andrieux condamnée en appel 23 septembre 2014

mardi 22 octobre 2013

Aller punir Obama ?

NDLR : que les analystes de la NSA qui liront ce post ne s'inquiètent pas, ce billet est à prendre au second degré en ce qui concerne son aspect de politique étrangère, précisons quand même ...


Article 323-1 du code pénal 

Le fait d'accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d'un système de traitement automatisé de données est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende.


Question : est-ce que Fabius et Hollande vont faire traduire en justice, voire punir par la force comme il en avait l'intention pour Bachar el Assad (qui, lui, ne menaçait pas la vie quotidienne des français), le Lieutenant général Keith B. Alexander, le directeur de la NSA, ainsi que son supérieur hiérarchique, le président Obama ? 

Le gouvernement français va t-il envoyer quelques Mirage 2000 chargés de bombes menacer Washington DC ? Va t-il interdire à l'avenir le survol du territoire national par Obama, comme Hollande l'avait fait pour Evo Morales ? 

Non, bien sur. Tout ceci est une plaisanterie. Fabius et Hollande ne feront rien, et ce pour plusieurs raisons. 

D'une part, pour critiquer, il vaut mieux ne pas être exposé à la critique soi-même. Or, la France passe son temps à espionner, à commencer par sa propre population. Un exemple simple ? Les nombreux fichiers de police, et le peu de cas que les administrations font de l'avis de la CNIL. Souvenez-vous, quand l'Ile de France a adopté le Pass Navigo RFID, qu'est ce que Huchon a dit face à l'avis négatif et consultatif de la CNIL sur ce fichage/flicage des franciliens ? Absolument rien. Que dit Taubira face au FNAEG qui, au départ, a été crée "juste pour les violeurs" et qui maintenant intègre les données des gens qui ont eu l'outrecuidance d'aller manifester contre Hollande ? Taubira ne dit rien. Fabius, Hollande, Valls et Taubira sont très content d'avoir la main sur un système d'espionnage aussi sophistiqué que celui des Etats-Unis. 

D'autre part, Hollande adopte, en matière de politique interne et externe, de très sages principes de réal politik. Soyons faibles avec les forts, et durs avec les faibles. Il est plus facile d'aller bombarder le désert malien que de critiquer les ventes d'armes chinoises ou l'espionnage américain. Question de poids, sans doute, tout comme il est plus facile de virer Delphine Batho  que de se débarrasser de Manuel Valls. Alors, si on ne peut pas aller bombarder, peut-être peut-on essayer de provoquer des révolutions de l'intérieur ? En matière de politique française, cela commencerait par une dissolution suivie de, rêvons, démission de Hollande et Ayrault ?

Vous l'aurez compris, il n'y a pas grand chose à attendre des gesticulations du ministre des affaires étrangères, sans doute plus occupé d'ailleurs au cas de conscience du moment : 28 ans après avoir tenté de couler le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace (1), Laurent Fabius va t-il devoir venir en aide aux militants Greenpeace emprisonnés en Russie et qui communiquent sur leur cas, dans le métro parisien, en utilisant le vocabulaire de Georges W. Bush ? 






jeudi 20 juin 2013

Nicolas, "#Prisonnier politique"

A quoi joue le pouvoir socialiste ? S'achemine t-on vers une France apaisée ?

Manifestement, non.

Hier soir, Nicolas, 23 ans, sciences politiques et histoire à la Catho et en troisième année d'école d'ingénieur,  co-fondateur des Veilleurs, a été condamné en comparution immédiate à deux mois de prison ferme pour «rébellion», après avoir  manifesté, avec quelque 1500 opposants au mariage dit pour tous, devant les locaux de la chaîne de télévision M 6, à Neuilly-sur-Seine. Nicolas avait refusé de se livrer à un prélèvement de ses empreintes ou à un prélèvement ADN. Lors d'une audience en comparution immédiate, il a donc été condamné pour «rébellion et refus de prélèvement» à quatre mois de prison, dont deux ferme, avec mandat de dépôt et 1000 euros d'amende.

Comment peut-on accepter une telle peine ? C'est simple. Même si elle est sévère voire révoltante, c'est la loi. Le refus de prélèvement ADN est criminalisé. 

C'est la où on a envie de dire à nos amis de l'UMP, avec un certain dépit,  que le soutien aveugle qu'ils ont affiché pendant 5 ans, voire plus, à l'Etat, à la police, au dirigisme, était bien suicidaire. 

Rappelez-vous, amis conservateurs, quand vos amis libéraux ("ultra libéraux", vous disiez) vous parlaient de la matrice qui s'installait progressivement, que ce soit Jospin et Chirac ou Fillon et Sarkozy au pouvoir, et que cette matrice, composée de toutes les lois sécuritaires, allait tous nous tuer ? Vous souriez, ou, pire, nous accusiez de dérive "gauchiste" et de "bien pensance anti police".

Nous y sommes. Les lois que le gouvernement socialiste utilise, le droit du plus fort, la toute puissance de la police, la froide application de la loi par la justice, ce ne sont que des instruments qui étaient déjà un problème sous Sarkozy, mais contre lesquels vous ne disiez rien car vous aviez l'impression que l'Etat ne peut rien avoir à reprocher "aux gens biens" et que seules les racailles se retrouvent en prison. 

Les contrôles d'identité, les arrestations arbitraires, la méconnaissance du droit par certains policiers, la videosurveillance, les fichiers policiers, tout cela nous concerne tous, et non pas juste les jeunes basanés en casquette et roulant en guimbarde immatriculée dans le 93, tout comme, en 1940, c'est la police républicaine, et non pas l'occupant, qui a fait du sale boulot. 

Quand l'Etat s'octroie un droit (de taxer, de ficher, de contrôler, d'emprisonner, de sanctionner), ce droit est appelé à croitre sans cesse. C'est pour cela que, quelque soit la loi, quelque soit l'impot, quelque soit le sujet, il faut lutter contre l'étatisme,  partout et toujours. Rappelez-vous le FNAEG ? Au début, Jospin l'a crée juste contre les violeurs. Qui peut-être contre cela, entendait-on ? Ensuite, on y a ajouté tous les criminels, puis, au final, les auteurs de délits communs, puis, les manifestants. 
C'est quand José Bové refuse d'être fiché qu'il faut protester. Quand c'est au tour de Nicolas, 23 ans, c'est trop tard. La matrice s'est déjà refermée sur nous.

L'avenir de nos libertés est sombre. Et au delà de la question du mariage dit pour tous, le problème est que nous vivons tous dans un environnement où nous sommes finalement tous seuls face à la machine. Le centre et la droite sont en pleine réflexion programmatique. Espérons qu'ils intègrent l'objectif de démantèlement du pouvoir unilatéral étatique. 

Les étatistes disent : "La sécurité est la première des libertés" 
On aurait de plus en plus envie de dire : "la liberté (de surveiller celles et ceux qui assurent notre sécurité) est la première des sécurités. 

Il va de soi que nous sommes solidaires avec Nicolas, non pas forcément pour les Manif pour Tous, mais pour sa peine de prison, totalement disproportionnée, voire illégale comme le note Nouvelles de France.

Sur le même sujet 

Mais que fait la police ??, un post du 27 octobre 2010
Retour sur 2010, année anti-libérale, un post du 31 décembre 2010
Police Copwatch : inévitable. Souhaitable ?, un post du 30 septembre 2011
La police et la loi, un post du 16 mai 2013

vendredi 24 mai 2013

Tout le monde a sous-estimé François Hollande

Ce matin, le Président de la République est à la Une de L'Opinion, qui titre "François Hollande face à la rue". 
Force est de constater que tout le monde, ou en tout cas beaucoup de monde, a sous-estimé la capacité politique de celui qui fut l'apparemment insignifiant Premier Secrétaire du Parti Socialiste. On peut dire que ce poste, à la tête d'une organisation contradictoire et ingouvernable, ainsi que son apprentissage auprès de Mitterrand, lui aura appris bien plus que l'on croit. 

En effet, prenons la séquence d'événements qui a conduit le maire de Tulle à devenir président de la République. 

Fin 2011, alors que DSK est l'archi favori de la gauche, Hollande commence à se préparer (1), au cas où. En effet, tout comme on peut imaginer que Sarkozy pensait peut être gagner sans combattre, une fois que le CV de l'ancien directeur du FMI aurait été révélé, il est possible de penser que Hollande lui aussi, même s'il se défend de jamais n'avoir rien vu, rien su, rien entendu, doutait de la solidité de DSK en tant que candidat. 
De plus, ce fin connaisseur de la géographie électorale du pays a bien observé l'état d'exaspération du pays, tout en ayant probablement objectivement conscience du fait que Sarkozy a fait ce qu'il a pu, dans le respect de l’appétence des français pour l'étatisme et le socialisme, et en tenant compte des contraintes qui pèsent sur le pays. 
On se souvient de l'arrogance du discours "Moi, Président de la République" et du fait que, bien qu'il n'avait pas plus de solution contre la crise, Hollande a surtout reproché à Sarkozy le fait qu'il se réfugie derrière la "conjoncture internationale" pour expliquer son échec notamment.

A présent, Hollande est Président de la République. Il y a été porté par une coalition d’intérêts hétéroclites et de votes divers, de gauche, d’extrême gauche (Front de Gauche) et du Front National (2). Il a donc bien conscience de la fragilité de sa majorité. Il a bien réussi à museler l'opposition interne à la gauche (les Verts d'EELV sont portés disparus) et à corneriser Mélenchon, dont le discours se rapproche de plus en plus de celui de Marine le Pen. Et maintenant ? 

Partons donc de l'hypothèse que le seul moteur d'action de Hollande est la conservation du pouvoir. Alors constatons qu'en réalité de ce que l'on peut penser, il s'en sort très bien. Le disciple de Mitterrand a bien appliqué le principe de "diviser pour mieux régner". 
Que se passe t-il depuis l'automne dernier ? 
Hollande n'a aucune prise sur l'économie. On peut même clairement dire que les décisions du gouvernement détériorent la situation. Par contre, il a un levier énorme sur le sociétal, et sur la possibilité de diviser les français. Le mariage gay a été une pièce maîtresse dans ce dispositif. D'abord, il s'agit d'une revendication communautariste portée en France par des mécènes du PS (Pierre Bergé) et par, disent les instituts de sondage, des électeurs socialistes. De plus, il s'agit d'un projet auto proclamé "progressiste" (alors qu'il est conservateur car quoi de plus classique que le mariage  ?). Et surtout, il s'agit du projet parfait pour diviser la droite, qui non seulement n'a toujours pas défini de ligne politique, mais se voit influencée par ses éléments les plus conservateurs (au sens politique du terme). 

Toute la stratégie de Hollande vise à réveiller les mouvements qui caricaturent la droite morcelée ou le catholicisme, pourtant religion ultra minoritaire en France (4.5% des français sont catholiques) afin de créer un point de fixation des médias. Comment interpréter le fait que Najat Belkacem, pourtant connue à la fois pour ses propos scandaleux tenus au sein de la fac de Lyon sur la traite négrière (3) ou pour son silence vis à vis de la politique anti-gay du Maroc (4), soit désignée pour aller célébrer les fêtes de Jeanne d'Arc à Rouen (5) ? Comment interpréter les propos de Manuel Valls sur les incidents du Trocadero ? 

Les raisons pour se sentir agressé par le gouvernement sont nombreuses, quand on est de sensibilité non socialiste, et la stratégie d'enfumage fonctionne à plein. Et pendant que le peuple va manifester contre une loi déjà en vigueur, le gouvernement poursuit son travail de restriction des libertés civiles. C'est bien de se battre pour le droit d'enfants qui n'existent pas encore, mais ne serait-ce pas plus intelligent de protester contre : 
  • les lois de finance, spoliatrices
  • le tour de vis sécuritaire et fiscal qui va bientôt s'appliquer à l'Internet (lutte "anti terroriste" et "anti piratage")
  • le statut fiscal du Président de la République et de sa compagne, sur leur ISF, notamment
  • l'unilatéralisme du droit public qui désavantage les usagers face à l'administration
  • la persistance des fichiers de police hors de contrôle, type STIC ou FNAEG 
  • l'usage par le fisc de pratiques théoriquement répréhensibles, telles que le recel de fichiers volés
  • les délais de paiement de l'administration vis a vis des PME 
  • la volonté d'imposer à nos partenaires Européens notre vision de l'harmonisation fiscale
  • FATCA, la nouvelle législation fiscale américaine, de portée mondiale
  • l'écrasement planifié des petits pays (Suisse, Luxembourg)

Ce qui se passe en ce moment, c'est que bien que les Etats aient prouvé leurs limites, surtout depuis le début de la crise en 2008, ils se comportent comme des animaux blessés, très dangereux. Avec un ultra étatiste intelligent et sous estimé à la tête d'un pays comme la France, le cauchemar est d'autant plus grand. Les hochets sociétaux qu'il envoie dans le débat public ne doivent pas faire oublier qu'il fera tout pour s'accrocher au pouvoir. Dommage qu'il n'y ait pas d'opposition pour le signaler. Cette dernière est sans doute trop occupée à courir après la Manif de dimanche, quand elle ne se bat pas sur des débats d'idées mais de personnes. 

Hollande face à la rue ? Mais il n'attend que ça, histoire de montrer qui commande. Ce n'est pas le peuple qui commande, manifestement. Pour les libertés, on repassera. 

(1) Hollande : "Aucun sondage n'a élu un candidat" TF1, le 7 septembre 2011
(2) Hollande s'adresse aussi aux électeurs du FN, le JDD du 23 avril 2012
(3) Najat Belkacem chahutée sur l'esclavage, Lyon Capitale du 18 avril 2009

jeudi 9 mai 2013

Réponse à la lettre ouverte à François Hollande de Clara G., 20 ans : commentaire

Nombreux sont celles et ceux qui ont lu 


François Hollande : Une étudiante lui écrit pourquoi elle veut s'expatrier



De nombreux sites en ont parlé : 


Pourquoi ?

C'est simple : les jeunes se reconnaissent en Clara G. Enfin, les jeunes ... pas forcément tous, si on en croit la réponse de Marie-Charlotte, sur le site de Madmoizelle (lire "Réponse à la lettre ouverte à François Hollande de Clara G., 20 ans"), et celle de Sofiane Nait sur le Plus Nouvel Obs (lire Lettre d'une étudiante à Hollande : l'État n'est pas responsable de votre résignation).

Marie-Charlotte a une réponse classique : elle explique que vivre en France permet de bénéficier d'un système de santé à faible coût  d'un enseignement supérieur bon marché, de la possibilité pour les femmes de faire carrière, et qu'enfin, tous les pays sont en crise. 

Sofiane Nait, lui, explique que quand on fait des études d'histoire, on ne cherche pas à s'enrichir, que l'Etat n'est pas responsable de notre manque de perspectives et qu'ailleurs, c'est pareil. 

Ces deux critiques sont intéressantes. Elles montrent que, face à une situation bloquée, il y a effectivement deux options : soit on cherche, comme Marie-Charlotte, à profiter soi-même du système avant qu'il ne s’effondre totalement, en s’efforçant de croire qu'il est, au final, plutôt juste. Soit on fait comme Sofiane, on se prend en main, sans rien attendre de la France, mais sans partir. 

Marie-Charlotte est dans une situation de déni, parce que tout est fait autour de nous pour que nous croyions vraiment qu'en définitive, le système social français bénéficie à tous et nous protège. Mais sait-elle qu'un nombre croissant de français ne peuvent plus se soigner ? Que des médecins refusent des patients couverts par les dispositifs de gratuité type "CMU" car ils sont trop complexes et remboursés en retard ? Que les étudiants diplômés sont en concurrence avec les jeunes professionnels pour des stages ? Que le système scolaire français dans son ensemble est globalement injuste puisque donnant une prime aux insiders que sont les employés de l'Education Nationale ? Que les 10% de chômage officiel sont 30% à 60% plus élevés qu'en Allemagne, aux Pays Bas, au Royaume Uni , en Suisse, au Luxembourg ? 
Marie-Charlotte a raison. La France actuelle fonctionne bien, mais juste pour une petite partie de la population : les diplômés Bac +2/Bac +3 et +, cadres titulaires de la fonction publiques ou employés du CAC 40. Pour les autres français, c'est plus dur. 

Les clients d'EDF en banlieue ouest de Paris (Neuilly, Levallois, Nanterre) laissés sans explication façe à la panne de Janvier dernier, les usagers des lignes de RER A, C et D, les personnes qui font la queue à la CAF pendant des heures, les chômeurs en fin de droit qui s'immolent un peu partout dans le pays, les chefs d'entreprises écrasés par les charges et l'instabilité juridique et fiscale, les 100 000 jeunes qui sortent tous les ans du système scolaire sans qualifications, les manifestants fichés dans le FNAEG, les jeunes arrêtés par la police parce qu'ils n'ont pas le bon t-shirt, les patients qui préfèrent avoir recours aux services de médecine de Hongrie ou de Pologne, les 30% de détenus qui sont en préventive et en attente de procès, tous ces gens, eux, ne pensent pas comme Marie-Charlotte mais sont d'accord avec Clara G. Ils pensent qu'une autre France est possible, une France plus libre et moins étatique.


Quand à Sofiane, qui fait preuve de lucidité sur un certain nombre de points, qu'il n'oublie pas que les études de sciences humaines peuvent parfois mener à la fortune. Question de chance, talent et volonté. Il n'y a pas de fatalité à ce que les études de lettre ou d'histoire ne mènent qu'à la fonction publique, qui, d'ailleurs, ne recrute plus. Tout serait plus facile pour Clara G. si nous n'avions pas un gouvernement désireux d'en finir avec le statut des auto entrepreneurs, par exemple, ou soucieux de faire croitre la sphère publique, dans tous les domaines, au détriment des biens et libertés des gens. 

Cet immobilisme gouvernemental a une explication très simple : la génération du baby boom a fondé son mode de vie sur une hypothèque des droits des générations futures. Croire, par exemple, que la retraite par répartition est juste, alors que les paramètres démographiques de 2013 n'ont rien à voir avec ceux de 1945, c'est du syndrome de Stockholm, facilité, il est vrai, par la faible mobilisation politique des jeunes. Le gouvernement fait la politique réclamée par celles et ceux qui se mobilisent. Alors, Sofiane, Marie-Charlotte et Clara G. ont beau avoir des points de vue très différents sur la France, ils sont cependant à la recherche de la même chose : le droit à un avenir, non pas garanti, mais au moins permis. Qui saura les représenter ?


Egalement sur Doctissimo Actualité et sur Agoravox

mardi 16 avril 2013

Ultra étatisme, vous commencez à comprendre, les droitards ?

Soixante-dix opposants au projet de loi sur le mariage pour tous ont été interpellés dans la nuit de dimanche à lundi près de l'Assemblée nationale et ont été placés en garde à vue, . Ils ont été placés en garde à vue pour "non dispersion après sommation lors d'un attroupement", dans un commissariat du XVIIIeme arrondissement. Ils encourent une peine d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende. Les manifestants ont été interpellés alors qu'ils s'apprêtaient à installer des tentes près du Palais Bourbon à Paris. Ils ont dû se soumettre à des tests ADN et seront inscrits au fichier FNAEG. 

Plusieurs remarques. 

La première : sur l'injustice qui consiste à mettre en garde à vue des campeurs quand le maire de Sevran, lui aussi un campeur, se voit, lui, encouragé, ou quand les Femen ne sont, elles, apparemment jamais mises en examen pour trouble à l'ordre public.

Bien













Mal
















La deuxième : sur le traitement médiatique. Samuel Laffont, le militant UMP agressé à coups de couteau ce week end à Odéon, n'aurait aucun lien avec son militantisme anti mariage pour tous, selon les Inrocks, et serait donc dû à la "simple présence" de racailles, très nombreuses dans le VIeme arrondissement un samedi après midi comme chacun le sait, tandis que l’agression de Wilfred de Bruijn, est, elle, forcément homophobe tout comme quand un juif est agressé, c'est forcément un acte anti-sémite. Il ne semble pas que l'on se soit demandé si, éventuellement  Wilfred de Bruijn avait pu être victime d'un simple acte crapuleux, comme cela peut arriver, hélas, le soir dans le XIXeme arrondissement.

La troisième : la prison étatique que la droite socialiste a largement contribué à créer. En 10 ans de pouvoir, entre 2002 et 2012, pourquoi l'UMP n'a t-elle pas tout simplement supprimé le mariage civil ? Pourquoi a t-elle élargi le champ d'application du FNAEG crée par Jospin, au début "juste pour les violeurs", au lieu de le supprimer, ce fichier ignoble ? Pourquoi a t-elle systématiquement donné à la police le droit de faire du cas par cas, notamment en couvrant les bavures, arguant de la raison d'Etat, au lieu de laisser le droit de se défendre pour les citoyens ? Pourquoi la droite, supposément libérale mais en réalité ultra socialiste en France, a t-elle voté des budgets publics impliquant toujours plus de dépense publique et toujours plus d'Etat ?

Voila où nous en sommes. Au delà même du sujet du mariage dit pour tous (simplement dit pour tous car la gauche raciste et incohérente n'a pas ouvert le mariage pour tous aux polygames), nous sommes dans une prison étatique payée avec notre argent, simplement parce que la droite est incapable de penser le moins d'Etat, moins de lois, et d'imaginer autre chose que du socialisme de droite, parfait miroir de la gauche socialiste. Les manifestants de la Manif pour Tous, ainsi que les groupes autonomes qui s'en réclament, sont dans le même mode de pensée que les socialos qui veulent imposer le mariage pour tous : ils pensent que c'est à l'Etat et à la Loi de dire ce qui est bien pour les gens, alors que l'Etat ne devrait s'occuper que de la gestion des fonctions régaliennes (police, justice, armée et diplomatie) avec un droit de retrait accordé à chaque individu.

http://www.collectifantigone.fr/


Il est trop tard pour manifester en faveur d'un Etat qui mettrait en avant ce que vous pensez être le bien, droitards. A ce jeu, le Parti Socialiste sera toujours gagnant. C'était entre 2002 et 2012 qu'il fallait réclamer la fin du mariage civil, le droit au racisme et l'alignement du droit public sur le droit privé. Maintenant, c'est fini. 

En manifestant contre le mariage pour tous au lieu de manifester contre les Lois de Finance, vous avez voté pour le PS. Souvenons nous de cela lors des prochaines échéances électorales. 
Méfiez vous de tous ces barons de la droite et du centre qui ne vous proposent que du socialisme rebadgé.