mercredi 27 novembre 2013

Défendre la République contre les extrémismes

Ce soir, trois ministres, et pas des moindres (Intérieur, Justice et Education Nationale) prennent un peu de leur cher temps (s'ils travaillent 35 heures par semaines, ils touchent 71 € par heure) pour aller à un meeting organisé par le Parti Socialiste et ses alliés. 

Vont-ils aller parler de la loi de finance qui prévoit un déficit de 70 milliards d'euros, sur 371 milliards de dépense, soit au grand minimum 19% de déficit ? (1)
Vont-ils évoquer l'engagement de la France sur un nouveau théâtre d'opérations militaires, la Centrafrique (2), en plus du Mali, de l'Afghanistan ou de la Côte d'Ivoire ?
Vont-ils analyser les solutions possibles pour enrayer la vague de cambriolages (3) auxquels les français sont confrontés ?
Vont-ils se recueillir face à l'explosion d’immolations par le feu et de suicides que l'on constate dans notre pays ?
Vont-ils essayer d'apporter des réponses face au ras le bol fiscal ?

Rien de tout cela. Ces ministres vont évoquer un sujet bien plus majeur encore, "Défendre la République contre les extrémismes". Défendre la République contre les extrémismes ... Tous les mots sont importants. Prenez le communiqué de presse rédigé par Harlem Désir, sur le site du PS (4). 

On apprend que : 

  • Ces dernières semaines ont été "particulièrement éprouvantes pour tous les Socialistes, pour tous les progressistes, pour tous les républicains". 
  • Les valeurs qui sont le socle de notre pays sont aujourd’hui mises en cause par une montée de racisme, de la xénophobie et de la haine. 
  • Une offensive réactionnaire, dont un des terreaux a été la « Manif pour tous » et qui a pris récemment pour cible la Ministre de la justice Christiane Taubira, a libéré en France la parole d’intolérance et nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire.  
  • Le Parti socialiste combat pour les valeurs de notre pays et de notre République, pour le vivre-ensemble, la tolérance et le respect de tous les citoyens.  
  • Caroline Fourest va assister au meeting 
C'est hallucinant. 

Déjà, comment peut-on dire que les actes et propos racistes ne datent que de quelques semaines ? Où étaient les socialistes quand il fallait défendre les deux gamins agressés par une bande de skinhead dans le métro parisien (5) ? Que disait le PS quand des bons français de souche, de gauche comme de droite, reprochaient à Nicolas Sarkozy ses origines hongroises ? 

Ensuite, que l'on soit d'accord ou pas avec les positions conservatrices de la Manif pour Tous, comment ne peut-on pas comprendre que le mépris, lors des débats, dont a fait preuve Christiane Taubira, ainsi que le rejet sans appel d'une demande de référendum (une pétition avait rassemblé 700 000 signatures) laissera des traces indélébiles (7) ? Et sans même rouvrir le débat du mariage dit pour tous, le PS va t-il expliquer comment ils vont lutter contre la "marchandisation du corps" qu'ils disent combattre et rejetter la PMA et la GPA pour tous, tout en accédant aux requêtes d'égalité (8), ex ante ou ex post (9)? 

Pourquoi associer ce qui se passe aujourd'hui à ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre Mondiale et qui semble d'une autre importance ? Harlem Désir est-il vraiment incapable de distinguer la Shoah d'un climat actuel de défiance vis a vis du gouvernement ? Ou bien le PS a t-il vraiment l'intention de criminaliser l'opposition à Hollande (10) et au gouvernement (11) ? 

Accessoirement, comment peut-on inviter Caroline Fourest après que cette dernière se soit couverte de honte la semaine dernière dans son analyse du profil politique du tireur fou (12) ? 

En réalité, ce ne sont pas les racismes et extrémismes, minoritaires en France, qui menacent la République et ses valeurs, liberté, égalité et fraternité. 

Nous devrions beaucoup plus nous soucier des très nombreuses atteintes aux libertés que le PS dénonçait sous Sarkozy (comme l'extension du secret défense (13)) mais qu'il n'a pas supprimé en 18 mois ou des lois orwelliennes adoptées hier (14). 

Nous devrions nous demander comment on peut parler d'égalité quand on sait que notre système fiscal permet au président Hollande de gagner au minimum 5500 euros par mois en 2011 et de ne payer un montant ridicule d’impôts en 2012. Comment le pouvoir politique peut imaginer que le peuple, outre le fait qu'il est étouffé par les impôts, ne se sent pas insulté par les arrangements qu'ont réussi à ficeler les élus (15), notamment sur l'IRFM ? 

Nous pouvons enfin nous poser la question de la fraternité dans un pays où l'omniprésence de l'Etat finit par étouffer les solidarités réelles, voulues, qu'elles soient familiales ou associatives, du fait d'une socialisation croissante des revenus des gens et de l'entretien de l'illusion d'un Etat en charge de la solidarité.

Oui, la république, la chose publique, est en danger. Mais ce ne sont pas des faits divers liés au racisme qui la menace. C'est l'ultra étatisme qui va l'étouffer. 


(3) Le Figaro Cambriolages et vols à la tire en hausse 28 octobre 2013
(7) Pensées d'outre politique Mariage gay : dix petites choses qu’on n’est pas prêt à oublier 27 avril 2013
(10) Nouvelles de France L’arrestation de David van Hemelryck 14 novembre 2013
(14) Contrepoints Le gouvernement fait voter une loi orwellienne 27 novembre 2013
(15) Observatoire des Subventions Pas de transparence sur l' imposition des élus 17 avril 2013

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