vendredi 20 août 2010

Que Moody's gouverne la France !(?)

Moody's veut "downgrader le rating AAA de la France" et par la même nous forcer à abandonner notre mode de vie ?

QUELQUES RAPPELS

Article 3 de la Constitution du 4 Octobre 1958 : "la Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum".

Article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 Août 1789 "Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément"

Autrement dit, en France, ce sont les citoyens français qui décident, de manière directe ou par le biais de leurs représentants. Magnifique, en théorie.

LA REALITE

Vous avez relu la DDHC, les choses sont en théorie très claires. En gros les citoyens décident collectivement de produire des biens publics et services au service de leur propre liberté, comme la police, la justice, l'armée et la diplomtie, et décident collectivement de payer des impots pour financer ces services.

Pensez vous que ce soit le cas ? Non, assurément. Nos représentants actuels n'ont qu'une prise très faible sur le budget, qui semble être une procédure technique plus qu'un débat politique. A t-on déjà vu un ministère se demander si vraiment ca a du sens que de continuer à faire sa mission, quand bien même elle est un échec total ?

LA DETTE

Tous les ans depuis 30 ans, la France dépense plus qu'elle ne collecte d'impots. Répétons le : année après année, l'Etat, pour payer ses profs et ses policiers, pour payer les routes et les interventions militaires, lève des impots et taxes mais pas suffisamment. Il est donc obligé d'emprunter la différence. Est-ce tenable ? Oui, si à un moment la croissance des recettes est supérieure à la croissance des dépenses, pour commencer à rembourser.
Quels sont les choix ?

1. baisser les dépenses
2. augmenter les recettes

Faut-il augmenter les recettes ? Chez les libéraux, on ne le pense pas, pour deux raisons. Une philosophique et une conjoncturel. Une dépense publique, c'est l'antithèse de l'incitation à la responsabilité individuelle. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas de dépenses en commun, nuance ! Quand au coté pratique des choses : 50% des ménages paient de l'impot sur le revenu, on voit mal comment les taxer plus. Quand aux autres, sont-ils prêts à voir les prix flamber suite à une augmentation de TVA ?

On pourrait aussi dire "on ne rembourse pas", comme pour les russes après la Premiere Guerre Mondiale. Dans l'absolu pourquoi pas, mais cela ne résoudrait pas l'écart entre recettes et dépenses ! Donc au final non seulement on aurait toujours un problème de financement des dépenses publiques mais en plus on aurait du mal à trouver de l'argent, à moins de forcer certains à nous prêter voire donner.

Donc au final, que les observateurs s'inquiètent de la hausse des déficits publics et donc des dettes publiques (la dette grossit si les déficits persistent), c'est le bon sens. Maintenant Moody's veut-elle gouverner la France ? Non, son rôle se limite à essayer de décrire un risque à des épargnants. Toutefois, puisque le titre de ce post fait référénce à l'émission de France 5, prenons quand même le temps et de dénoncer le renvoi implicite à un rejet implicite d'une sorte de diktat anglo-américain, sans oublier de dire, d'un autre coté, qu'on a ici affaire à un borgne guidant un aveugle.

Moody's, c'est clair, c'est les américains, les capitalistes, les méchants. Et comme ils sont méchants, bah ils devraient être gentils avec nous les français qui sommes dans notre bon droit. N'a t-on pas les 35 heures ? La SNCF ? L'Opéra Bastille ? Les vaccins H1N1 ? L'école gratuite laique et obligatoire ? Si on comprend bien "C'est dans l'air", les investisseurs devraient préter mais surtout pas se demander comment on utilise cet argent. Ca ne marche pas comme ca.

Mais d'un autre coté, spécifiquement, rappelons que Moody's n'en a plus forcément pour très longtemps. Sous la menace de plusieurs chefs d'inculpations de la part de la justice US, cette agence de notation, concurrence de Fitch, Standard & Poors, Coface, Toronto Dominium et d'autres, est en risque, comme dit. Simplement, quand elle aura disparu, notre déficit sera toujours la, et Moody's ou pas, il faudra encore soit convaincre des gens de nous préter, soit décider enfin de revoir nos dépenses à la baisse.

CONCLUSION

Ca n'est pas Moody's qui veut nous forcer à abandonner notre mode de vie, c'est nous même, par nos choix collectifs, qui poussons les hommes politiques à agir dans le court terme sans se soucier du futur.
Alors, oui, que les agences de notation, mais aussi les entrepreneurs, les citoyens, les associations, les ONG, l'opinion publique internationale, les collectivités territoriales, gouvernent, non pas la France mais leur petite part de France, en s'érigeant comme autant de petits contrepouvoirs locaux barrant la route de politiques irresponsables !

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